• Accueil
  •  > 
  • Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Rejoignez Cyberarchi : 

Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)

© Cyberarchi 2018

L'objectif du projet est l'augmentation de la capacité de remisage du centre bus, la reconstruction du bâtiment administratif et la création d'un parking pour les machinistes, le tout financé par une opération de valorisation (logements sociaux, résidence étudiante, crèche) en partenariat avec Logis-Transports et la Ville de Paris.

 
 
A+
 
a-
 

Le principe développé sur le centre bus de Montrouge est un principe de superposition des fonctions visant à répondre à une double problématique, à savoir superposer un atelier de maintenance des autobus et une résidence étudiante dans une volumétrie contrainte.

Le centre bus exploite 17 lignes de bus et assure le remisage et la maintenance de 140 bus environ. Cet établissement, implanté à proximité de la porte d'Orléans sur un terrain d'un peu plus de 1,7ha présente la particularité de disposer de façades sur trois voies importantes : le boulevard Jourdan, la rue de la Tombe-Issoire et la rue du Père Corentin.

Site

Le site du projet est, à bien des égards, exceptionnel. Le boulevard concentre une forte énergie urbaine, liée à son trafic, à sa largeur, et à la taille des bâtiments qui le bordent. Son espace public a récemment été pacifié par la construction du tramway. A l'opposé, l'ambiance de cette extrémité de la rue de la Tombe-Issoire est particulièrement calme, en raison, d'une part, de la présence de la façade de l'atelier de réparation des bus, qui ne génère quasiment aucune activité sur l'espace public, et des anciens locaux de l'Ecole normale situés en face (R+1 et R+2). L'atmosphère y est donc particulièrement propice à l'implantation de logements.

A proximité immédiate, et visibles dès le premier étage de notre projet, le réservoir et le parc Montsouris, d'une part, et la Cité universitaire, d'autre part, participent à la qualité du site, par l'importance de leurs plantations. Avec son entrée à l'angle du boulevard, faisant face au pavillon des Pays-Bas de l'architecte Willem Dudock, notre bâtiment est comme une extension de la Cité universitaire.

Notre projet s'appuie sur les qualités du site, qu'il vise à renforcer à travers un dispositif qui repose sur cinq décisions fortes :

  • concevoir le projet, urbainement et architecturalement, comme une extension de la Cité universitaire ;

  • capter l'énergie de l'espace public à travers un système de circulation et d'espaces de convivialité stimulant la vie collective ;

  • profiter du calme de la rue de la Tombe-Issoire et des toits du centre bus pour concevoir des logements favorisant le calme et l'indépendance de la vie et du travail individuels ;

  • jouir du paysage urbain exceptionnel, tant depuis les parties communes que depuis les logements ;

  • diminuer au maximum l'impact du nouveau bâtiment sur l'atelier de réparation des bus afin de maintenir son efficacité fonctionnelle et sa flexibilité : seulement deux points d'arrivée des escaliers à rez-de-chaussée, ce qui permet de créer une place de bus supplémentaire (12 au total).
Un caractère collectif affirmé dans le bâtiment et dans la ville

Un bâtiment de 350 logements étudiants ne peut pas être simplement la résultante de l'addition des cellules qui le constituent. Deux raisons à cela. D'une part, une telle communauté doit être représentée à travers des espaces communs forts qui donnent au bâtiment son image singulière et affirment son caractère collectif. De plus, ces espaces facilitent échanges et rencontres, qui sont déterminants dans la formation des étudiants. D'autre part, à l'échelle urbaine, ces espaces marquent sur l'espace public la présence de la communauté qui habite le bâtiment.

Une architecture du mouvement et de l'identification collective

Un tel édifice n'est pas un monument au sens où peut l'être un équipement, qui requiert une forme manifestement exceptionnelle, mais en vertu de ses dimensions et du caractère public de son programme, il possède tout de même un caractère monumental. Notre proposition met en oeuvre une monumentalité intériorisée. Le bâtiment se présente comme une forme simple, et possède un attique rectiligne, revêtu de verre semi-réfléchissant qui le fait disparaître dans le ciel et diminue sa dimension perçue. La simplicité de ce schéma garantit la bonne insertion du projet dans ce quartier qui compte de nombreux bâtiments de grande dimension. Le caractère très ouvert de l'espace du carrefour réclame, par ailleurs, un bâtiment affirmé pour répondre au pavillon des Pays-Bas situé de l'autre côté du carrefour, et s'inscrire dans l'échelle du boulevard.

Le volume est évidé suivant une diagonale qui part de la loge d'entrée au rez-de-chaussée pour joindre l'espace commun principal au R+9. Perçant le bâtiment sur toute son épaisseur, cet espace cadre le ciel lorsqu'il est vu depuis la rue, offrant à celle-ci une importante respiration. Il est constitué, du côté de la rue, d'une série de loggias en double hauteur qui se prolonge sur l'intérieur de la parcelle, par autant de terrasses en gradins exposées au sud. Depuis l'intérieur du bâtiment, ces espaces offrent des vues dominantes sur la ville et font entrer le ciel et le paysage au coeur du projet.

Un ascenseur à parcours oblique situé en façade, suffisamment grand pour contenir un vélo, relie l'ensemble des loggias, à l'image d'un funiculaire miniature qui renvoie à la poétique du transport dont est porteuse la RATP. Les vélos sont parqués sur les terrasses à chaque étage pour libérer le rez-de-chaussée.

