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De la carte au schéma-concept, construire les projets de villes et de territoires

© Cyberarchi 2019

'Le dessin d'urbanisme' de l'urbaniste, architecte et géographe Michel Chiappero est un manuel technique qui se lit comme un livre d'histoires emprunt d'humanisme, voire de poésie. Didactique et abondamment illustré, un ouvrage à mettre entre toutes les mains.

 
 
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  • 'Le dessin d'urbanisme' : une saga débutée avec les romains
  • Les neuf fonctions du dessin d'urbanisme

L'ambition d'abord. «'Le dessin d'urbanisme' propose pour la première fois un état des lieux des multiples usages que l'on peut faire du dessin dans les démarches collectives d'aménagement, de l'espace public aux grands espaces prospectifs», explique l'auteur. Opération réussie tant les différentes fonctions du dessin d'urbanisme - l'auteur en compte neuf -sont parfaitement identifiées et mises en perspective.

Il invente même une notion nouvelle (la neuvième fonction), celle du schéma-concept capable, selon lui, «d'une part de fonder la compréhension et l'adhésion du plus grand nombre et, d'autre part, de susciter une projection collective dans un avenir désirable». Si cette idée paraît difficile au premier abord, on s'aperçoit que chacun utilise déjà facilement cette notion de schéma-concept. Par exemple, l'Hexagone ou l'Arc atlantique ou encore la banane bleue représentant l'arc nord-sud industriel européen sont des concepts qui induisent d'emblée une perception du territoire. L'idée est donc que chaque projet urbain, grand ou petit, soit porté par un concept fédérateur qu'il s'agit de déterminer et autour duquel les aménagements du territoire vont s'articuler.

Cela dit, ce 'manuel' ne décrit qu'imparfaitement le plaisir éprouvé à la lecture d'un ouvrage a priori technique mais en réalité plein d'une forme de poésie de l'urbanisme qui transparaît au fur et à mesure que naissent les techniques, les approches et les fonctions. Car le dessin, au-delà de sa fonction, porte en lui-même une charge émotionnelle quand à travers lui on relit l'histoire du développement en France - ses réussites et ses incohérences soudain rendues avec une implacable clarté. De la volonté de reforestation de la France sous Colbert jusqu'à la création ex-nihilo de villes nouvelles, rêvées et dessinées avant d'être construites, ce que Kevin Lynch, professeur à Harvard et l'un des premiers à écrire sur l'image de la cité, nomme 'l'imagibilité' de l'environnement urbain et de l'identité d'un territoire.

Ce remplissage du vide fut acquis grâce à un concept, 'l'espace public', qui a su justement fonder l'adhésion et la compréhension du plus grand nombre et sur lequel s'appuie désormais tout le développement urbain, et donc sa représentation. Si le dessin urbain fut longtemps la représentation des seules certitudes de ses auteurs et de ceux qui, individuellement, le regardaient (consultaient), le schéma-concept proposé par l'auteur est une nouvelle étape qui mérite de s'imposer. En effet, en inscrivant le projet et ceux qu'il concerne dans un, voire des espaces - vastes ou non -, déterminés et pleins, il permet à chacun de s'approprier précisément un territoire donné et d'y trouver sa place. C'est le but de l'urbaniste.

Christophe Leray

Cet ouvrage peut être commandé au :
CERTU
9, rue Juliette Récamier
69456 Lyon cedex 06
Tel : 04.72.74.59.59


'Le dessin d'urbanisme' : une saga débutée avec les romains

De la représentation à l'outil de dialogue, de la volonté gouvernementale de normalisation du dessin au foisonnement des approches. Ou comment le dessin d'urbanisme, au travers de ses évolutions, décrit le développement de l'activité humaine. Compte-rendu.

La première vocation du dessin a été la représentation et le dessin d'urbanisme n'échappe pas à la règle. Depuis les toutes premières cartes jusqu'à la normalisation graphique des années 70, cette représentation n'était que le reflet des certitudes de l'époque à laquelle le dessin était réalisé. Ainsi, jusqu'à sa modification récente dans les années 1970, la carte d'une île grecque (Astypaléa) datant du début du XXème siècle, bien que largement erronée, faisait foi et était considérée comme 'correcte'. De même, la perception du monde d'un Chinois, d'un Français ou d'un Américain, est liée à sa vision du monde tel que SA carte le lui décrit : le Français étant au centre du monde de sa carte, encore visible à l'est sur la carte de l'Américain et quasi inexistant sur la carte d'un Chinois. De fait, l'épaisseur du trait sur une carte a été source au fil du temps de conflits meurtriers, là encore chacun ne percevant la représentation graphique qu'à l'aune de ses propres convictions.

A ce titre, le dessin d'urbanisme est donc longtemps resté l'outil privilégié de la représentation d'une conviction préalable. Et jusqu'au début des années 80, les circulaires gouvernementales n'énonçaient que trois grands types d'objets à représenter sur les schémas d'urbanisme : les infrastructures, les grands équipements et les zones d'accueil du développement programmé. Des objets peu différents sur le fond de ceux de la table de Peutinger, copie des itinéraires des légions romaines en Gaule.

