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Chronique n°2 : La société 'presse-bouton'

© Cyberarchi 2020

C'est fou ce qu'il est facile aujourd'hui de déclencher des mécanismes, grâce à un bouton. La société 'presse-bouton' préfigure-t-elle une société 'hors sol', hors des réalités auxquelles chacun doit rester attentif ? 'Le pilote et l'avion', chronique du développement durable, signée Dominique Bidou.

 
 
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Pour allumer et éteindre, pour manifester sa présence, pour ouvrir et fermer, pour appeler, pour faire exploser une bombe, il suffit d'appuyer sur un bouton. C'est tellement simple !

Par extension, au-delà du bouton, on pourrait aussi citer le robinet. Ouvrir un robinet ou aller chercher l'eau au puits, voici une alternative où chacun aura vite fait de choisir. Le 'progrès' simplifie la vie et c'est tant mieux.


Il y a toutefois un prix à payer. Cette facilité fait oublier que ces services ne sont rendus par le bouton qu'en apparence, que le bouton n'est que le dernier maillon d'une chaîne longue et complexe. La lampe qui s'allume si gentiment au signal est l'aboutissement d'un mécanisme où l'on produit de l'électricité, la transforme une première fois, la transporte, la retransforme et la conduit jusqu'à votre compteur. Et le produit ainsi livré doit satisfaire à des exigences qualitatives de plus en plus strictes.

La consommation de cette électricité produit ses effets désirés, favorables en principe (à moins que vous n'oubliez votre rôti dans le four ou que vous n'envahissiez de décibels la cour de votre immeuble), mais aussi défavorables, comme des émissions de polluants dans l'air autour des centrales thermiques, la disparition de vallées pour l'hydraulique, ou la production de déchets hélas bien 'durables' pour le nucléaire. Citons aussi les lignes à haute tension qui quadrillent nos paysages et on aura un rapide panorama de ce qui est concerné par la simple pression sur un bouton d'alimentation électrique.

Tout ça est bien normal, il ne faut pas dramatiser. L'embêtant est juste d'en perdre la conscience, de l'oublier. La commodité masque aisément les réalités, complexes par nature et atténue, voire annihile, tout sentiment de responsabilité. Ce n'est pas en allumant ma télévision que je crée des déchets radio actifs, quand même !

Avec une énergie pas chère, la boucle était bouclée. Pas de sanction financière lourde, pas de contrainte technique, tout est en place pour une consommation irresponsable. Les évènements actuels vont sans doute changer la donne mais les comportements sont durablement inscrits dans nos moeurs et ne réagissent pas instantanément. Il y a une inertie. Celle-ci est notamment due à nos appareils. Leur renouvellement peut prendre des années et leur progrès sont parfois contrariés par la recherche d'éléments supplémentaires de confort.

Les appareils électriques, par exemple, sont de plus en plus dotés d'un système de veille, qui suppose qu'ils soient allumés en permanence. Un exemple classique est le magnétoscope, toujours allumé pour cause de calendrier et d'horloge, mais au fonctionnement réel de très courte durée. Il dépense bien plus d'énergie à attendre sans rien faire qu'à rendre le service pour lequel il a été acheté. L'inertie se prolonge avec la mise aujourd'hui sur le marché de systèmes de décodeurs et autres capteurs de messages constamment sous tension. On vient juste de supprimer les veilleuses dans les chaudières au gaz mais on multiplie les veilles sur des appareils électriques !

L'étape suivante, dans la simplification de la vie, est la régulation, le recours à l'automatisme. Le sentiment de responsabilité est encore évoqué quand il s'agit d'éteindre la lumière en sortant. Mais pourquoi s'embêter, alors qu'un capteur peut détecter la présence ou l'absence de personnes dans une pièce et gérer la lumière en conséquence ? Avec des variateurs, on peut même, s'il y a du monde, régler la puissance de la lumière pour intégrer la lumière du jour. On nous dit, pour des bâtiments d'usage collectif, que ces dispositifs permettent de diviser la consommation par deux !

Ce ne sont que des exemples, nos vies sont envahies d'auxiliaires qui nous simplifient la vie, tant mieux. Après des premiers essais hésitants, la domotique nous règlera notre température, fera notre petit déjeuner juste pour notre réveil et nous préviendra de l'approche du bus que nous devons prendre. Même le tour du monde en 80 jours fait aujourd'hui sourire, nos moyens de transports ordinaires sont tellement rapides !

Bravo, mais on voit bien que cette voie va accentuer la distance entre comportement du consommateur et réalités physiques. Sans doute est-ce une bonne chose, simplifier la vie, c'est un rêve pour beaucoup, mais une contrepartie semble s'imposer : La pédagogie, l'information et la sensibilisation, qui apparaissent absolument nécessaires pour recréer cette conscience des phénomènes physiques, qui nous ramènent inéluctablement aux réalités du milieu proche comme de la planète. Les auxiliaires doivent nous libérer l'esprit pour nous dégager de contraintes quotidiennes et nous permettre d'aller plus loin, de découvrir de nouveaux lendemains. A condition de ne pas créer une société 'hors sol', hors des réalités auxquelles chacun doit rester attentif.

Dominique Bidou

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