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DJBG : une agence pas encore chic mais déjà bon genre

© Cyberarchi 2019

Julien Grenot et Didier Bonnefoy se définissent comme des "architectes réalisateurs", puisque, estiment-ils, "la résonance entre notre métier et celui de réalisateur cinématographique est forte". En attendant un prochain long métrage, patients et sereins, ils font le tour des plateaux. Portrait d'un architecte bicéphale.

 
 
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Ils ont appelé, en 1996, leur projet de diplôme 'NASA', pour 'Nouvelles Activité et Stratégies d'Aménagement pour l'homme 21'. Il s'agissait de réaliser un saut de 25 ans afin d'envisager et d'imaginer, en 2021, "une nouvelle organisation du temps impliquant une nouvelle architecture pour laquelle il convient de rechercher de nouveaux termes". Une façon pour Didier Bonnefoy et Julien Grenot (agence DJBG), à l'aube de leur carrière, de prendre date. L'homme 21 est donc aussi l'homme du 21ème siècle et ils ont bien l'intention d'écrire quelques pages de son histoire.

Didier (35 ans) et Julien (34 ans) sont, selon la formule consacrée, de 'jeunes' architectes. C'est-à-dire que depuis la création de leur agence en 2001, ils parviennent à maintenir leur activité d'architecte libéral sans rien devoir à personne. Sans pathos pour autant puisque, ayant fixé une échéance suffisamment lointaine pour n'avoir pas à se décourager, ils s'appliquent aujourd'hui à traverser un par un les passages obligés liés à leur statut. Une patience et une détermination riches d'expériences qui leur sied parfaitement : "Depuis un an, l'agence fonctionne à 100% en commande directe", disent-ils. Lesquelles commandes sont à chaque fois des "aventures humaines". Citant Georges Lucas, le réalisateur, Didier précise leur pensée : "Entre artisan, réalisateur et architecte, nous sommes au carrefour de compétences partagées entre divers corps de métiers, deux dentellières (rires) qui écrivent des scénarii pour réaliser des films d'architecture".

C'est en arrivant de deux directions parfaitement opposées que l'étonnante symbiose intellectuelle qui les lie l'un à l'autre a pu s'effectuer. Le père de Didier, avant d'être bougnat, avait travaillé dans le bâtiment, pour une tante 'maîtresse femme' qui, à l'époque déjà, dirigeait une entreprise générale de travaux. Avant encore, la famille était aux champs dans une région où la terre est rétive. "Mon père avait des mains d'or, il s'est construit sa maison tout seul", raconte le rejeton sans cacher son admiration. Pour lui, ce sera donc le paysage, pour être à l'extérieur, pour créer tout en restant en contact avec la nature, pour garder un rapport à la lumière et à la terre. Il s'inscrit pour une année d'archi en attendant de préparer un concours. "J'ai finalement fait tout le cursus car je me suis aperçu que je pouvais construire les creux et les entre-creux, construire les bâtiments entre les jardins", dit-il.

Le père de Julien est architecte d'intérieur, son grand-père 'métreur' (économiste dirait-on aujourd'hui). Pour Julien, l'architecture est l'opportunité d'aller au delà des limites qu'impose l'enveloppe du bâtiment, "développant ainsi le champ des possibles". Ainsi, l'un s'ouvrait vers l'extérieur en venant de l'intérieur, l'autre venait de l'extérieur pour s'approprier le dedans. Rencontre sur les bancs de l'école, chacun ayant trouvé "intéressant" le travail de l'autre ; un voyage au Maroc scelle leur amitié et, donc, leur avenir professionnel. Les limites des deux sous-ensembles sont parfaitement tranchées - ils ne sont pas jumeaux - mais, comme pour le ying et le yang, le tout est indissociable. "Les clients ne savent plus s'ils ont discuté avec l'un ou avec l'autre". Parler à l'un, c'est parler à l'autre. "C'est une grande liberté d'être architecte, nous avons une capacité de choix et d'intervention énorme", explique Didier.

Fort de cette liberté, ils se sont attelés à leur premier chantier, l'extension d'une maison individuelle à Boulogne, près de Paris. Maison qui a gagné deux étages, passant de 45 à 185m². Pour faire passer le projet, ils se sont déplacés à la mairie de Boulogne, en métro, avec leur maquette d'un mètre cube. La recherche de la lumière est une chose, là il l'ont trouvée. Le maître d'ouvrage est ravi. Bientôt un autre projet d'extension à Clamart est achevé avec la même réussite. Leur liberté, qui est aussi une liberté de ton, leur permet de convaincre. Ainsi, contactés pour remettre aux normes le système électrique d'une église, ils parviennent à convaincre le pasteur luthérien de réagencer l'éclairage. Pour 4.000 euros supplémentaires - "un cadeau" - le temple est transformé. Contactés pour changer moquettes et papiers peints dans des bureaux, ils proposent et obtiennent un réaménagement complet de l'espace. Même la consultation des entreprises se transforme en "aventure humaine". Ce qui leur permet de tenir les budgets. D'autres réalisations suivent. Le bonheur est partagé.

"La masse de travail n'est pas proportionnelle au nombre de m²", constatent-ils. "Des espaces de bureaux sont faciles à interpréter mais il faut avoir fait cinq ans de psychologie pour concevoir une maison individuelle. Le maître d'ouvrage y apporte tout son passé, va y vivre 24 heures sur 24 sur une très longue durée. Tel détail ou telle innovation lui conviendront-ils encore dans quelques années ?" Ce n'est pas manque de confiance en eux-mêmes mais un grand respect du hasard des rencontres. Tous leurs clients et ils commencent à faire nombre sont, à les écouter, des gens super. "La maison individuelle était un passage obligé pour nous mais nous savons désormais que, quel que soit l'avenir, il y aura toujours une M.I. qui traîne, non plus par obligation mais par intérêt".

Maison individuelle, bureaux. Cela fait déjà deux passages obligés de franchis. "Nous revenons d'un rendez-vous pour la réhabilitation du hall d'une mairie, ce serait notre premier marché public". Une consultation restreinte, ils sont retenus parmi cinq équipes. "Nous montons en pression ; bientôt, quand nous aurons assez de références, nous nous lancerons dans les concours", dit Julien. Deux concours primés, à l'étranger bien sûr, les rendent optimistes. Aujourd'hui donc, les "beaux projets" sont à portée. "Une poste c'est passionnant", assène Julien au détour de la conversation. "Le logement collectif, c'est passionnant", explique Didier au détour de la conversation. "Nous sommes rentrés par la petite porte", se marre Didier. L'important était de ne pas rester sur le seuil.

"Le seul problème du métier d'architecte est que l'activité n'est pas linéaire, il y a des hauts et des bas, par vagues", convient Didier. "Des vagues lentes", précise Julien. "Aller expliquer cela à un banquier", rigolent-ils à l'unisson. S'ils ont encore du mal à joindre les deux bouts, l'agence a prouvé sa viabilité. Ce n'est pas la moindre des réussites. La somme des deux hommes fait un peu plus qu'un architecte. "Etre ensemble permet de traverser les mauvaises passes". Effectivement, l'avenir est aujourd'hui presque dégagé. Rendez-vous en 2021.

Christophe Leray

Pour consulter l'album- photo du travail de l'agence, cliquez ici.

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