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Contre des tours à Paris : les Verts présentent leurs arguments

Le groupe Verts au conseil de Paris s'inscrit résolument contre tout projet de construction de tours dans la capitale. Jean-François Blet, élu Verts du XIXème arrondissement et membre du groupe Verts au Conseil de Paris, présente dans CyberArchi les principaux arguments de cette opposition.

 
 
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«L'aménagement de la couronne de Paris, où vivent 200.000 Parisiens, devait être un projet phare de la mandature. L'enjeu de l'aménagement du secteur Paris Nord Est, aujourd'hui en déshérence, et l'opération d'aménagement «Clichy Batignolles» est fondamental pour Paris. Délaissés par les mandatures précédentes, ces territoires vont enfin être requalifiés. Nous nous en réjouissons. Mais quels sont les problèmes posés ? Que découvre-t-on au fil des projets des Grands Projets de Renouvellement Urbain (GPRU) et de secteurs d'aménagement ? Des immeubles résidentialisés et des projets de tours de bureaux.»

«Comment justifier le retour des tours à Paris ? L'argumentaire selon lequel «Paris n'est pas assez étendue pour recevoir tous les programmes de logements, d'équipements et d'activités nécessaires à son développement et doit être en phase, en émulation, avec les grandes métropoles internationales sur le plan architectural» est des plus spécieux.»

«Paris a vécu une première phase de construction de tours dans les années 50, 60 et 70. Cette première phase a été très mal perçue par les Parisiens, et plus largement par les Français, qui ont déploré cet urbanisme à dimension inhumaine. Aussi, lorsque Bertrand Delanoë, maire de Paris, évoque la possibilité de revenir sur l'interdiction de construire des tours à Paris, les réactions d'enthousiasme ne furent guère nombreuses si ce n'est chez les architectes, et encore pas tous, et chez les promoteurs avides de profits juteux. Les Parisiens, dans leur grande majorité, sont en effet hostiles aux tours.»

«En guise de concertation, furent organisées il y a trois mois au pavillon de l'Arsenal une exposition publique rendant compte de vagues intentions d'aménagement et une réunion publique où seuls des architectes et urbanistes favorables au retour des tours furent invités à s'exprimer. Ce type de concertation bidon est un marché de dupe. Pourquoi n'y a-t-il pas eu de réunions publiques pour montrer les propositions concrètes des architectes ? Selon les comptes rendus du comité de pilotage, cette possibilité fut évoquée mais refusée. De telles méthodes sont révélatrices d'un mépris certain pour la démocratie participative.»

«Par ailleurs, Bertrand Delanoë affirme qu'il n'y aura pas de quartiers de tours. Or, il y a déjà deux tours Porte de la Chapelle. Si l'on n'en rajoute une, deux ou trois, cela fait trois, quatre ou cinq. A partir de combien de tours a-t-on un quartier ? Si l'on voulait réellement requalifier la Porte de la Chapelle, ce n'est pas en ajoutant des tours, c'est en démolissant les tours actuelles et en engageant une véritable opération de renouvellement urbain. Le renouvellement urbain est censé réparer les erreurs du passé, pas les reproduire.»

«Se lamenter sur l'exiguïté du territoire parisien pour justifier la construction de tours n'a pas de sens. Paris est la ville la plus dense d'Europe et l'une des villes les plus denses du monde. Paris a une densité deux fois supérieure au centre de Tokyo. Le 11ème arrondissement avec 40.000 habitants au km² est l'une des zones les plus densément peuplées du monde juste derrière le quartier central de Hong-Kong. Qui plus est, la baisse de la population parisienne est jugulée, certaines hypothèses démographiques envisageant même une hausse de la population pour les vingt prochaines années. En outre, la densité bâtie ne cesse d'augmenter, avec une hausse de la surface bâtie de 4 millions de m² depuis dix ans. Justifier la construction de tours en affirmant qu'elles permettront la réalisation d'espaces verts, équipements et logements relève ainsi d'une falsification perverse.»

«Les tours ne sont pas une réponse à la requalification de la ceinture périphérique. Le périphérique rend effectivement très difficile le traitement et l'utilisation de ses abords immédiats. Le meilleur remède reste la couverture. Un mur continu de constructions aurait également un effet certain mais cela n'est pas souhaitable. Les tours laissent des espaces entre elles. Elles n'isolent ainsi que très partiellement des nuisances du périphérique. Une autre solution fut adoptée sur de nombreux secteurs en implantant des équipements sportifs. Une bande d'une centaine de mètres située en bordure immédiate du périphérique trouvait ainsi une utilité tout en séparant le périphérique des territoires urbanisés.»

«Les emprises disponibles pourraient fort bien accueillir des équipements et des jardins, ce qui permettraient de réaffirmer la vocation initiale de «ceinture verte» de ces espaces. Or, le projet du PLU est de dédier ces espaces à l'activité économique. Ainsi, la seule raison d'implanter des tours Porte de la Chapelle est de rentabiliser les terrains municipaux.»

