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Chronique de l'intensité n°11 : Attaque et défense

© Cyberarchi 2019

Le développement durable, c'est comme au football. Pour parvenir à une réelle intensité de la partie, il faut une bonne attaque et une bonne défense. Le développement durable est né à la suite de l'appel du club de Rome et du rapport Halte à la croissance ?*, qui a alerté le monde des dangers qui nous guettaient. Chronique signée Dominique Bidou.

 
 
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Ce message défensif par nature et salutaire, a provoqué une prise de conscience. Le développement durable y ajoute une vision offensive et c'est toute la différence. Bien sûr, il faut conserver des défenses, ne pas baisser la garde contre les menaces et lutter contre les mauvaises orientations qui sont encore légion à la surface de la planète. Mais il faut offrir une perspective et donner envie d'y aller !

Il est facile de faire peur avec l'évocation des dangers qui nous menacent, pollution généralisée, dérèglements climatiques, révolte des désespérés de la Terre, disparition de nombreuses espèces animales et végétales, etc. Tous ces dangers sont bien présents et compte tenu de l'inertie des phénomènes planétaires, des phénomènes d'accumulation qui se terminent par la goutte qui fait déborder le vase, la lucidité nous conduit à s'y préparer.

Il ne faut pas désespérer pour autant chacun d'entre nous, simple citoyen et consommateur, néanmoins décideur à sa modeste échelle. Que puis-je faire, face à ces enjeux qui me dépassent, la vanité des efforts que je pourrais faire n'est-elle pas évidente ? La perspective des catastrophes planétaires qui nous attendent, nécessaire pour ébranler un système trop bien installé, est aussi paralysante. L'évocation du risque pourrait être un frein au changement, au lieu d'en être un moteur.

Le développement a besoin d'une culture de l'innovation et donc de risque. Une société qui ne prend pas de risque est une société qui n'innove plus, une société bien malade, sans perspective d'avenir. L'innovation procure un sentiment d'intensité, d'exaltation bien utile pour surmonter l'inquiétude de l'avenir. Il faut être clair, le principal danger qui nous guette est l'immobilisme. Notre population augmente, nos modes de vie évoluent et avec eux les besoins, les consommations en tous genres, matérielles ou intellectuelles. Dans un tel contexte, de société en perpétuel mouvement, ne rien changer, le "fil de l'eau", constitue un véritable risque. Il convient de permettre aux acteurs les plus dynamiques d'innover, voire de changer les règles du jeu, en assumant collectivement le risque lié à l'innovation.

Il faut donc organiser la prise de risque et c'est dans ce cadre que le principe de précaution prend tout son sens. Un principe non pas de retrait et de crainte de l'inconnu mais d'action, de conduite à tenir pour avancer en terrain difficile et mal connu.

C'est le volet "offensif" du développement durable. Il y a aussi le volet défensif. Il consiste à réduire la vulnérabilité des sociétés. Il s'agit d'assurer les fondements de la société et de son modèle de développement. Une assise solide, qui ne se fissure pas à la première secousse, c'est le socle sur lequel un projet de développement peut prendre son ampleur. Il n'est plus ici question de favoriser la prise de risque mais de sécuriser un univers qui comporte des pièges, des bombes à retardement, des ponts vermoulus qui menacent de s'effondrer ou des digues affaiblies par des armées de ragondins. Comment stimuler la créativité d'une population qui craint que le ciel lui tombe sur la tête ?

La nature du risque est variable. Tremblement de terre ou explosion sociale, inondation ou crise économique. Certains sont lents et cumulatifs, comme la pollution progressive, la concentration de produits toxiques dans nos univers, l'air que nous respirons, notre alimentation, l'eau qui peut devenir impropre à la consommation humaine, mais aussi à des usages économiques. Dans l'histoire, la salinisation des sols a ainsi entraîné la disparition de brillantes civilisations, victimes des techniques sophistiquées qui leur avaient permis de se développer. L'histoire, c'est aussi Pompéi et sa disparition brutale à la suite d'une coulée de lave. Le risque est alors brutal et à défaut de pouvoir changer l'implantation de la ville, c'est l'alerte qui devient la préoccupation majeure.

L'amalgame est fréquent entre les différents types de risque. Certains ne sont que la traduction d'un dynamisme, qui doit être encouragé, pour peu qu'il soit pris avec précaution. D'autres témoignent d'une coupable inconscience, alors qu'il faut lutter pied à pied contre des évènements qui empêcheraient de fonder sereinement toute forme de développement.

La perception et la gestion du risque sont au coeur du développement durable. Il s'agit d'un côté de réduire l'insécurité et de l'autre de favoriser l'innovation. Un double langage qui peut paraître paradoxal et constitue une aubaine pour les sceptiques du développement durable, ceux qui voudraient que rien ne change. Et pourtant, ce n'est pas si compliqué. C'est comme au football : la défense doit être intraitable, alors que l'attaque doit être vive et imaginative.

Dominique Bidou

* 1972, chez Fayard, Paris, pour l'édition française

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