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Ecole Leutschenbach : Christian Kerez jette le trouble sur les lois de la pesanteur

© Cyberarchi 2020

Après l'hôpital bâlois pour enfants imaginé par Yves Stump & Hans Schibli, Cyberarchi est parti à la découverte du dernier grand projet construit par l'architecte Christian Kerez dans la périphérie de Zürich : l'école Leutschenbach dont l'ostentatoire structure métallique s'efface sous un large porte-à-faux ou derrière les grandes baies vitrées de l'avant-dernier niveau. (1)

 
 
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L'impression est saisissante. Totalisant 5 étages sur rez-de-chaussée, l'édifice est massif et imposant. Mais, devant l'héroïsme architectural, le doute finit par s'installer. Ces immenses poutres treillis, symbolisant la vigueur de la construction, ne semblent-elles pas flotter au-dessus du vide ou reposer sur de simples éléments verriers ? L'édifice, trop lourd, ne risque-t-il pas de s'effondrer sous son propre poids ? Christian Kerez cultive le mystère. De la disparition visuelle des éléments structurels du 4eme étage et du rez-de-chaussée naît une troublante ambiguïté. La structure, magnifiquement théâtralisée, ne se livre pas tout à fait complètement au regard du spectateur en quête de points d'appuis et s'avère presque impossible à lire de l'extérieur comme de l'intérieur. Seule la consultation de quelques plans ou d'une maquette permet de comprendre ce qui s'apparente à un véritable tour de passe-passe.

De la manipulation de la structure

Pour faire simple, de bas en haut, le schéma constructif se présente de la façon suivante : 6 trépieds, répartis dans le tiers central du rez-de-chaussée, supportent l'ensemble de l'édifice mis en porte-à-faux sur une dizaine de mètres pour chacun de ses côtés. 6 énormes poutres treillis composent la structure primaire des 3 premiers niveaux. Deux d'entre elles, disposées longitudinalement à l'intérieur du bâtiment, s'appuient directement sur les trépieds et reprennent les 4 poutres périphériques. Juste au-dessus, au 4ème étage, 4 poutres intérieures de la hauteur d'un seul niveau - dont 2 sont placées transversalement - se superposent aux précédentes en changeant de trame. Au dernier étage, enfin, 4 poutres périphériques supportent la toiture. Ces dernières délimitent l'espace d'un spectaculaire gymnase, libre de tout point porteur, comprenant 3 terrains de basket-ball avec vue sur la ville et les montagnes.

Christian Kerez est passé maître dans l'art de manipuler la structure. On se souvient de sa maison, « Haus mit einer Wand », construite en 2004, où un mur central libère les façades de leurs fonctions porteuses et organise les espaces de vie en se décalant d'étage en étage. Pour l'école Leutschenbach, l'architecte suisse, né en 1962 au Venezuela, reprend la même approche et certains principes de conception. Si les façades supportent ostensiblement le poids du bâtiment, l'architecte n'en organise pas moins le programme et les différents usages de l'école en jouant sur les variations structurelles. Le système constructif n'y est pas strictement rationnel. Il définit tout autant l'idée architecturale, les espaces et les rapports à l'extérieur que la stabilité de l'édifice.

Une organisation verticale

Situé dans un ancien quartier industriel du nord de la ville, l'école Leutschenbach ne dispose d'aucune cour, d'aucune clôture et d'aucun prolongement extérieur privatif. Elle s'inscrit dans un simple rectangle d'environ 50m de long par 30m de large en consommant le minimum d'emprise au sol. Cette grande compacité - fort à propos dans le contexte actuel où la recherche de nouvelles formes de densités focalise l'attention - permet de libérer un vaste carré de pelouse à l'usage récréatif des enfants scolarisés ou à la destination des riverains. Il en résulte une organisation verticale des fonctions, plutôt inhabituelle pour ce type de programme.

Au coeur de la composition, les 22 salles de classe occupent les trois premiers étages. Constituées par des cloisons translucides en verre armé, elles se répartissent de part et d'autre d'un vaste espace commun central que distribuent deux escaliers non encloisonnés. La bibliothèque et la salle polyvalente - dont les largeurs nécessaires expliquent la répartition asymétrique des poutres transversales qui supportent le gymnase - profitent des extrémités est et ouest du quatrième étage. Tous les planchers, ainsi que les balcons filants, qui permettent l'évacuation des personnes en cas d'incendie, sont réalisés en béton allégé. Une attention toute particulière a été portée sur la mise en charge de la structure lors du chantier. L'ensemble de la charpente en acier bougeait de manière très significative au fur et à mesure du coulage du béton. Des étayages et des process spécifiques ont par conséquent été mis en oeuvre alors que les vitrages extérieurs collés des façades n'ont été posés qu'après la parfaite stabilisation des déformations.

Tristan Cuisinier


(1) Voir l'article sur l'UKBB

Fiche technique :

Situation : Oerlikon (Zürich)
Calendrier : 2004 (concours), 2009 (construction)
Maîtrise d'ouvrage : Amt für Hochbauten der Stadt Zürich
Maîtrise d'oeuvre : Christian Kerez, architecte
Direction de projet : Christian Scheidegger
BET : Dr. Schwartz Consulting AG, Zug et DSP Ingenieur & Planer AG, Greifensee
SHON / Coût : 7430 m2 / 31,3M€


Pour en savoir plus sur les principes constructifs de l'école Leutschenbach, voir la vidéo

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