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Développement durable ou système D ? Un ancrage culturel néfaste en France

© Cyberarchi 2019

Sur Batimat, dont le thème est le 'développement durable', le contraste est frappant entre les efforts, réels, de nombre d'industriels et de fabricants et l'incapacité des acteurs institutionnels à mettre en place une politique efficace et cohérente. L'Ordre des architectes s'est penché sur l'expérience japonaise, implémentée depuis plusieurs années déjà. La comparaison n'est pas flatteuse.

 
 
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"Le développement durable, qu'est-ce qu'on en fait une fois qu'on a dit que c'est bien ?", interroge d'emblée Patrice Genet, en charge du sujet au Conseil national de l'Ordre des architectes (CNOA). Dans la salle de conférence de l'AQC (Agence Qualité construction), c'était au tour de l'Ordre des architectes, après l'association HQE, de donner son point de vue. Au travers de la présentation de deux expériences, celle en cours au Volarberg (Autriche) et, surtout, avec le décryptage de la méthode japonaise (C.A.S.B.E.E.), l'approche française fut, sinon moquée, singulièrement écornée.

Le thème de la conférence était 'Développement durable : méthodes d'évaluation'. En préalable, Patrice Genet a donc rappelé les difficultés d'évaluation autour d'un sujet aussi vaste. "Ce n'est pas simple", dit-il, un 'understatement' que n'aurait pas renié un Anglais. En effet, faut-il une norme ? Une certification ? Dans ce cas, est-ce la démarche ou l'ouvrage qui doit être certifié ? Et comment mesurer l'impact social futur, à l'heure où les banlieues sont stigmatisées au travers des logements qui les composent, d'un aménagement urbain ? "Aujourd'hui, nous n'avons pas la solution d'un système de mesure de la performance dans tous ces aspects", explique Patrice Genet. "Alors que la démarche HQE n'évoque jamais les aspects qualitatifs, les aspects sociaux sont pris en compte dans les systèmes anglo-saxons", dit-il. Ce qui n'a pas empêché Ken Livingston, anglais et maire de Londres, d'imposer d'ores et déjà que tout projet important doit produire 10% de ses besoins énergétiques à partir d'énergies alternatives. Le pragmatisme a le mérite, pendant que d'aucun s'interroge, de l'immédiateté de mesures concrètes.

Albert Dubler, également membre de la commission développement durable du CNOA, est passé très vite sur l'expérience en cours au Volarberg, précisant néanmoins qu'un 'Ecopassport' y est indispensable pour toute obtention de crédits. Car c'est surtout le système japonais qui semble avoir retenu l'attention de l'Ordre. Certes chaque méthode d'évaluation - il en existe une vingtaine dans le monde - s'inscrit dans un ancrage culturel donné. Et s'il n'est donc pas étonnant que la notion de chantier propre ne soit pas un critère au Japon - tous les chantiers sont déjà propres - le système CASBEE a le mérite de prendre le projet dans toute sa durée, de la préconception jusqu'à sa rénovation. De plus, l'image d'un édifice (au sens propre puisqu'il s'agit d'une véritable image sous forme d'hexagone, nous y reviendrons), valable trois ans, peut évoluer. Si des progrès sont réalisés, l'image s'améliore. Le système n'est donc pas figé.

Autre particularité, ce système, explique Albert Dubler, n'est pas axé sur le bâti mais sur les hommes. En clair un bâtiment d'une remarquable efficacité énergétique dans lequel on vit mal et improprement intégré à l'environnement aura une note moyenne, au mieux. CASBEE distingue ainsi les bâtiments où l'on travaille de ceux où l'on vit ; un hôtel est un bon exemple pour illustrer ce principe puisque l'exigence en terme de confort acoustique ne sera pas la même dans le hall d'entrée que dans les chambres. Penser à l'homme fait effectivement toute la différence. A noter d'ailleurs que sur une échelle de validation de 1 à 5 - 5 étant la meilleure note - dans ce système pondéré, le respect des normes vaut... 1. Dit autrement, ce qui est en France un objectif (ou presque) est au Japon acquis d'emblée.

Autre différence notable, les Japonais ne cherchent pas la simplification d'un concept afin de le rendre compréhensible pour le plus grand nombre (ce qui est insultant au fond) mais au contraire ont tenté d'en traduire toute la complexité. Par exemple, ils font la distinction entre l'intérieur du bâti et son extérieur (un bâtiment très confortable mais qui fait de l'ombre au voisins sera mal noté), ils prennent en compte la qualité des services (éclairage, ascenseur), l'infrastructure autour du site, son taux d'occupation (un bâtiment culturel est-il utilisé une fois par semaine ou tous les jours), etc. A écouter les conférenciers, revient alors en mémoire les extraordinaires précautions, pour qui s'en souvient, prises lors de la construction des sites des Jeux Olympiques de Nagano en 1998. Combien de Français et d'européens n'ont-ils pas ricané devant ces travailleurs du BTP nippons déplaçant et replantant, une à une, des fleurs rares situées sur la piste de tremplin ?

Toujours est-il que cette complexité dans le bâti est pourtant accessible au travers d'un hexagone (l'image dont nous parlions plus haut), dont les pointes tendent vers les six grandes cibles déterminées, appliqué au bâtiment. Plus l'hexagone est grand, meilleur est l'édifice et, dans ce cadre, il suffit de lire la distance des pointes, sur la même échelle de 1 à 5, pour comprendre d'un regard où le bâtiment est performant et où il l'est moins. Dernière précision, ce système fut mis en place au travers d'une collaboration entre industriels, universitaires et politiques. C'est un collège indépendant, représentant ces différentes composantes, qui en exerce le contrôle.

La démonstration achevée, Patrice Genet offre quelques bémols à cet impressionnant exposé. Il note ainsi que n'est pas prise en compte la capacité à transformer l'ouvrage, non plus que son impact social ou économique. "Il y a encore du chemin à parcourir pour trouver un système d'évaluation et des grilles totalement pertinentes", dit-il. Il convient cependant que par rapport au système binaire français (c'est fait ou pas), le système à points des japonais offre une certaine transparence quant à la qualité technique de l'ouvrage. "Certifier ou normaliser, c'est encourager une démarche qui encouragera la triche", dit-il. Ce que d'aucun en France nomme sans doute, avec fierté, le Système D.

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