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Comment utiliser sa matière grise pour limiter l’énergie grise ?

Mecanoo architecten - Christian Richters : Copyright 2017

Depuis le 26 septembre, le Pavillon de l’Arsenal expose 75 projets originaux dont le leitmotiv est le réemploi des matériaux de construction. Une exposition nommée « Matière grise » et conçue par les architectes d’Encore Heureux de Julien Chopin et Nicola Delon.

 
 
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Et si construire passait d’abord par le réemploi des matériaux ? Telle est la question posée par les architectes d’Encore Heureux, commissaires de l’exposition  « Matière grise » au Pavillon de l’arsenal, à Paris. L’idée : réfléchir et « consommer » plus de matière grise pour engendrer moins d’énergie grise, autrement dit moins d’énergie pour extraire, transformer, transporter et mettre en œuvre la matière pour construire.

Comme souvent, lorsque le sujet porte sur le développement durable, l’exposé commence par un constat alarmant. Mais il est vrai que le bâtiment est le secteur qui génère le plus de déchets et qu’il est un gros consommateur de matériaux. Chaque année, près de 2 milliards de tonnes de métaux sont consommés sur terre, soit l’équivalent de 20 Tours Eiffel par heure. La consommation mondiale annuelle de béton est de 7 milliards de m3, soit le volume d’une piscine olympique toutes les 15 secondes. Cette année, l’Earth Overshoot Day, date théorique à laquelle l’humanité a consommé la totalité des ressources renouvelables sur un an, a eu lieu le 19 août.

75 projets

Compte tenu de la crise des matières premières qui s’annonce, Encore Heureux tâche d’ouvrir des perspectives. « D’un côté, les ressources terrestres sont finies, mais, de l’autre, les ressources intellectuelles sont infinies », lance, optimiste, Julien Chopin. Un travail de 9 mois de recherche a permis d’identifier 200 projets qui montrent le potentiel de réemploi et l’alternative d’une nouvelle vie pour des matériaux usagés. 75 d’entre eux sont présentés sur la mezzanine du Pavillon de l’Arsenal, constituant un important catalogue des possibles - qui concerne tous les lots du bâtiment.

D’aucuns ont en tête l’exemple de Jean Prouvé qui, pour construire sa propre maison, a réemployé des éléments de construction destinés à ses habitations d’urgence. Mais, plus proche de nous dans le temps, un peu partout à travers le monde, du simple projet de maison particulière au siège du Conseil européen de Bruxelles - qui compte 3 000 fenêtres récupérées dans chacun des Etats membres -, les exemples significatifs abondent. A Bali, des centaines de volets à claire-voie du 18e siècle habillent un grand hôtel. En Alabama, des dalles de moquettes usagées composent les murs porteurs de la maison Lucy. A Chicago, la façade stratifiée d’un centre d’hébergement associatif est faite de différents stocks de ciment et de granulats récupérés. Plus connu, le musée de Wang Shu à Ningbo est construit à l’aide des briques issues de la démolition d’une trentaine de villages qui préexistaient au nouveau quartier gouvernemental.

Sérendipité du réemploi

« Les matériaux ont une mémoire, dit Nicola Delon. L’architecture du réemploi est une architecture narrative. » Pourtant, s’engager à construire avec des matières usagées implique de modifier les modes de conception, de commande, d’approvisionnement et d’assemblage. Les architectures du réemploi ne peuvent être prisonnières d’aucun a priori. Il faut savoir improviser en fonction des gisements. « Les choix, constructifs et matériels, procèdent par sérendipité », ajoute Alexandre Labasse, directeur général du Pavillon de l’Arsenal. Derrière ce formidable catalogue d’architecture durable pointe un nouveau paradigme qui soulève de nombreuses problématiques. Quels sont réellement les bénéfices financiers du réemploi ? Comment lever les freins des normes et des assurances ? Quels sont les gisements de réemploi les plus prometteurs ? Autant d’interrogations que suscite cette exposition qui, néanmoins, offre au visiteur la possibilité de joindre l’action à la réflexion.

Dans le cadre de « Matière grise », le Pavillon de l’Arsenal et les designers du collectif Prémices proposent des ateliers d’up-cycling, ouverts à tous. Chaque participant peut ainsi fabriquer un nouvel objet en utilisant les chutes de bois de la scénographie de l’exposition …

Tristan Cuisinier

Infos pratiques :

« Matière grise », exposition jusqu’au 4 janvier 2015, au Pavillon de l’Arsenal, 21 boulevard Morland, Paris 4 – Entrée gratuite – Du mardi au samedi, de 10h30 à 18h30, et le dimanche, de 11h à 19h00.

Kaap Skil, Musée maritime, Oudeschild, Texel, Pays-Bas, 2011
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