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Emmanuelle Colboc, architecte engagée

© Cyberarchi 2019

Reconnue pour la qualité de son travail et ses prises de position tranchées, Emmanuelle Colboc privilégie « les sujets à haute résonance humaine » en construisant depuis plus de 20 ans logements sociaux, écoles et hôpitaux. Rencontre avec l'architecte à son agence dans le 11e arrondissement de Paris.

 
 
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Une histoire de famille

« J'ai grandi dans une maison construite dans le style de Franck Lloyd Wright par mes propres parents. Je me souviens en particulier du jardin qui venait s'immiscer dans la maison baignée de lumière », répond Emmanuelle Colboc quand on lui demande d'où elle tient son goût pour l'architecture. Poursuivant la tradition familiale, elle s'inscrit à l'École du quai Malaquais mais rejoint assez vite l'enseignement d'Henri Ciriani dont les exigences lui conviennent davantage. Afin d'achever son cursus, bourse en poche, elle s'envole pour les États-Unis découvrir, à la suite de ses parents, les grandes réalisations du Modernisme. Un passage par l'agence Venturi l'aide à aborder les projets d'une manière plus artistique et « débridée ». « C'est à cette occasion que j'ai pris conscience de la beauté de la vieille Europe ! », confie-t-elle. Sensibilisée très tôt aux problèmes de l'organisation de l'espace hospitalier par la maladie de son père, elle y consacre son travail de fin d'études.

Emmanuelle Colboc se spécialise donc rapidement dans la construction de bâtiments publics, et en particulier de logements sociaux, d'écoles et d'hôpitaux. Dans ce domaine, les défis sont nombreux à relever, les contraintes budgétaires n'étant pas les moindres. Et l'architecte de déplorer l'évolution des politiques de la ville : « alors qu'un 3 pièces avait une surface moyenne de 70 m2 en 1989, on est descendu à 60 m2 en 2011, c'est scandaleux ! » En 2000, Emmanuelle Colboc connaît le succès en gagnant un concours organisé par l'APHP avec un projet complexe de 18 000 m2 pour le centre hospitalier du Kremlin-Bicêtre. L'agence prend alors son envol et s'étoffe peu à peu jusqu'à atteindre sa taille actuelle : une quinzaine de personnes.

Passion et engagement

Tout, dans ses réalisations, prouve la très grande attention qu'Emmanuelle Colboc porte aux utilisateurs. Dans ses HLM, par exemple, les cuisines comportent deux entrées et toutes les pièces s'ouvrent sur une terrasse, comme à La Courneuve et à Arcueil. La plupart de ses bâtiments donnent sur un jardin intérieur, souvent visible dès le porche. Emmanuelle Colboc crée ainsi un espace serein et protecteur autour de personnes souvent éprouvées par le quotidien (banlieues sensibles, hôpitaux, centres d'accueil pour enfants...). L'enveloppe extérieure, bien que ciselée, est d'une grande sobriété. Pour autant, l'austérité n'est pas de mise : « J'essaie de ne rien banaliser. Pour moi, chaque lieu doit avoir une couleur et une ambiance spécifiques ». D'où les tons chauds (orange et jaune) baignant l'espace périnatal du CHU du Kremlin-Bicêtre et la part belle faite à la lumière dans l'unité de psychiatrie de l'hôpital Bichat.

L'intimité, le dialogue avec la nature et avec l'environnement urbain sont également des priorités. Citons à nouveau le CHU du Kremlin-Bicêtre, qui s'insère dans la pente et dont les briques font écho à celles de la ville, les maisons du Bois d'Arcy dont le revêtement de bois s'inspire de la forêt toute proche, ou encore l'école de Guérard, en milieu rural, dont les pans sont recouverts de pierres sèches.

A 52 ans, toujours aussi passionnée par ce métier « grave, fatigant, mais magnifique », Emmanuelle Colboc s'efforce d'enseigner l'architecture « de façon humaine » à ses étudiants de l'école de Paris-Belleville. Son « coup de gueule » récent concernant les normes pour le handicap, « aberrantes, qui ne satisfont ni les intéressés ni les architectes », a été entendu et a donné naissance à un groupe de travail. L'architecte plaide aussi pour davantage d'humilité et de discrétion dans la profession. « La presse valorise ce qui est innovant, alors que l'objectif de l'architecte, c'est d'abord la justesse ! », conclut-elle dans un sourire malicieux... qui en dit long !

Marie-Clarté Mougeot

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