Mais l'une des conséquences de la décentralisation de 1982, qui a donné aux communes les clefs de leur développement auparavant du seul domaine de l'Etat, sera justement l'émergence de dessins qui s'écartent de plus en plus de la norme gouvernementale établie, un foisonnement d'approches qui correspond aux propres questionnements des communes concernées. Le dessin devient alors un outil de dialogue entre les partenaires du projet, sa diversité traduisant la diversité des orientations d'aménagement, mais aussi pour les élus un outil de 'conversation' avec les administrés, autant donc outil d'analyse qu'outil destiné à convaincre du bien-fondé d'une décision d'urbanisme.

Cette nécessité de dessiner est bientôt renforcée par la loi, notamment la loi paysage de 1993 puis code de l'urbanisme sur les 'Entrées de ville'. Enfin, la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbains) de décembre 2000 met dans la quasi obligation de présenter graphiquement le projet. Ainsi le dessin est passé de la représentation d'une idée aboutie en étape incontournable et préalable à l'aboutissement de l'idée.

Prenant acte que la loi SRU «augmente la nécessité d'une plus grande rigueur dans les choix de représentation et donc dans la connaissance des qualités et des ressources de cette discipline», Michel Chiappero a poussé la logique jusqu'au bout puisqu'il propose désormais l'idée d'un schéma-concept où le dessin n'est plus seulement un outil mais devenu une véritable méthode de construction du projet de territoire. Méthode qui reste attentive cependant à ne pas re-normaliser le dessin, s'attachant plutôt à systématiser les représentations des différentes échelles de territoire. Il imagine même à ce titre l'émergence d'une école française du dessin urbain et territorial.


Les neuf fonctions du dessin d'urbanisme

Michel Chiappero, urbaniste, architecte et géographe a identifié et analysé les neufs fonctions du dessin d'urbanisme : du diagnostic à la représentation, de l'analyse au schéma-concept, une approche éclairée du dessin.

1 - Parler du même territoire et des grandes fonctions urbaines : diagnostiquer à différentes échelles.
Il s'agit d'induire une connaissance partagée du territoire en jouant sur ses différentes échelles tout en usant d'un 'langage' commun. Ainsi l'auteur cite trois échelles de l'agglomération lyonnaise (le grand Lyon, un secteur de l'agglomération puis une des communes de l'agglomération) qui utilisent la même légende ou quatre échelles (la région, l'agglomération, la ville-centre et le quartier) autour d'un même thème, pour une approche du commerce urbain à Nîmes par exemple.

2 - Révéler les pratiques quotidiennes, les appartenances, les identités.

Il s'agit là de représenter non seulement la réalité physique d'un lieu mais sa réalité identitaire, forcément subjective, telle qu'elle apparaît aux habitants qui le pratiquent puisque cette compréhension 'émotionnelle' du territoire est susceptible d'influer sur son aménagement.

3- Retranscrire les perceptions visuelles d'un territoire, d'un lieu, d'un itinéraire.

Le but est de comprendre l'organisation du regard et les principales perceptions qui y sont associées. Ici interviennent notamment les notions de vue lointaine, de vue panoramique et de seuils de vue, éléments essentiels à l'élaboration d'une route par exemple ou un aménagement d'entrée de ville.

4- Identification des problématiques sociales, économiques ou institutionnelles.
Il s'agit là d'un outil de diagnostic car la représentation de données socio-spatiales peut faire émerger de façon frappante une cohérence à construire ou l'incohérence de politiques départementales, qu'elles aient trait au logement social ou au transport par exemple.

5 - Débattre des hypothèses de projet avec des scénarii représentés

Le dessin, dans ses différentes formes, est ici un outil de compréhension, voire d'appropriation des projets par les populations concernées et, a priori, non formées à la lecture de plans ou de cartes.

6 - Expliquer le projet et ses enjeux à la population et aux partenaires.

Suite logique du point précédent, cette fonction du dessin permet, en multipliant les supports d'engager le dialogue, tant avec la population qu'avec les partenaires du projet, sur différentes hypothèses.

7 - Désigner les territoires du projet et de l'intervention publique.

L'intervention publique est nécessairement ciblée mais son impact est forcément plus large que le seul territoire (quartier, secteur ou lieu précis) concerné. Par exemple, l'aménagement d'une entrée de ville va déterminer la structuration d'une zone d'activité ou d'équipements sportifs. Le dessin permet donc de mettre en situation cette intervention.

8 - Intégrer les démarches de projet et les procédures de mise en oeuvre.

Le but est, au travers du dessin, de synthétiser visuellement et clairement des schémas directeurs souvent épais et ardus à lire pour une meilleure compréhension du projet.

9- Concevoir et mobiliser autour de 'schémas-concepts' : métaphores de projets complexe.

Il s'agit de faire émerger un concept capable, selon l'auteur, «d'une part de fonder la compréhension et l'adhésion du plus grand nombre et, d'autre part, de susciter une projection collective dans un avenir désirable». Si cette idée paraît difficile au premier abord, on s'aperçoit que chacun utilise déjà facilement cette notion de schéma-concept. Par exemple, l'Hexagone ou l'Arc atlantique ou encore la banane bleue représentant l'arc nord-sud industriel européen sont des concepts qui induisent d'emblée une perception du territoire. L'idée est donc que chaque projet urbain soit porté par un concept fédérateur qu'il s'agit de déterminer et autour duquel les aménagements du territoire vont s'articuler.

De la carte au schéma-concept, construire les projets de villes et de territoires
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