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Ecole maternelle à Epinay-sur-Seine (93) : du pied des tours au pied des arbres

© Cyberarchi 2020

A l'origine de cette maternelle, admirablement située dans un écrin de verdure, il y a la décision de réhabiliter le centre-ville d'Epinay-sur-Seine, marqué par la présence d'un centre commercial encerclé de tours de logements : l'ancienne école se trouvait là, sous une dalle sans soleil. La nouvelle école, en bois et signée Gaëtan Le Penuel, fait oeuvre de réconciliation urbaine.

 
 
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Dans le cadre de son projet de rénovation urbaine, la ville décide de faire déménager les écoliers de la cité vers un site voisin beaucoup plus amène : un poumon vert, planté d'arbres, où cohabitent déjà un groupe scolaire et un stade. Dans ce contexte, Gaëtan Le Penhuel propose de mettre l'accent sur la conservation du patrimoine végétal et son renforcement. Ce nouvel équipement, venant compléter les deux écoles existantes, doit valoriser le quartier par un projet global cohérent où les circulations douces, les équipements culturels, sportifs et éducatifs prennent place dans un espace ouvert sur le ciel et les arbres.

En diapason avec un projet de réconciliation

Le projet s'inscrit dans cet objectif de continuité et de réconciliation urbaine en synthétisant les proportions des deux différents types de bâti : en hauteur, son gabarit à R+1 s'aligne sur celui des maisons individuelles, sans dépasser la hauteur du végétal. Le bâtiment s'étire en longueur, reprenant à l'horizontale la dimension des tours. Quel meilleur vecteur de mixité et de réconciliation que les tous petits, qui ignorent encore tout des fractures sociales pour, ensemble, jouer et apprendre ?

Un silence dans la ville

"Ce bâtiment est un silence dans la ville, une liaison dans le paysage", explique Gaëtan Le Penhuel, pour qui l'horizontalité est un vecteur de sérénité architecturale. En bordure de la nouvelle voie de circulation, le bâtiment s'offre comme une frontalité silencieuse, aux façades lisses, sans débords, ni prouesse volumétrique. Un lieu paisible dont on pourrait croire qu'il a toujours été là. "L'objectif affiché était de proposer une architecture de qualité tournée vers le respect de l'environnement, valorisant le quartier et la qualité de vie des habitants. Ce nouvel équipement doit être un plus pour le réaménagement du site. C'est pourquoi nous l'avons traité comme un pavillon de bois au milieu des arbres", écrit l'architecte en présentation du projet.

Le gabarit à R+1, le choix d'une géométrie simple, presque neutre, en fondu enchaîné au milieu des arbres, justifie cette comparaison. Et, devant une telle sobriété formelle, il se dégage une qualité de silence et une spiritualité qui ne désignent pas un programme précis : pavillon de thé, édifice religieux, bibliothèque, musée ou école maternelle ? Peu importe, c'est ici le calme qui compte.

Le choix du bois

Cette école maternelle fait le choix, radical, du bois. Il se présente partout : dans l'ossature, formée de nombreux portiques, très rapprochés mais de grande portée, qui donnent le rythme de tout le bâtiment. Il s'immerge dans la constitution des façades, faites d'un assemblage de ventelles de bois finement espacées formant dans le paysage de longs claustras. Plein sud, le soleil est ainsi filtré par cette résille de bois pour laisser passer, côté circulation, la lumière à travers une peau de polycarbonate. En plafond, le bois se retrouve sous forme de panneaux démontables cachant les câbles d'alimentation électriques. Son essence, le pin Douglas, est la même partout : c'est un bois durable, naturellement résistant, qui durcit en vieillissant, détient d'excellentes caractéristiques mécaniques, une bonne stabilité dimensionnelle, subit de faibles déformations et, surtout, peut rester à l'état brut, sans traitement de surface. De là, il se patine naturellement, en grisant légèrement de façon homogène, avec le temps. Posé verticalement, il forme une surface lisse sur laquelle la pluie s'écoule partout à la même allure, sans aucune stagnation possible.

Calme, concentration et imagination

Margot Guislain* : En déménageant du centre-ville pour venir s'implanter dans le seul poumon végétal d'Epinay-sur-Seine, cette école maternelle ne vient-elle pas entamer le silence de la nature ? Cela soulève d'ailleurs une question tout à fait d'actualité en urbanisme : comment concilier la densification des villes, souhaitable pour la sauvegarde de la planète, avec le bien-être des hommes qui passe par l'espace ?