«Selon le projet Dusapin, 10% des surfaces seulement devraient ainsi être allouées au logement. Certes, la proximité du périphérique restreint les possibilités mais une répartition plus équilibrée entre les différentes fonctions est tout à fait envisageable. Sur Clichy Batignolles, secteur également adossé au périphérique, le projet retenu prévoit de réserver au logement 30% des surfaces. A Paris Nord Est, c'est l'activité tertiaire qui prime. Qui plus est, les projections effectuées ne prennent pas en compte les quelques 100.000 m² de bureaux en construction sur le parc du Millénaire et les 80.000 m² déjà réalisés de l'espace Pont de Flandres, deux opérations situées sur le périmètre du secteur. Si l'on additionne les 380.000 m² de bureaux envisagés sur le secteur Paris Nord-Est, Parc du Millénaire et Espace Pont de Flandres inclus, au 210.000 m² du secteur Clichy Batignolles, on atteint 600.000 m² de bureaux, soit 85 % de la surface de bureaux programmée sur la ZAC Paris Rive Gauche.»

«Pourquoi aller à l'encontre des objectifs de mixité affichés par une des grandes lois fondatrices du précédent gouvernement, la loi SRU ? Comment justifier de telles orientations, qui relèvent du plus archaïque zoning et d'une conception égoïste, parisiano-parisienne de l'aménagement ? Pour des raisons pécuniaires. On développe une offre pour espérer engranger les dividendes de la taxe professionnelle au détriment d'un aménagement équilibré qui prenne en compte la crise du logement sans précédent que connaît Paris. Le chômage parisien touche principalement les emplois peu qualifiés, peu concernés par le développement de l'activité tertiaire. En outre, avec 32 millions de m² de surface, Paris et la petite couronne ont déjà le parc de bureaux le plus important d'Europe devant le Grand Londres et l'un des plus importants du monde équivalent à celui de Manhattan. Le développement massif de l'immobilier de bureaux ne peut être perçu comme une priorité fondamentale pour l'économie parisienne.»

«Construire de nouvelles tours reviendrait en fait à engager Paris sur la voie du conformisme et de la banalisation. Dans toutes les grandes métropoles, on retrouve en effet les mêmes tours réalisées par les mêmes architectes. Tokyo, Pékin, Shanghai, Taïpeh, Londres et Francfort où fleurissent les immeubles de grande hauteur sont-ils des exemples à suivre en matière d'urbanisme et d'architecture ? Devons-nous nous lancer dans une course infantile à la tour et à la verticalité avec ces métropoles pour savoir qui a la plus belle et la plus grande ?»

«En outre, une notion très contemporaine, très moderne, souvent récupérée et dévoyée, est celle de développement durable. De part leur coût de construction, leur coût de gestion et leur coût d'entretien, sans parler de l'ombre qu'elle crée, les tours sont des bâtiments intrinsèquement anti-écologiques. Certes, Norman Foster se targue d'avoir construit à Francfort une tour 'écologique'. On peut en effet y ouvrir les fenêtres, grand progrès, et le système thermique serait performant. Toutefois, cela reste bien insuffisant pour rivaliser en terme de performances énergétiques avec un immeuble de taille modeste, bien isolé, et utilisant l'énergie solaire.»

«Le comité international olympique qui a le sens de certaines valeurs ne s'y est d'ailleurs pas trompé et refuse que soient implantées des tours sur le secteur du Village Olympique. Les deux tours ne pousseraient ainsi que passée la trêve olympique de 2012. A l'esprit des jeux succèdera le cynisme. La tour est le symbole de la banalisation internationale du paysage urbain, la mondialisation libérale appliquée à l'architecture.»

«Or, une autre architecture, un autre urbanisme sont possibles. Les plus grandes réussites architecturales de ces dernières années, que ce soit le musée Guggenheim de Franck Gehry à Bilbao ou le grand magasin Selfridges de l'agence Future System à Birmingham ou le Millenium de Foster à Londres ne sont pas des tours. A Paris, quelles sont les plus belles réalisations des dernières décennies ? L'Institut du Monde Arabe de Jean Nouvel, la Cité de la Musique de Christian de Portzamparc ou les Folies de Tschumi à la Villette. Autant de réalisations qui respectent la morphologie parisienne. Certes, New York est une ville magnifique mais la verticalité constitue sa spécificité, à l'opposé de Paris qui est universellement apprécié, aimé pour son tissu urbain hérité du XIXème siècle et ses hauteurs modérées. Serait-ce parce que Venise est aussi une ville magnifique que nous devrions remplacer les axes rouges et les Grands Boulevards par des canaux ? Respectons Paris et son histoire. Nous pouvons être modernes sans être conformiste. Enfin, en autorisant la construction de tours, nous ouvririons une brèche dans laquelle ne manquerait pas de s'engouffrer l'ensemble des communes de l'agglomération, ainsi que les prochaines mandatures.»

«Paris reste, dans la majorité de ces quartiers à l'exception notoire des quartiers de grands ensembles, une ville agréable car elle a su conserver un tissu urbain constitué et cohérent et non céder aux sirènes d'une pseudo modernité symbolisée par les tours ; ces tours qui déstructurent l'espace urbain en niant cet élément intégrateur, vecteur de lien social, qu'est la rue. Toutes les études l'attestent : on vit mal dans les tours. Les sentiments d'anonymat, d'enfermement et de relégation y sont exacerbés. En outre, les coûts d'entretien sont faramineux, faisant ainsi peser des charges extrêmement lourdes pour les locataires. Le surcoût est de 30%.»

«Si l'urbaniste et philosophe Paul Virilio considère le retour des tours comme une catastrophe, c'est qu'il estime que «partout, dans les grandes cités mondiales, nous assistons à des tours de plus en plus élevées qui s'élèvent au milieu des bidonvilles». Et il ajoute, prophétique : «si on a envie de faire la même chose à Paris, on n'a qu'à continuer comme ça».»


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