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Cristina Conrad, première présidente d'une profession qui se féminise rapidement

C'est une femme, Cristina Conrad, qui est aujourd'hui présidente du Conseil régional de l'Ordre des architectes - Ile-de-France (CROA-IdF). Moins femme de pouvoir que militante engagée, c'est après avoir beaucoup jonglé avec des contraintes multiples qu'elle envisage avec sérénité de n'être plus qu'architecte.

 
 
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Cristina Conrad, présidente du Conseil régional de l'Ordre des architectes en Ile-de-France, tient d'emblée à signaler qu'elle n'est pas certaine que le sujet - les femmes architectes - soit bien judicieux. Elle ne pense pas que le sexe influe sur l'architecture et ne souhaite pas que quiconque pense le contraire. "Au niveau de la façon de travailler, il n'y a pas de véritable divergence", dit-elle, soulignant, à raison, "qu'il y a encore moins de femmes maîtres d'ouvrage et encore moins dans le bâtiment". C'est un non-sujet. Elle note par ailleurs que la profession se féminise à grands pas, les étudiantes en architecture devenant majoritaires dans les écoles. De fait, la locution architecte-femme plutôt que femme-architecte est plus proche de la vérité car Cristina Conrad convient qu'il y a bien, au niveau du parcours, des différences entre hommes et femmes architectes

Cela dit, elle s'amuse que lors d'une récente journée portes ouvertes pour les lycées organisée par l'ordre des architectes d'Ile-de-France, il n'y avait dans la salle "pratiquement que des jeunes filles alors qu'il n'y avait que des enseignants hommes à la tribune". "S'il y a plus de femmes que d'hommes dans les écoles, la plupart deviennent ensuite salariées et non patrons. Il y a un certain nombre de femmes qui dirigent une agence, le plus souvent en couple, une femme seule à la tête d'une agence étant plus rare".

Dans ce cas également, il faut se garder de toute généralisation, chez les hommes cette fois. Ainsi met-elle en exergue qu'il y a une différence à travailler avec un maître d'ouvrage public et un petit maître d'ouvrage privé. "Dans le premier cas, le maître d'ouvrage est parfois un peu paternaliste, protecteur et une femme peut peut-être mieux négocier avec lui car il n'y a pas de rapport de rivalité", suggère-t-elle en riant. "Ce rapport de protection, on ne l'a pas forcément avec un petit maître d'ouvrage privé, susceptible de nous faire moins confiance, tant sur le plan technique que sur le plan financier, ce qui n'est pas toujours facile à vivre", dit-elle.

Il lui a fallu "jongler" avec ses deux garçons tant qu'ils furent petits. "Pour mon deuxième enfant, j'ai travaillé jusqu'au dernier jour, de chez moi, en communiquant avec mes collaborateurs. Le jour de la naissance, j'avais le bébé dans une main, un appel d'offres dans l'autre. Ma mère était choquée", dit-elle, souriant à l'évocation. De fait, pour cette femme militante de longue date, l'engagement aurait été le même eut-elle été médecin ou avocate. Sans dommage cependant puisque son aîné est aujourd'hui... architecte. Il n'en reste pas moins, même si c'est plus facile aujourd'hui que les enfants ont grandi, que persiste un vague sentiment de culpabilité largement partagé par ses consoeurs dans la même situation. "Je sens bien que je ne suis pas assez souvent là", dit-elle. Elle se félicite d'ailleurs de l'avènement des nouvelles technologies qui ont permis une évolution du métier dont les femmes sont les premières à bénéficier. Elle note aussi qu'elle a ainsi appris à déléguer. "Peut-être les femmes délèguent-elles davantage", muse-t-elle. Ce qu'il faut entendre comme un compliment.

Son élection à la présidence du Conseil régional lui a permis de mettre en exergue le sujet de la parité d'une façon nouvelle. "Nous tenions à présenter une liste paritaire et ce ne fut pas facile de trouver des femmes, mais surtout donner au mot parité un sens plus large. Il y avait d'une part la volonté de représenter toutes les femmes ; il n'y a que 25% de femmes inscrites à l'Ordre qui ne représentent pas la réalité car je pense aux 40% de femmes qui sont salariées et qui font de l'architecture. Mais aussi, d'autre part, la volonté de représenter tout le monde, tous les départements et pas seulement Paris, la fonction publique et la promotion privée, les petites et les grosses agences, les 'patrimoines' et les 'modernes', de panacher ensemble des typologies d'architectes", dit-elle. Comme dans un projet l'accessibilité aux handicapés au final bénéficie à tous les usagers, au CROA-IdF, la notion de parité ne se réduit plus au sexe.

Cristina Conrad n'est pas dupe de l'évolution du regard des autres depuis son élection. "Je sais à quoi m'en tenir ; on aime à penser que c'est à cause de nos qualités propres mais c'est surtout la fonction qui fait que l'on est sollicité", dit-elle. Fonction qu'elle quittera à son terme sans regret, sinon d'avoir fait mieux et plus encore pour favoriser l'accès à la commande des jeunes architectes, qui souffrent des mêmes difficultés d'accès à la commande, comme elle s'y employait quand, travaillant pour les HLM, elle était aux côtés des maîtres d'ouvrage.

Christophe Leray

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