Gaëtan Le Penuel : Effectivement, dans ce projet, le paradoxe consistait à construire une école à l'endroit même où existait un vide urbain quasi patrimonial. Mais, pour l'éveil de ces gamins habitant dans des tours, dans un quartier au paysage minéral, nous ne pouvions qu'adhérer au projet. Il leur fallait une vie scolaire dans un lieu calme pour effectuer leurs premiers pas hors du foyer familial. C'est pourquoi, nous avons préservé le patrimoine végétal existant et conçu des espaces intérieurs qui l'intègrent.

Qu'apporte à un architecte l'expérience d'une construction contemporaine intégralement en bois ?

Le bois étant omniprésent dans ce bâtiment, explorer toutes ces possibilités m'a beaucoup intéressé. La collaboration avec un ingénieur spécialiste du bois a été riche d'enseignement : il nous a aidés à mettre au point non seulement l'ossature mais aussi tous les détails. Il fallait, entre autres, trouver la manière dont les poteaux allaient toucher le sol, sans pâtir de l'humidité, son principal ennemi. Nous nous sommes inspirés du Japon, une référence incontournable en matière de construction en bois. Nous les avons décollés du sol de vingt centimètres par une talonnette de métal assurant le contact avec la terre. Sur ce projet, j'ai compris la valeur psychologiquement positive du bois. Et maintenant que nous maîtrisons mieux ces détails constructifs, je souhaiterais aller plus loin dans leur mise en oeuvre.

Comment a été ressenti par le voisinage un chantier tout en bois ?

Généralement, sur tous les chantiers, il y a toujours un passant pour dire que nous bétonnons le quartier. Là, les gens s'arrêtaient et nous disaient : "C'est chouette ce que vous faites là !". Pourtant, il n'y avait rien à voir au début, seulement quelques poteaux et des poutres en bois. Ce matériau intègre une valeur positive dans la perception et l'imaginaire collectif, non seulement pour les riverains, les passants et les usagers, mais aussi pour les ouvriers du chantier. Nous-mêmes, nous n'allions pas sur un chantier habituel : en plein hiver, il ne faisait jamais aussi froid que sur un autre chantier de béton. Le montage, réalisé comme un meccano, n'a engendré aucune nuisance sonore. Il préfigurait, d'ailleurs, le silence architectural que nous recherchions pour cette école.

Quelle est la pensée qui préside à une forme architecturale aussi minimaliste ?

Mes recherches se portent de plus en plus vers le calme, le silence, l'abstraction en architecture. D'ailleurs, plus je voyage, plus je suis attiré par les paysages naturels. Dans les zones urbaines denses, comme les grandes métropoles d'Asie ou d'Amérique, il y a une accumulation de fonctions, de formes, de couleurs, de matériaux, qui ne produit pas toujours ce "chaos sublime" dont parlait Le Corbusier. Aujourd'hui, il y a surenchère d'informations où l'on a parfois du mal à trouver sa place.

C'est pourquoi nous voulons faire des bâtiments sobres, qui ne racontent qu'une seule histoire, sans doute celle d'un rapport serein aux éléments, aux saisons. Je suis convaincu que l'architecture peut éduquer, apprendre aux enfants la liberté de penser, sans les embrouiller par un cumul de formes, de matériaux, de couleurs qui seraient soi-disant ce qu'ils attendent.

Margot Guislain

* Ce texte, de Margot Guislain, est issu d'un ouvrage auto-produit par l'agence pour sa communication. Il s'agit d'un book au sens propre, un (beau) livre quoi, sauf qu'il n'est pas destiné à la vente. C'est le second d'une série appelée, c'est à souhaiter car l'ouvrage est remarquable, à se développer. NdA

Lire également notre article 'Le calme et le silence de l'architecture de G. Le Penhuel naissent de sa fureur de vivre' et consulter notre album-photo 'Les bâtiments de Gaëtan Le Penuel ne racontent qu'une seule histoire : la leur'.

Fiche technique

Ecole maternelle à Epinay-sur-Seine (93)
Maître d'ouvrage : Ville d'Epinay-sur-Seine
BET / Economiste : Iratome
BET Bois : Jacques Anglade
Livraison : Décembre 2008
Shon : 1.700m²
Coût HT : 3,8M€

Ecole maternelle à Epinay-sur-Seine (93) : du pied des tours au pied des arbres
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