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Donnedieu de Vabres peut-il rester sourd aux clameurs des architectes ?

«Renaud Donnedieu de Vabres va entendre parler des architectes, qu'il le veuille ou non». Patrick Colombier, président du Syndicat de l'Architecture, ne cache pas sa détermination. Laquelle est partagée par François Pélegrin, son homologue à l'UNSFA. Pourtant, la vraie question est : seront-ils entendus ?

 
 
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En effet, le nouveau ministre de la Culture arrive Rue de Valois lesté d'un nombre impressionnant de dossiers, parmi lesquels ceux qui concernent l'architecture pèsent en apparence bien peu. Au point d'ailleurs d'être totalement occultés par l'ensemble des media quand ils ont tiré le portrait du nouveau ministre, sinon pour préciser «qu'il n'y a pas beaucoup de marge budgétaire», concernant les grand projets que l'Etat finance ou auxquels il contribue : Cité de l'Architecture et du Patrimoine, Maison du Cinéma à Bercy, Grand Palais, Musée du Quai Branly, Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Marseille, Centre Pompidou bis à Metz, antenne du Louvre dans le Nord, Cité des Archives en Seine-Saint-Denis.

De fait, Renaud Donnedieu de Vabres n'a pas par le passé montré un intérêt particulier pour l'architecture. Il ne fut de plus jamais élu maire d'une commune ou président d'une communauté de communes, fonctions dans lesquelles les contacts avec les architectes sont constants. Et s'il est depuis 2001 conseiller municipal d'opposition à la mairie de Tours (Indre-et-Loire), M. Breillat, directeur de la communication de la ville, n'a pas souvenir d'un intérêt marqué du ministre pour l'architecture ou l'urbanisme.

«C'est toujours plus facile quand on a à faire avec un élu qui connaît la réalité de terrain ; là nous avons le sentiment d'avoir à faire avec un haut fonctionnaire qui de toute évidence s'intéresse plus aux questions de communication et de culture au sens habituel», estime François Pélegrin. Sentiment partagé par Patrick Colombier et Jean-François Susini, président du Conseil National de l'ordre des Architectes (CNOA), qui estiment également que l'architecture ne semble pas être la «priorité» du ministre.

La crainte «légitime» (dixit Pélegrin) est donc que les dossiers urgents du ministre - celui des intermittents en premier lieu, festivals d'été oblige, et du 'package télécoms' qui sera prochainement discuté à l'Assemblée nationale notamment - ne mobilisent tous les moyens du ministère. De fait, pour sa première intervention en conseil des ministres, le ministre de la Culture a insisté sur la défense de la diversité culturelle dans les négociations internationales et réclamé une nouvelle fois la baisse de la TVA sur le disque.

Les organisations représentatives des architectes entendent bien pourtant lui rappeler, au cas où il ne l'aurait appris que récemment - que l'architecture est désormais dans le cadre de sa tutelle. Et que des dossiers, urgents, l'attendent, notamment celui de la réforme de l'enseignement supposée être appliquée dès la rentrée prochaine à l'automne 2004. «Le ministre en est conscient», dit-on prudemment au ministère.

Est-il conscient cependant à quel point il sera difficile de boucler ce dossier ? En effet, outre le fait que cette réforme sera en toute logique difficile à mettre en oeuvre d'ici octobre, une partie des étudiants y reste opposée tandis que les organisations professionnelles ne sont pas prêtes à accepter la licence d'exercice en six mois sous forme de stage telle que le ministère le propose. «[Si on nous l'impose], nous appellerons les architectes à ne pas prendre ces stagiaires», menace Patrick Colombier.

Concernant les PPP, a priori, le nouveau ministre, qui n'a jamais fait mystère de ses convictions libérales, ne risque guère d'apporter son soutien aux architectes. Cependant, la situation se présente sous de meilleurs auspices qu'elle ne l'a jamais été depuis un an et demi. L'ordonnance relatives aux PPP, aujourd'hui dans les mains du Conseil d'Etat, semble d'ailleurs de moins en moins 'urgente' au fil du temps qui passe. Elle devait être présentée en avril, elle ne le serait plus qu'en juillet. «En un an et demi, un architecte aurait largement eu le temps de boucler son projet», ironise Jean-François Susini, en regard de l'argument du gouvernement selon lequel les PPP permettraient de raccourcir les délais dont les architectes seraient responsables.

Pour maintenir la pression cependant, le Syndicat de l'Architecture élabore un courrier à ce sujet destiné à tous les présidents de régions, majoritairement socialistes désormais comme chacun sait, pour les «mettre en garde» contre les procédures de PPP. Par ailleurs, tous les présidents de Conseils Régionaux de l'Ordre (CROA) vont entamer des démarches dans le même sens. «Nous allons demander le retrait de l'ordonnance mais sans illusions», explique François Pélegrin. «Bayrou dit qu'il ne faut pas gouverner par ordonnances, le président de la République semble d'accord avec lui ; pourquoi celle-là resterait-elle», s'interroge en rigolant Patrick Colombier, plus optimiste.

Enfin troisième sujet d'importance sur lequel les architectes comptent interpeller leur nouveau ministre, la directive Services issue de l'Union Européenne qui, comme sont nom l'indique, prône une libéralisation des services en Europe. François Pélegrin l'a mauvaise, on le comprend, qu'une agence d'architecture soit mise dans le même sac qu'une société de nettoyage tandis que Patrick Colombier pointe les dangers d'une 'libéralisation effrénée'.

Ce dernier explique par exemple que la libre circulation des architectes est sensée se traduire aussi par une profonde transformation des règles d'assurances puisque, selon lui, c'est l'assurance du pays d'origine de l'architecte qui serait saisie en cas de désordres. «Bonne chance au client d'un architecte grec ou autre s'il doit se retourner contre son assurance en Grèce», ironise-t-il.

Les architectes disposent en tout état de cause d'une fenêtre de tir avec l'arrivée du nouveau ministre, d'autant qu'avec le Livre Blanc ils ont d'ores et déjà un cadre élaboré et une série de propositions concrètes sur lesquels s'appuyer pour discuter. «On lui a mâché le travail», assure le président de l'UNSFA. De plus, ils se présentent cette fois unis et tentent de synchroniser leur action. «Nous sommes tous d'accord pour mettre plus de pression sur la tutelle», assure François Pélegrin. «Nous avons déjà eu des ministres qui ne se préoccupaient pas d'architecture mais à trois (les trois organisations professionnelles. NdR) nous pouvons peser sur la tutelle», remarque Patrick Colombier.

Reste cependant une inconnue : Renaud Donnedieu de Vabres aura-t-il le temps de s'en préoccuper ?

Christophe Leray

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