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Dominique Perrault et l'attraction du vide

© Cyberarchi 2019

Alors qu'il vient d'inaugurer la passerelle Arganzuela à Madrid, et qu'il travaille tout à la fois à la construction du Teaching Lab de l'Ecole Polytechnique de Lausanne et à sa future participation au Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, l'auteur de la BNF François Mitterrand est taraudé par une obsession : le vide.

 
 
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A 58 ans, Dominique Perrault, médaille d'or 2010 de l'Académie d'architecture pour l'ensemble de son oeuvre, est toujours à la quête du projet qui va assouvir sa soif de recherche et d'expérimentation. Son terrain de réflexion tourne depuis quelques années autour du vide. Pas un vide anxiogène, mais plutôt ce vide qui tourne autour du plein pour mieux le révéler. Au sein de l'agence, un atelier de recherche a même été créé pour plancher sur le sujet. « Pour mieux cerner le plein, c'est-à-dire nos objets de construction, peut-être vaut-il mieux d'abord penser le vide, explique-t-il. Plutôt que de vendre l'idée d'un projet tel que je l'imagine, il me paraît plus intéressant de construire des « lieux », en apportant une réponse au-delà de la question posée.

Quitte d'ailleurs à essuyer les critiques. Je ne construis pas des bâtiments, je construis des lieux où le vide qui règne autour joue un rôle de premier plan. Ma fonction d'architecte se résume finalement à un acte stratégique visant à permettre la mise en place d'un processus où vont s'inscrire le travail, le transport, le logement ».

Au-delà du « bling bling »

« Il n'est pas utile de faire du « bling » pour qu'un bâtiment existe et s'intègre dans son milieu ». Outre les réalisations emblématiques que sont la BNF, le vélodrome et la piscine de Berlin, ou encore la boîte magique qui abrite le centre olympique de tennis de Madrid, Dominique Perrault aime particulièrement évoquer l'université féminine Ewha de Séoul, comme le symbole de ses recherches sur la notion de vide.


L'architecte a ainsi créé deux corps de bâtiments jumeaux à moitié enterrés autour d'une vaste fracture traversant la colline du parc Ewha. L'ensemble du projet devient alors une articulation dans la ville et une voie de liaison pour le quartier. « Une certaine liberté m'était offerte, je l'ai exploitée au mieux pour créer un lieu contemporain ».

L'apparence conceptuelle

Dominique Perrault ne cherche pas à créer des lieux conceptuels. Il va au-delà, s'interrogeant sur l'espace « ville » et ses fonctions, pour les réinventer sans cesse. « Le concept mis en oeuvre pour la BNF n'allait pas de soi quand je l'ai proposé il y a 22 ans », se rappelle-t-il. « Aujourd'hui, c'est devenu une évidence pour tout le monde. La remarque est identique pour les toits qui s'ouvrent et se ferment du complexe sportif de Madrid. Enterrer les bâtiments de l'université de Séoul pouvait aussi paraître incongru, dans la mesure où l'accès à la lumière naturelle devenait limité. En fait, de larges baies vitrées éclairent les étages réservés aux activités communes, tandis que ce sont les parkings qui se retrouvent en sous-sols ».


Dominique Perrault aime jouer avec les apparences, mais pas avec la vision qu'il défend à travers ses ouvrages. Construire du plein autour du vide comporte toujours une énorme part de risque. Il l'assume.



Agnès Delcourt

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