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Enseignement : la licence d'exercice, une idée simple mais des chausses-trappes à foison

Les «représentants» des architectes sont d'accord sur le fond ; une licence d'exercice, de un à trois ans selon les interlocuteurs, doit seule permettre l'accès à la maîtrise d'oeuvre. Cela dit, la réforme souhaitée par le ministère soulève autant de problèmes qu'elle n'en résout.

 
 
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Durant le mois de novembre, les étudiants ont manifesté contre les projets de réforme proposés, puis finalement plus proposés, par Luc Ferry, ministre de l'Education nationale. Particulièrement absents des cortèges : les étudiants en architecture pourtant concernés au premier chef. En effet, le projet de réforme concernant leur enseignement est lui toujours d'actualité. Et, sans être une grande révolution, cette réforme propose une transformation conséquente de l'apprentissage de leur métier.

Pour résumer, sous prétexte d'harmonisation européenne, l'enseignement de l'architecture, aujourd'hui sous tutelle du ministère de la culture, adopterait le système dit 3/5/8, ou LiMaDo, pour Licence, Mastere, Doctorat.

Cela dit, c'est là que commencent les difficultés.

La rémunération :

Le système utilisé pour la formation des médecins est souvent utilisé comme modèle, avec un bémol de taille. Quand les jeunes médecins font leur Internat, ils sont rémunérés. Sauf que personne n'a encore proposé de financement à cette période de formation pour les étudiants en architecture. Le CROA-IDF parle de «stage long de 12 mois minimum», l'Unsfa de «structure d'architecture et des enseignements spécialisés et d'emploi-formation professionnalisante» sans plus de détails tandis que le Syndicat d'Architecture en appelle à la «responsabilité des professionnels» afin d'assurer l'acquisition de la pratique du métier sous formes de stages et formations complémentaires, le tout devant s'accompagner d'incitations et d'aides financières.

En tout état de cause, les entreprises d'architecture, appelées à prendre en charge ces jeunes architectes pour les former, seront face à un dilemme. Soit elles payent un salaire minimum et seront en droit d'attendre de la production, soit elles forment (à supposer qu'elles en aient le temps) et refuseront logiquement de payer un salaire complet. Quant aux crédits du ministère, ce n'est pas la peine d'y compter à moins de créer une structure qui serait équivalente aux CHU, autant dire qu'on est dans le domaine de la science-fiction.

La validation des diplômes :

«Cette pratique professionnelle devra nécessairement être gérée et organisée conjointement par les écoles et les instances de la profession», explique le Syndicat d'Architecture sans autre précision sur le processus de validation des diplômes. L'Unsfa insiste que cette professionnalisation soit «contrôlée avant que ne soit délivré le droit d'exercer seul la maîtrise d'oeuvre» mais ne précise pas par qui. Le CROA-IdF est plus précis car il «souhaite» que la sanction de ce niveau de formation demeure de la compétence des écoles d'architecture, «éventuellement assistées par l'Ordre des architectes».

Au-delà du fait que ce n'est pas dans les attributions de l'Ordre de sanctionner ou non un diplôme, il est difficile d'imaginer que les écoles d'architecture soient les mieux à même de juger des compétences d'étudiants qu'elles auraient formés pendant cinq ans. Alors quoi ? Quels critères seront retenus pour valider un diplôme en maîtrise d'oeuvre ? Par qui ? Avec ou sans mention ? Que se passe-t-il si un étudiant n'a fait que du travail de projection en agence pendant un, deux ou trois ans ? Va-t-on lui refuser le diplôme ?

Quel nom pour le diplôme ?

L'archi sera-t-il DPLG à l'issue des cinq ans du mastère ou après acquisition de la licence d'exercice ? Si c'est après, faudra-t-il dorénavant faire la différence entre licencié en architecture (3 ans, niveau licence), master en architecture, architecte DPLG sans licence d'exercice et architecte DPLG avec licence ? Pour les DPLG, la mention de la licence d'exercice avec le titre sera-t-elle obligatoire ? Si ce n'est pas le cas, comment feront les maîtres d'ouvrages pour s'y retrouver dans quelques années ? Cette licence d'exercice aura-t-elle plus ou moins de valeur selon l'agence dans laquelle elle a été acquise ? Et ne risque-t-on pas d'assister à une compétition féroce justement pour pouvoir entrer dans telle ou telle agence prestigieuse, au risque d'une rémunération dévalorisée ?

Enfin, les architectes qui possèdent d'ores et déjà le DPLG devront-ils se faire valider, d'une façon ou d'une autre, leur expérience professionnelle afin de pouvoir continuer à exercer la maîtrise d'oeuvre ?

Quid de l'enseignement ?

Puisqu'il semble établi que l'enseignement reçu dans les écoles d'architecture ne répond pas aux besoins, du moins en ce qui concerne la maîtrise d'oeuvre, ne serait-il pas judicieux de commencer par là ? Ainsi, sur un forum, un jeune architecte diplômé depuis 2001 reconnaît avoir eu la chance d'intégrer un cabinet où il a reçu une formation professionnelle très intéressante mais surtout très nouvelle pour lui. «En effet, je m'aperçois que nous sommes extrêmement sollicités sur tout ce qui touche au cadre professionnel : procédures, relations avec les tous les acteurs du projet, cadre juridique et réglementaire, etc. Bref, tout ce que l'on n'a pas appris à l'école ou, malheureusement, trop peu», écrit-il.

Or la pertinence de cet enseignement ne semble pas, du moins pour les instances de la profession, être l'objet de débat.

En conclusion si cette réforme, qualifiée de «chance historique» par le Syndicat d'Architecture, semble faire l'unanimité - les étudiants eux-mêmes ne sont guère mobilisés, dans un sens ou dans l'autre - sa mise en place pour la rentrée 2004, tel que le souhaite le ministère, paraît encore bien incertaine.

Christophe Leray

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