• Accueil
  •  > 
  • Denis Humbert, architecte et ingénieur à Charenton-le-Pont
Rejoignez Cyberarchi : 

Denis Humbert, architecte et ingénieur à Charenton-le-Pont

© Cyberarchi 2017

Architecte diplômé des Ponts et Chaussées, Denis Humbert aime peaufiner les projets d'architecture d'intérieure et extérieure, sans faire de distinction. Homme orchestre de sa propre structure, il nous parle de son expérience et nous confie ses réflexions sur l'architecture.



 
 
A+
 
a-
 

L'agence de Denis Humbert est située à Charenton-le-Pont, dans un duplex dont l'unique verrière donne sans vis-à-vis sur l'envers de la ville: les voies de triage du réseau ferré de la gare de Lyon. L'aménagement intérieur de l'agence rappelle celui d'un bateau où l'agencement est très soigné et partout optimisé. Meubles et lampes de style art déco et affiches de Manhattan montrent par ailleurs sont goût pour l'âge d'or des transatlantiques. Un large escalier mène à l'espace de travail, où bureaux et bibliothèque se côtoient face au panorama.

La vocation d'architecte lui est venue dès l'âge de 7 ans. Très tôt, il aimait s'attarder, au retour de l'école, sur les chantiers en cours des maisons voisines, pour interroger les ouvriers sur leur travail. A 12 ans, il fait les plans et la maquette d'un projet d'extension d'une ruine acquise par ses parents en Provence. Il se remémore : «J'accompagnais mes parents dans leurs recherches de solutions d'aménagement intérieur. J'étais fasciné par les croquis et les plans des décorateurs. J'aimais à la fois la réalité de la construction et le graphisme des projets».

Etudes de l'architecture, l'ingénierie et des monuments historiques

Après un début en prépa ingénieur, il intègre l'école d'architecture UP8 du 13ème arrondissement de Paris. Il n'est pas satisfait de la formation technique enseignée au sein de l'école d'architecture, et s'inscrit aux cours du soir du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) en génie civil, où il étudie la résistance des matériaux, la mécanique des sols, la charpente métallique, le béton armé et le béton précontraint. Diplômé à 23 ans de l'Ecole Nationale d'Arcitecture de Paris-Belleville, il décide de consolider son expérience au CNAM, par les cursus de l'Ecole Nationale des Ponts-et-Chaussées, spécialisés en ingénierie et en sciences du bâtiment, qu'il suit pendant deux ans pour obtenir un CES et un MASTER. A 25 ans, il commence la formation des monuments historiques à l'école de Chaillot, en parallèle de son service militaire, et poursuit la deuxième année, tout en débutant un poste d'ingénieur au sein de la société de BTP, Eiffage (anciennement SAE).

Architecte salarié dix ans dans une société de BTP

«Je n'avais pas envie d'être dans l'ombre d'un architecte, je n'avais pas envie de vivre cette expérience».

Il sera cadre pendant dix ans en tant qu'ingénieur du bâtiment, en occupant successivement les postes de conducteur de travaux, responsable de chantier tout corps d'état puis directeur de la qualité d'une filiale du groupe en mettant en place la certification Qualibat et Iso 9000. Enfin, il s'occupera de développer la filière du désamiantage au sein du groupe. Inscrit à l'ordre des architectes depuis son diplôme, il réalise, parallèlement à son emploi, plusieurs projets pour des investisseurs ou des particuliers. La crise du BTP et sa frustration en matière de création architecturale le poussent à quitter cette société.

