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Chronique n°5 : Le nécessaire retour de l'intelligence. A plusieurs...

© Cyberarchi 2019

René Dubos craignait que "la plus grande faiblesse de la vie moderne c'est d'amener une atrophie de nos facultés". Cinquième volet de 'Le pilote et l'avion, chronique du développement durable', signée Dominique Bidou.

 
 
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Il est vrai que la puissance des moyens d'intervention de l'humanité s'est tellement accrue en quelques décennies que l'on a pu penser que l'intelligence n'était plus nécessaire. Les temps sont à la Force, c'est tellement plus simple et on ne perd pas de temps. L'intelligence était devenue un luxe, une affaire d'intellectuels. Amusant, n'est-ce pas ? Un jeu de l'esprit, mais pas vraiment utile, ni même sérieux.

L'agriculture biologique reprend cette tradition. Il y a des repères et des recettes mais l'intelligence du producteur reste son meilleur atout. La transition de l'agriculture 'moderne' vers le 'bio' est d'autant plus compliquée qu'il faut introduire du savoir faire, de l'écoute et de l'observation de la nature, de la mémoire. La simple transposition d'une agriculture vers une autre se traduit par une baisse significative des rendements. Pour les maintenir, il faut injecter de la matière grise, savoir jouer de tous les paramètres et adapter le choix des cultures aux conditions physiques de l'exploitation et non l'inverse. Il faut aussi une société attentive, désireuse de se nourrir avec des produits de proximité et de saison. On ne peut rester intelligent tout seul.

On pourrait en dire autant de la pêche, avec des bateaux surpuissants et des radars qui ne laissent guère de chance au poisson. Le retour vers une pêche plus sensible, avec des bateaux hybrides, utilisant le vent pour économiser le pétrole, est amorcé. La grosse cavalerie, qui donnait de bons résultats sans se casser la tête, est condamnée à terme : il va falloir jouer serré avec le poisson.

On pourrait prendre d'autres exemples, comme la capacité de calcul qui permet d'explorer une infinité d'hypothèses sans avoir à y penser ou l'efficacité des transports de marchandises qui permet de ne pas constituer de stocks et de vivre au jour le jour. Commodes et rapides, ces solutions techniques ont ouvert le champ du possible mais aussi restreint notre capacité à raisonner et à anticiper. Un appauvrissement de la pensée.

La ville n'échappe pas à cette tendance. Pourquoi la faire vivre et évoluer de l'intérieur, il est si facile de coloniser de nouvelles terres. Ajouter une pointe de conservatisme et les résistances au changement et vous obtenez un étalement bien connu, avec des centres et des quartiers laissés à l'abandon ou bien récupérés par des bobos. Le renouvellement urbain exige de l'intelligence, de l'écoute des habitants et du génie des lieux. L'extension est plus mécanique, elle applique des techniques, forcément performantes pour chacun des ingrédients, habitat, espaces publics, équipements, mais sans garantie que la mayonnaise ne prenne. Les problèmes bien connus des quartiers sensibles traduisent la difficulté à composer une ville, même si tous les ingrédients sont réunis.

La puissance d'intervention héritée des 30 glorieuses, l'énergie pas chère, la mécanisation, les terres à coloniser aux portes des villes, a permis une croissance urbaine et économique exceptionnelle. Des modalités d'action, des manières de travailler, des comportements et des habitudes ont été vite prises, dans le confort de cette dynamique. Aujourd'hui, l'illusion de l'abondance s'est estompée, il faut revenir sur terre. La machine fonctionnait toute seule ou presque, il va falloir en reprendre le contrôle. Piloter la croissance, notamment la croissance urbaine. Le renouvellement de la ville sur elle-même est un 'must' mais il a des limites. De nouvelles extensions sont nécessaires pour accueillir les centaines de milliers de logements neufs à édifier chaque année. Des grandes autour des grandes villes et des plus petites autour des petites villes.

Pour y parvenir et dans des délais très courts, il faudra beaucoup d'intelligence. Celle-ci peut être aidée par des procédures, des guides, des démarches, comme HQE-Aménagement qui vient de paraître au terme de trois ans d'expérimentation. Le défi est de reconstituer de véritables lieux de pilotage, où tous les acteurs se retrouvent, se parlent, se comprennent et tentent ensemble de trouver le bon chemin. L'intelligence ne peut n'être que partagée.

Dominique Bidou

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