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Chronique n°6 : Moins de matière, plus de matière grise

© Cyberarchi 2020

La dématérialisation, voilà un sujet à la mode du développement durable. Faire plaisir, produire du service et du bien être en consommant le moins possible de matières, de ressources, c'est ça la nouvelle croissance à trouver. Sixième volet de 'Le pilote et l'avion, chronique du développement durable'.

 
 
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On appelle ça le "découplage", où la courbe de la satisfaction des besoins continue à grimper, alors que celle des prélèvements (et des rejets) dans l'environnement inverse sa trajectoire et pique du nez. C'est la manière de sortir de la contradiction "par le haut", de dépasser l'oxymore, pour utiliser un mot savant, de la croissance indéfinie dans un monde fini. C'est en faisant appel à la ressource humaine de référence, l'intelligence, la matière grise.

Moins de matière, plus de matière grise, voilà donc une définition schématique du développement durable, qui dit les choses clairement. On en trouve de nombreuses applications, mais il faudra aller beaucoup plus loin sur cette voie.


Quelques exemples pour fixer les idées. On a beaucoup parlé, il y a un temps, de la maison intelligente. Plein de capteurs, d'ordinateurs, qui vous réveille quand il faut, vous préparent le petit déjeuner, vous bercent le soir d'une musique tendre et gère votre consommation d'énergie au petit poil. Ca n'a pas vraiment marché, parce que les esprits n'étaient pas mûrs et que l'intelligence n'était pas au point. Il y a quand même eu des suites, notamment des systèmes de régulation et les esprits se sont habitués à l'informatique.

Le retour prochain de la maison intelligente, dans une perspective d'économies d'énergies post Grenelle, ne serait pas surprenant. Les fils électriques dans les maisons portent de plus en plus d'informations et on expérimente des ascenseurs équipés d'écrans pour informer les habitants de l'actualité de leur immeuble et leur permettre d'échanger des bons plans. Il faudra juste veiller à ce que cette intelligence artificielle vienne bien seconder notre intelligence 'naturelle' et lui permette d'aller plus loin, bien fournie qu'elle sera en informations utiles et allégée de tâches répétitives. Le risque n'est pas nul de voir au contraire notre intelligence perso s'empâter, devenir paresseuse devant tant de facilités.

L'intelligence a fait son apparition sur les réseaux d'alimentation. Des eaux, à Aubagne par exemple, où la pose sur les pompes de variateurs de vitesse a permis de réduire les pointes et d'obtenir à la fois une eau de meilleure qualité et une économie de 20% d'énergie. Alimentation électrique, avec le compteur intelligent qui permet au particulier de piloter sa consommation et au fournisseur d'électricité de lisser les courbes. C'est qu'il va falloir intégrer sur le réseau toutes les énergies renouvelables, souvent variables, intermittentes.

Le consommateur devient aussi producteur, avec la maison à énergie positive et c'est le réseau qui devra permettre de mettre la production en regard avec les besoins. On parle de réseau intelligent, de 'smart grid'. Il y a aussi les fenêtres intelligentes, qui s'occupent toutes seules de leurs stores quand il n'y a personne au foyer, pour récupérer la chaleur du soleil, mais pas la surchauffe d'été.

L'Europe a décidé de réaliser 20% d'économies d'énergie au cours des prochaines années : l'intelligence des maisons et des réseaux, celle des systèmes de mobilité des personnes et des marchandises, avec des centrales de location et de partage de moyens, rend cet objectif facilement atteignable, pourvu que le grand public y prenne goût.

Ne nous réjouissons pas trop vite : l'intelligence n'est pas toujours sollicitée. Surtout si elle favorise des solutions légères et économiques. Les grosses structures préfèrent des solutions à leur image, massive et uniforme, qui gagnent en économies d'échelle mais sont indifférentes à la diversité des contextes. L'intelligence, ce sera du sur mesure de masse, les bienfaits de la quantité croisés à ceux de la réponse fine et circonstanciée à chaque besoin.

La culture populaire est une forme d'intelligence trop souvent négligée. L'architecture vernaculaire en est une magnifique illustration, comme la manière de gérer la chaleur dans les pays chauds. Attention, la culture populaire est souvent conservatrice, liée à des modes de vie et à des rythmes d'un autre temps. Il faut la bousculer, pour la remettre "dans le coup", mais quelle puissance pour véhiculer des savoir-faire, des attitudes économes.

L'intelligence ne peut être durablement solitaire. Elle est présente partout, sous des formes variées qu'il convient de déceler pour les confronter, les conjuguer. Mobiliser l'intelligence des acteurs, c'est en connaître les moteurs, les stimulants pour les activer et en faire profiter chacun, dans un effet de boule de neige. Les objectifs du type "facteur 4", à savoir améliorer notre efficacité énergétique dans un rapport 4, semblent irréalistes pour certains spécialistes. Ils ont raison si l'effort est strictement technocratique, porté par une politique administrée de manière traditionnelle. La seule chance de succès est la mobilisation de toute la société, les crânes d'oeuf et le plus modeste des agents d'exécution, qui a sa propre intelligence de la vie.

Le développement durable, c'est miser sur une matière inépuisable pourvu qu'on la cultive : la matière grise.

Dominique Bidou

Chronique n°6 : Moins de matière, plus de matière grise
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