Pas de distinction entre l'architecture intérieure et l'architecture extérieure

Rénovations, aménagements intérieurs, constructions neuves d'habitations, de commerces ou de bureaux se succèdent. Lorsqu'on regarde son parcours, de nombreuses réalisations relèvent d'architecture intérieure. A ce sujet, il dit: «Cette distinction entre l'architecture intérieure et l'architecture extérieure m'agace, parce qu'on reste dans le domaine du bâti, où l'intérieur n'est que le revers de l'extérieur avec les mêmes problématiques» et il ajoute: « Le véritable espace urbain est conçu comme une intériorité puisque les rues y sont comme des couloirs, les places comme des pièces, les corniches extérieures comme des corniches intérieures et le ciel est comme un plafond. A partir de là, faire de l'urbanisme c'est faire de l'architecture intérieure. Accepter de séparer l'architecture intérieure de l'architecture extérieure, c'est donc aussi accepter la dérive de l'architecture vers le formalisme et l'objet sculptural, ce que je refuse. D'ailleurs, s'agit-il encore d'architecture?»

Restructuration du SAMU social de Paris, conception d'une boutique à Charenton-le-Pont, villa à Vitry-sur-Seine, conception d'un siège social avec entrepôt pour le Marché d'Intérêt National de Rungis... Denis Humbert commente la diversité de ses projets «L'architecture intérieure et l'architecture extérieure relevant de la même démarche, elles font appel aux mêmes compétences. De même, grand projet et petit projet, en matière de conception, ça ne veut rien dire, c'est exactement la même approche. Lorsqu'on conçoit une salle de bain, on est confronté au même processus itératif et complexe de questionnement et d'intégration des contraintes que dans un grand projet».

Son architecture est sobre et élégante, et on imagine la quantité de dessins qui a été nécessaire pour aboutir au bâtiment final. Il dit: «L'innovation pour l'innovation est à mon avis une dérive. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la qualité architecturale passe obligatoirement par l'innovation. Je crois au contraire, que lorsque le contexte ne s'y prête pas, elle passe par le fait de ne pas innover».

Conception, dessin, secrétariat, comptabilité...

Seul dans sa structure, il doit faire face à toutes les tâches de l'agence et on se demande si c'est un choix. Il répond «C'est à la fois rassurant et confortable car je n'ai pas le stress de devoir assurer le commercial pour maintenir le chiffre d'affaire nécessaire à l'emploi de salariés. En contrepartie, j'ai l'obligation de jouer l'homme orchestre qui se doit d'utiliser tous les outils de production, du dessin 2D ou 3D, comme du secrétariat ou de la comptabilité».

La contrepartie est aussi peut-être que ce manque de moyens lui enlève des possibilités de projets plus importants? Il répond:«Oui et non. En fait, un architecte exerçant seul est capable de maîtriser des projets de 10 000 à 20 000 m2 s'il s'en occupe à temps plein, et donc en traitant ses commandes de façon successive. Les maîtres d'ouvrages savent que l'architecte peut d'ailleurs être intégré en cotraitance à des équipes pluridisciplinaires. Il peut ainsi apporter, seulement et pleinement, sa vraie valeur ajoutée qu'est la conception architecturale, à savoir la traduction géométrique (forme et dimensions) en trois dimensions de l'intégration de toutes les contraintes du contexte: usage, durabilité, sécurité, coût, délai, harmonie en soit et dans l'environnement».

Adhérent de l'Association AMO (Architecture et Maîtres d'ouvrages) depuis plus de quinze ans, il participe aux colloques et visites organisés par l'association, où il aime partager son expérience et ses réflexions auprès de ses confrères et des maîtres d'ouvrages.
Le travail de certains architectes renommés l'intéresse plus particulièrement, il explique: «Les bâtiments d' Herzog & de Meuron sont toujours reconnaissables, bien qu'ils soient toujours très singuliers afin de coller clairement au contexte. Le stade de football Allianz Arena de Munich est très classique dans son fonctionnement, mais il a aussi une allure très conceptuelle. Ils utilisent l'aspect traditionnel du programme tout en jouant avec les nouvelles possibilités d'expression qu'offrent les techniques et les matériaux actuels. J'aime leur travail sur la géométrie, les contrastes et la radicalité avec lesquels ils jouent, entre simplicité et complexité, abstraction et réalité, modernité et tradition, l'utilisation des matériaux, leur détournement parfois».

