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Cité du vin : « à consommer avec modération »

Julien Lanoo - Patrick Tourneboeuf : Copyright 2017

 

J-5 avant l’ouverture au public de la Cité du vin de Bordeaux, le mercredi 1er juin 2016 ! La veille, le 31 mai 2016, ce seront François Hollande et Alain Juppé qui découvriront ses espaces charpentés et ses rondeurs lors de l’inauguration officielle.

 
 
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Alors que la société française admet de moins en moins les prises de risque et que les cigarettiers sont contraints de passer au paquet neutre, l’idée de construire un édifice de 13 000 m2 pour célébrer un alcool, fût-il de raisin, peut surprendre. Mais le vin est une fierté et une richesse nationale, composante indissociable du repas gastronomique des Français, inscrit sur la liste représentative du patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco. Pour Bordeaux, il a même été un moteur économique essentiel, le vecteur d’une renommée mondiale. Et c’est en vertu de l’exception culturelle que, selon la fondation chargée de son exploitation, il méritait son sanctuaire : le vin est « un patrimoine culturel, universel et vivant », rappelle le site internet de la Cité.

Il n’en demeure pas moins vrai que, entre « (re)découverte du patrimoine » et « principe de précaution », la Cité du vin - dont on dit qu’elle s’adresse aussi aux familles - est comme un funambule sur son fil, sans droit à l’erreur. Et elle s’en tire plutôt bien grâce à la neutralité de son propos muséographique. Revers de la médaille : les vrais amateurs et les oenophiles s’ennuieront sans doute un peu à parcourir l’exposition permanente qui se déploie librement (sans parcours de visite imposé) dans le tore du bâtiment, malgré son bel espace continu, ses 574 arcs en lamellés-collés et son ambiance « fût de chêne ». Ainsi, n’apprendront-ils pas grand-chose à renifler à l’aide d’une poire des odeurs de cuir, de café ou de caramel placés dans des cloches de verre qui trahissent l’identité des produits par avance.

Ils auront intérêt à regagner le premier étage de l’édifice tout en courbes, où ils pourront participer à des ateliers de dégustation dans des salles irradiées d’une lumière crue. Perchés au dernier étage de la tour, à 35 mètres de hauteur, ils pourront ensuite apprécier un verre ou deux dans un bar orné d’un plafond de 4000 bouteilles vides, en belvédère sur la Garonne. Et clore leur visite en se procurant les fameux flacons de 75 cl parmi des dizaines d’appellations dans l’impressionnante cave circulaire du rez-de-chaussée.

 

Rond comme un Pomerol

 

On s’en doutait, la Cité du vin n’est pas un vaste « bar à soiffards ». Mais elle n’est pas non plus un « espace total de prohibition », peu compatible avec « l’espace polysensoriel » imaginé par les architectes. Exercice d’équilibriste mis à part, c’est surtout son contenu muséographique trop « grand public » qui interroge. À mi-chemin entre un parc d’attractions et un musée, la Cité du vin se veut conforme à son époque qui produit des espaces thématiques d’exposition très didactiques, servis par des architectures spectaculaires, Musée des Confluences en tête.

Nicolas Desmazières, cofondateur de X-TU, avait bien prévu quelques baies vitrées pour admirer le fleuve en contrebas de l’exposition permanente de la Cité, mais la scénographie du Britannique Casson Mann ne s’y prêtait pas. Les intérieurs sont sans lumière naturelle pour ne pas ternir l’éclat des écrans et des tablettes tactiles. La scénographie y est de « dernière génération », celle des mondes immersifs et interactifs, pour séduire des visiteurs de tous les horizons, « souvent asiatiques », précise Anouk Legendre, l’autre fondatrice de l’agence d’architecture parisienne.

C’est pourtant un ensemble cohérent que les architectes de X-TU ont dressé en forme de signal au bord de la Garonne, à l’extrémité du quartier en recomposition des Bassins à flot. « Nous avons rencontré plusieurs vignerons pour nous imprégner de leur culture », raconte Anouk Legendre. « Un jour, nous avons eu une révélation en goûtant un Pomerol de 2009. Un vin rond, sans coutures. Et le projet, carré à l’origine, en a été changé. » Les propos tenus par le maître d’œuvre sont clairs et limpides, comme son architecture qui multiplie les références au vin, au fleuve et à leur état liquide. La vêture dorée du tore est ainsi décrite comme une robe à la lumière changeante au gré de la couleur du temps et de la Garonne. Les écailles que forment ses panneaux en aluminium en face du débarcadère ? « Une rugosité, comme celle que l’on rencontre parfois dans le vin », répond l’architecte.

Toute l’architecture de la Cité, ou presque, renvoie à l’univers du nectar dont Bordeaux s’est fait le porte-étendard. D’aucuns y verront une interprétation métaphorique un peu trop soutenue du programme. Mais, d’autres admettront le caractère exceptionnel de l’édifice dont la maîtrise d’ouvrage souhaitait qu’il produise « un effet Bilbao ». Ce qui est certain, c’est que l’on ne saurait reprocher aux architectes leur absence de contradiction, l’honnêteté et la fermeté de leurs intentions : « Au départ, nous avions prévu de couvrir le bâtiment avec du photovoltaïque organique, confie Nicolas Desmazières. Cela n’a pas été possible en raison du stade encore expérimental de la technologie. Mais la Cité présentait alors une couleur rouge. Rouge comme le produit de la vigne. »

 

Tristan Cuisinier


Fiche technique 
:

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Bordeaux
Exploitant : Fondation de la Cité du vin
Architecte : X-TU (Anouk Legendre + Nicolas Desmazières), Mathias Lukacs (chef de projet étude), Dominique Zentelin (chef de projet chantier)
Scénographie : Casson Mann
BET : SBC Lavalin (généraliste + économie), RFR (façades complexes), Le Sommer Environnement (environnement), 8’18’’ (éclairagiste), Peutz (acoustique), Autobus Imperial (signalétique), Roland Cahen (designer sonore), Casso & Cie (sécurité), Camille Julien (paysagiste), Anthony Hamon (scénographie auditorium)
SHON : 12 927 m2
Calendrier : avril 2011 (concours), septembre 2013 (construction), mai 2016 (livraison)
Coût : 81 M€ H.T. (dont 55 M€ pour la construction et l’aménagement scnénographique)

 

Cité du Vin
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