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Domotique : miroir aux alouettes ou vraie promesse d'avenir ?

© Cyberarchi 2020

Le concept de «bâtiment intelligent» fait florès sans que le public en général et les architectes en particulier ne parviennent à faire la part des choses entre l'innovation fondamentale et le gadget inutile et coûteux. Pourtant, un vrai marché de la domotique existe bien.

 
 
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Depuis plus de vingt ans, les promesses de la domotique ne cessent de faire rêver et de décevoir. Le vocable «maison du futur» a d'ailleurs désormais presque disparu - le futur est arrivé sans que la conception des maisons ou des immeubles en soit révolutionnée - au profit de celui de «maison intelligente», indiquant de fait que la technologie ne peut en soi faire de grande différence si au final les clients ne s'y intéressent pas.

La domotique est, grosso modo, l'informatique appliquée au domaine de l'habitation (du grec domos = maison). Ses promesses sont toujours d'actualité. A votre arrivée, le bureau ou la maison est déjà éveillée, lumière et chauffage parfaitement maîtrisés. Les stores s'ouvrent ou se ferment selon l'intensité de la lumière extérieure, les lampes s'allument et règlent leur intensité en fonction du besoin, les pièces sont plus ou moins chauffées en fonction de l'usage et l'économie d'énergie est considérable, à votre départ les locaux deviennent parfaitement sécurisés, etc. Le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) a même récemment développé un «laboratoire virtuel» chargé d'en étudier toutes les applications.

Mais ces succès sont loin de remplir l'espace imaginaire créé par les industriels auteurs du concept de domotique. Concept qui aujourd'hui n'est guère allé au-delà de ce qu'avait déjà imaginé le cinéaste Jacques Tati il y a près de cinquante ans dans le film Mon Oncle. Maigre butin en somme. Les flops d'ailleurs ne se comptent plus, des fonctions inutiles du téléphone-répondeur à la machine à café qui démarre toute seule mais dans laquelle il faut encore, à la main si on peut dire, mettre le filtre et le café. Les industriels eux-mêmes ont étouffé dans l'oeuf la poule aux oeufs d'or en créant volontairement, afin de conquérir puis conserver un marché captif, un patchwork d'applications qui ne peuvent communiquer entre elles, à l'architecture complexe qui ne peut être entretenue que par des experts et à la mise en oeuvre coûteuse. Sans compter que le gain n'est guère appréciable entre appuyer sur une télécommande à la place d'un interrupteur pour allumer la lumière, sans compter qu'il a fallu inventer des systèmes de sonneries pour retrouver la télécommande perdue... Et Paul Joly, architecte spécialisé en domotique et auteur de «La maison qui guérit», d'ironiser sur le coût d'un système à 15.000 euros pour pouvoir obtenir une «température de 18° dans la chambre, 25° dans la salle de bain et 20° dans le séjour d'un appartement parisien».

Est-ce à dire qu'il faut jeter dans les poubelles de l'histoire la domotique et aujourd'hui l'immotique - nouveau concept industriel concernant cette fois l'électronique et l'informatique appliquées aux immeubles ? Ce serait aller trop vite en besogne. En effet, il y a enfin le début d'un vrai marché au moins pour ce qui concerne les personnes âgées, dépendantes ou handicapées pour lesquelles il est désormais possible d'actionner à distance des appareils qu'il leur était difficile, voire impossible, de manoeuvrer eux-même: allumer et éteindre les lumières, faire fonctionner les appareils hi-fi ou vidéo, régler le chauffage, ouvrir et fermer les volets, etc. La domotique commence également à être utilisée dans des résidences pour personnes âgées qui peuvent par exemple appeler des secours en cas de besoin. Etant donné le vieillissement grandissant de la population, il est permis de penser que la domotique est appelée à se développer.

Or, ne l'oublions pas, la télécommande et la reconnaissance vocale furent inventées pour les handicapés et trouvent aujourd'hui des usages qui sont au service de tous.

Le développement d'un tel marché est donc porteur... de promesses pour l'avenir. D'autant que les nouvelles technologies, l'Internet et le sans fil notamment, imposent peu à peu des protocoles de communications universels qui permettront bientôt à toutes les applications de domotique de communiquer entre elles. «Le protocole IP peut détrôner les grands industriels, la communauté Internet va s'en emparer et construire le contenu en utilisant les produits comme support», assure Marc-Antoine Micaelli, consultant en domotique et co-fondateur de Universel Domavenir (lire également entretien ci-contre).

«Cela devient intéressant en terme de programmation pour un architecte, assure Paul Joly. Il ne doit pas subir un installateur domotique mais peut aujourd'hui imaginer des solutions en fonction du besoin du client et acheter les produits nécessaires à leur mise en oeuvre au supermarché du coin pour des coûts infimes».

Le développement des réseaux VDI - voix, données, images - est également attendu, en tertiaire notamment mais également pour les logements et la maison individuelle. La robotique est également en train de franchir une nouvelle étape, la tondeuse ou l'aspirateur qui travaille tout seul existant déjà. A condition cependant que ce soient les usagers qui s'approprient ces technologies et en expriment les besoins et non plus que l'offre leur soit imposée par les industriels.

Au final les architectes, dans l'ensemble peu à l'aise voire pas du tout convaincus de sa pertinence, ne peuvent plus se permettre de laisser aux ingénieurs et aux industriels seuls le soin de réfléchir et de développer le marché de la domotique. C'est aussi à eux de banaliser le mot, d'en comprendre les applications afin de pouvoir proposer à leurs clients des systèmes simples, bon marché et utiles. «L'architecture avec un grand A doit intégrer la domotique avec un petit d car, dans le cadre d'un projet, c'est l'occasion d'offrir la cerise sur le gâteau», conclut Paul Joly.

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