De même, il apprécie particulièrement le travail de Rem Koolhaas «Pour le mélange de proximité avec le contexte et d'approche expérimentale, que l'on trouve dans ses réalisations. En particulier, la villa Dall'Ava à Saint Cloud, qui à elle seule est un manifeste d'architecture contemporaine».

Il évoque également l'architecte portugais Alvaro Siza : «Ses réalisations, au premier abord, sont discrètes, simples, ordinaires, rationnelles, en juste réponse au contexte, sans prétention ni volonté d'originalité ou d'innovation inutile. Ensuite, lorsqu'on les parcourt et qu'un aspect du contexte le justifie, l'architecte nous surprend par son habileté à traiter de façon très pertinente, complexe et singulière une partie spécifique de son bâtiment. La surprise et l'émotion suscitées par ces évènements architecturaux spectaculaires sont d'autant plus fortes qu'il n'en abuse pas et que leur complexité plastique est totalement justifiée par les contraintes qu'elle résout.»

Architecture, cinéma, cuisine ont des similitudes

Le cinéma est une autre de ses passions, et il fait une comparaison intéressante entre l'architecte et le metteur en scène : « Le métier de réalisateur de cinéma est à mon sens le plus proche du métier d'architecte. Au même titre que l'architecture, le cinéma est un travail d'intégration et de composition. Dans les deux cas, le commanditaire et le concepteur créateur forment un tandem. Le producteur est au cinéma ce que le promoteur est à l'architecte et il y a le même besoin de synergie, de connivence et de complicité entre les deux pour faire un bon film ou une bonne architecture. Il y a aussi le même éventail de moyens financiers: le budget du tout petit film correspond au budget d'un projet d'architecture modeste de maison ou d'appartement, et la grosse production coûte le même prix qu'un gros projet de bâtiment. Les effectifs des productions sont comparables. Le tournage est au cinéma ce que le chantier est à l'architecture. L'architecture et le cinéma sont deux arts plastiques qui n'existent que par la lumière. Ils impliquent les dimensions de l'espace et du temps, le cadrage, le déplacement, la géométrie, le point de vue, le décor... Un paradoxe existe en tout cas: l'oeuvre cinématographique est un film projeté sur deux dimensions et issu des trois dimensions de la réalité; à l'inverse, l'oeuvre architecturale est une réalité construite en trois dimensions, issue de dessins en deux dimensions».

Il établit également un rapprochement entre le cuisinier et l'architecte, il explique: «A l'instar de l'architecte, le chef cuisinier est un chef d'orchestre dont le chantier est la cuisine, tout comme en architecture, il a un aspect utilitaire qui ici est de nourrir les gens, et un aspect artistique qui cette fois est de régaler les gens. C'est aussi un art d'intégration, car il se soucie d'accompagner la dégustation en soignant la qualité, du décor de la salle, de la table et de l'assiette. Durant le chantier, l'architecte est comme le cuisinier: ça va très vite et si on laisse passer un coulage sans surveiller la manière dont il est réalisé, ça peut faire capoter l'aspect final du bâtiment. C'est une phase d'hyper vigilance où l'on doit être sur tous les fronts de la réalisation pour que tout aille dans le bon sens, sans qu'une erreur en entraîne d'autres. Finalement, l'architecte vit alors le même stress que le cuisinier dans sa cuisine!»

Denis Humbert est un architecte d'un seul projet à la fois, privilégiant les commandes où il sent qu'il peut défendre la valeur ajoutée de l'architecture. Décortiquer, rechercher, dessiner, construire, il nous rappelle l'architecte du temps des diplômés de l'Ecole des beaux arts, homme d'arts et ingénieur à la fois, qui ne méprise aucune demande, ni pour leur taille, ni pour leur budget, ni pour leur nature, tant que le client lui paraît réceptif à l'explication du bien-fondé de l'architecture.

Claire Zobouyan

Denis Humbert, architecte et ingénieur à Charenton-le-Pont
Denis Humbert, architecte et ingénieur à Charenton-le-Pont
Denis Humbert, architecte et ingénieur à Charenton-le-Pont
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER