• Accueil
  •  > 
  • Chronique n°4 : Le gouvernail est dans le moteur
Rejoignez Cyberarchi : 

Chronique n°4 : Le gouvernail est dans le moteur

© Cyberarchi 2019

Tous ceux qui ont navigué le savent, il est impossible de piloter un navire qui ne serait pas poussé par une énergie, quelle qu'elle soit. Quand il n'y a pas d'influx, la barre tourne à vide. C'est le bateau ivre. Sur cette évocation, quittons la grande bleue pour la vie économique et sociale. 'Le pilote et l'avion', chronique du développement durable.

 
 
A+
 
a-
 

Nous avons de vieux moteurs, hérités d'une autre époque et nous essayons de les faire durer. Mais leur puissance est bien émoussée, si bien que l'on peut penser que nous avons perdu la boussole. Nous espérons juste que ces moteurs, tout épuisés soient-ils, nous garderons la tête hors de l'eau. Trois exemples pour illustrer ce constat.

Mauvaises perspectives également pour les retraites. Là encore, les déficits se creusent et les perspectives de vieillissement de la population montrent que l'on va tout droit dans une impasse. Il s'agit de sauver la retraite par répartition, fondée sur une solidarité entre ceux qui travaillent et par conséquent cotisent et les inactifs. L'arithmétique des classes d'âge n'est pas favorable et les simples ajustements, sur l'âge légal de départ à la retraite par exemple, ne changeront pas grand-chose.

La santé, encore un sujet d'inquiétude. Là encore, les comptes donnent des sueurs froides aux responsables de la sécurité sociale. Toujours la hausse des besoins d'un côté et de l'autre la réduction du nombre de cotisants. Les fondements de l'assurance maladie sont remis en question avec, en fond de décor, une exigence sociétale sur la santé en forte progression***.

Ces trois exemples d'évolution actuelle et, semble-t-il, "durables" au sens premier du mot, montrent s'il en est besoin que nos organisations sociales et économiques ne répondent plus aux besoins tels qu'ils s'expriment aujourd'hui. On parle de 1945, des accords internationaux et des compromis historiques qui ont été passés en France pour ressouder une unité encore fragile au lendemain d'un conflit douloureux. Traites sur l'avenir, facilement honorées pendant les 30 glorieuses, au prix d'une croissance débridée, souvent destructrice, dans un monde où la France, avec ses colonies, tenait encore une position "dominante".

Ce modèle est en fin de course. Les bases sociales, économiques, politiques de nos sociétés ont profondément évolué et il s'y ajoute, domaine négligé pendant des années, la question des ressources de la planète, des dégâts des rejets dans l'environnement et autres agressions liées à l'artificialisation de nos territoires. Il faut donc trouver un nouveau modèle de développement, capable d'offrir le cadre d'une refondation tous azimuts. Rien que dans le logement, notre premier exemple inspiré des alertes de la fondation Abbé Pierre, il faut à la fois construire et rénover beaucoup, à un rythme sensiblement supérieur à ce que l'on a pu faire ces dernières années, il faut offrir aux ménages les conditions financières d'accès à ces logements, il faut que ces logements offrent un cadre de vie agréable et permettent notamment aux enfants de grandir et d'apprendre dans de bonnes conditions et il faut faire des économies drastiques pour atteindre le "facteur 4", diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre, sans oublier les autres contraintes, sur les ressources, les matériaux, les paysages, la biodiversité, les microclimats. Rien que ça. Il nous faut pour y parvenir de la puissance et un bon pilotage.

Le Grenelle de l'environnement donne une piste pour relever un tel défi. On ne trouvera pas de solution sans travailler tous ensemble, dans un esprit de coopération. L'heure n'est plus aux affrontements, aux égoïsmes sectoriels, à la recherche d'une victoire d'un camp sur les autres, des patrons ou des ouvriers, des promoteurs ou des associations, des actifs ou des inactifs. Il s'agit d'apaiser les relations entre tous ces partenaires qui doivent non seulement accepter de s'écouter et de travailler ensemble mais doivent y trouver intérêt et plaisir. C'est tout l'enjeu de la bonne gouvernance, forcément à plusieurs. Le despotisme, qui se croit par nature éclairé, la solution unique imposée par des experts ou encore l'enfermement dans une bipolarité réductrice, constituent des tentations fortes, au nom de l'efficacité. Ce sont des formules bien connues mais dont l'effet premier est d'exclure et non d'ouvrir. La bonne gouvernance est ailleurs, elle exige la confiance et le respect mutuel pour mobiliser les énergies et les organiser.

C'est ce que le développement durable nous enseigne : le moteur et le gouvernail sont indissolublement reliés. La fabrication des nouveaux moteurs de notre société est partie intégrante de son pilotage. La tentative de rénovation des moteurs sans ambition sociétale se heurte à des résistances et conduit inévitablement à des compromis boiteux et à des frustrations.

L'esprit cartésien de division des tâches est ici pris en défaut, car comme le dit Paul Valéry, "la sensibilité est le moteur de l'intelligence".

Dominique Bidou

* Rapport 2010 sur l'état du mal-logement en France
** Voir Le Moniteur.fr du 2 février 2010
*** On pourra se reporter sur ce plan au livre d'Edouard Bidou Les nouveaux paradigmes de la santé, Editions Larcier, 2008

Chronique n°4 : Le gouvernail est dans le moteur
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER