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Colloque L'Enjeu Capital(es) - Un désordre productif ?

© Cyberarchi 2019

Dans le cadre des rendez-vous du Grand Paris, s'est tenue, à Beaubourg (Paris) les 1er et 2 octobre dernier, une série de tables rondes intitulée 'Colloque L'Enjeu Capital(es) - Les Métropoles de la Grande Echelle', qui a réuni une vingtaine d'architectes internationaux prestigieux*. Une manifestation plutôt réussie. Peut mieux faire ? Compte-rendu.

 
 
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Le projet d'un Grand Paris repose aujourd'hui les questions de l'extension territoriale, ainsi que celle de l'identité symbolique de la ville capitale et de sa gouvernance. Ainsi, ce colloque rassemblait, autour de sujets tels que 'Mémoires du futur', 'Ecosophies de l'urbain', 'Perspectives morphogénétiques' et 'Limites du chaos générique', diverses générations et cultures d'architectes-urbanistes et un paysagiste.

Si la façon dont se déroula ce colloque peut sans doute accepter quelques améliorations dans la forme (cohue le vendredi après-midi, des intervenants et invités sans place assise dans l'amphithéâtre, entre autres), le plaisir, sur le fond, semblait largement partagé par les auditeurs (à saluer d'ailleurs l'initiative d'un colloque gratuit, retransmis en direct sur Internet).

La Ville et l'histoire : mémoires du futur

Cette première matinée, dominée par la représentation italienne, faisait la part belle à l'évolution théorique de l'idée de la ville depuis la seconde guerre mondiale, mettant en résonance les abstractions du plan moderne avec le langage des grilles initié par Peter Eisenman. L'architecture n'est plus basée sur une connaissance locale mais sur une connaissance à travers le temps (l'histoire) et l'espace (déplacement géographique et modification de l'échelle territoriale).

De plus, les villes sont de moins en moins définies par leur centralité que par leurs limites, tout en offrant des images qui s'exportent dans le monde entier. L'idée d'accumulation fut aussi récurrente dans les interventions : accumulation de petites échelles pour penser la ville dans sa globalité, accumulation de simplicité pour amener la complexité. Si le texte est fondamental sur le sujet de la ville, les images ne pouvant en aucun cas rendre compte du niveau de complexité traité, on peut regretter l'absence de toute iconographie pendant l'intervention en vidéoconférence de Peter Eisenman, un support visuel aidant sans doute à pallier à la mauvaise liaison sonore.

Face au défi écologique, 'écosophies' de l'urbain

Le néologisme, constitué de l'assemblage des mots 'écologie' et 'philosophie' s'appréhende aisément tant le sujet se traite sur tous les modes. Cet après-midi fut sans doute la plus pédagogique. Loin de lister les poncifs en vigueur sur le réchauffement climatique, chiffres à l'appui, il fut plutôt question de thèmes, d'outils aidant à la conception. Là où quelques-uns, plutôt techniciens (pour le dire vite), parlent de trames grise, bleu, rouge et verte à prendre en compte de façon systématique, d'autres, plutôt théoriciens, réfléchissent à un nouveau corpus intellectuel, comme une nouvelle charte d'Athènes. Enfin, pour clore cette journée, un électron libre : Adriaan Geuze fut le seul représentant de sa profession à nous livrer son analyse de la question de la grande échelle à la française ; à la fois drôle et très instructif !

La ville comme organisme vivant : perspectives morphogénétiques

Jonglant avec les outils informatiques, les pliant à leurs désirs, les intervenants de cette matinée (vendredi) ont offert un grand moment. Le langage se fait mathématiques, les datas font références, la programmation apparaît comme une évidence. Le credo semble être la libération de l'architecture et de l'urbanisme des questions de formes et de styles. Si la veille avait été énoncée la forme comme générative d'un concept et inversement, le traitement des algorithmes de manière scientifique amène à un réinvestissement des pratiques computationnelles en architecture, celles-ci n'étant plus seulement vecteur de la réflexion théorique mais de véritables outils de conception architecturale et urbaine.

Plus précisément, est-il ici question de la fin de l'idée de permanence en architecture puisque les outils numériques permettent aujourd'hui la prise en compte du facteur temps.

Un désordre productif ? Chaos génériques

C'est finalement cette dernière table ronde qui manqua le plus de cohérence transversale, la qualité des intervenants palliant quelque peu cette lacune. Redécouvrir quelques projets, des années plus tard, avec leur concepteur ou assister à une relecture plus générale de leur production architecturale est une expérience enrichissante. Derrière les images et les portraits galvaudés, il devenait possible de découvrir les hommes.

Dominique Perrault fait ainsi preuve d'une sensibilité insoupçonnée dans un projet tout en finesse, abordant l'échelle par la mesure d'un lieu et son expérimentation. Rem Koolhaas livre, plein d'humour, sa vision de la modernité vécue par la France, égratignant au passage Jean Nouvel. Kengo Kuma analyse la spécificité de son architecture de façon assez générale, la restituant dans le contexte de la culture japonaise. Thom Mayne balaye la notion d'échelle depuis le bâtiment jusqu'au projet urbain. Seul Brendan Mac Farlane, sans doute impressionné, n'a pas su expliquer le sens de son travail.

Notons enfin la parution de l'ouvrage associé L'Enjeu Capital(es) - Les Métropoles de la Grande Echelle / Large Scale Metropolises (en version bilingue donc), conçu sous la direction de Frédéric Migayrou, qui rassemble les contributions des intervenants ainsi que de nombreux projets récents.

Marine de la Guerrande
Architecte DPLG

Lire également nos articles :
>> 'Le rendez-vous 'non standard' du Grand Paris' ;
>> 'L'enjeu capital(es) : La ville est dans le pré'.

* Etaient présents (par ordre d'intervention) : Pier Vittorio Aureli (Dogma), Luca Galofaro (Ian+), Bernard Tschumi, Vittorio Gregotti, Peter Eisenman (en vidéoconférence), James Wines (Site), Andrea Branzi (Archizoom), Neven Sidor (Grimsham Architect), Ken Yeang, Adriaan Geuze (West8), Alejandro Zaera-Polo (FOA), Makoto Sei Watanabe, Ben Van Berkel (UN Studio), Theo Spyropoulos & Ysuke Obuchi (AA DRL), Herman Diaz Alonso (Xefirotarch), Dominique Perrault, Rem Koolhaas (OMA), Kengo Kuma, Thom Mayne (Morphosis) et Brendan Mac Farlane (Jakob+Mac Farlane). L'accueil fut effectué par Alain Seban, directeur du centre Pompidou et les débats menés par Frédéric Migayrou, assisté d'Elias Guenoun.

Colloque L'Enjeu Capital(es) - Un désordre productif ?
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