La partie sud du bâtiment est constituée de logements traversants desservis par coursives ; dans la partie nord, les coursives deviennent des couloirs ouverts à leurs deux extrémités qui desservent des logements mono-orientés. Les terrasses en gradins sont situées à l'articulation des coursives et des couloirs.

Ces espaces extérieurs desservent, à chaque niveau, un espace commun de la taille d'un logement qui s'ouvre sur la loggia. En conséquence, nous avons réduit l'espace commun principal du R+9 à 80m² Si la maîtrise d'ouvrage était opposée à une telle disposition, il est possible, sans remettre en cause le fonctionnement du projet, de "banaliser" les espaces communs d'étage et d'en faire des logements, pour avoir un espace commun de 200m² d'un seul tenant à R+9 comme le prévoit le programme.

Les espaces collectifs de circulation visibles en façade confèrent au bâtiment une identité singulière et une présence monumentale. La monumentalité est intériorisée dans les limites d'un volume simple et dense qui est comme déconcentré de l'intérieur. Les coursives et les terrasses, qui desservent les logements conçus comme autant de petites maisons dotées de leur propre espace extérieur, sont comme les rues et les places d'une ville condensée. Les parois des parties communes - sol, plafond, murs - sont revêtues d'un ornement, perceptible depuis l'intérieur du bâtiment comme depuis la rue, destiné à souligner le caractère collectif de ces espaces.

Le bâtiment crée le contexte

Un bâtiment d'une taille aussi importante, dans ce tronçon peu construit de la rue de la Tombe-Issoire, tendra inévitablement à dominer, à terme, son contexte immédiat. Déformer une construction aussi importante pour la mettre en continuité avec celles des parcelles voisines serait aussi vain que déplacé. La richesse de la ville traditionnelle repose pour une grande partie sur ces stimulantes juxtapositions de formes et d'échelles. Notre projet n'ignore pas pour autant ses voisins. La façade nord est placée à plus de 9m. de la limite parcellaire nord, afin de ne pas gêner les immeubles voisins et de ne pas présenter un pignon aveugle.

Au sud, la relation avec le garage Citroën est directe. La juxtaposition permet de respecter l'intégrité volumétrique des deux bâtiments et de produire, par la rencontre non articulée de leurs géométries respectives, un spectacle urbain à l'échelle du paysage du boulevard. Cette confrontation de volumes est aussi un hommage contemporain au bâtiment de Dudock. Si le garage venait à disparaître et qu'un bâtiment aussi haut que le nôtre était construit, l'ensemble fonctionnerait toujours.

Au nord de la parcelle, à l'emplacement de l'actuel immeuble de brique, nous construisons un petit édifice aveugle qui abrite une partie de l'atelier de réparation et un local technique au R+1. Sa façade en béton blanc est une reproduction de celle de l'hôtel voisin moulée en négatif. Notre projet a reçu l'aval de l'architecte voyer de la Ville de Paris en charge du secteur, qui a déjà accepté des dépassements minimes et ponctuels du gabarit enveloppe réglementaire pour respecter la cohérence architecturale de l'ensemble, conformément aux dispositions du PLU.

Une façade unitaire pour une multiplicité de perceptions

Afin d'éviter une excessive répétitivité, notre façade est une texture continue plutôt qu'un assemblage de fenêtres percées dans un mur. Les logements sont entièrement vitrés et s'éclairent à travers un jardin d'hiver dont la façade extérieure, non parallèle à la rue en plan, est tournée vers le réservoir et le parc Montsouris. Les écailles ainsi créées libèrent, côté sud, des éléments verticaux opaques dont un sur deux est structurel. Depuis le boulevard, le raccourci perspectif rend la façade "aveugle" en vue rasante ; vue depuis le nord de la rue de la Tombe-Issoire, elle apparaît entièrement vitrée : deux aspects très différents d'une même façade.

Certains des éléments verticaux opaques reçoivent une couleur rouge qui compose deux figures abstraites frontales lorsqu'elles sont perçues depuis le boulevard, et qui apparaissent et disparaissent successivement aux yeux des spectateurs en mouvement qui passent sur le boulevard : le bâtiment est le support d'un phénomène dynamique abstrait qui anime sa façade et la transforme en tableau abstrait mobile à l'échelle de la ville. L'artiste Felice Varini, spécialiste de ce type d'installations, s'est déclaré intéressé par la réalisation de ce dispositif, mais n'intervient, par principe, que sur des bâtiment construits et non pas en projet. Des stores de toile rouges animent par ailleurs la façade.

Une architecture du séjour et de la concentration individuelle

Les parties communes du bâtiment sont des lieux du mouvement et de la vie collective ; les logements, qui ont fait l'objet d'une véritable investigation typologique, sont conçus comme des lieux du séjour et de la concentration individuelle. Dans la lignée des cellules du couvent de la Tourette de Le Corbusier, reconnues pour leur habitabilité, ils sont longitudinaux, afin de permettre une réelle séparation de leurs différentes zones fonctionnelles. Les types traversants et mono-orientés non handicapés sont construits sur la même trame de 2.48 m. Les logements sont de proportion allongée, afin de distinguer trois zones fonctionnelles qui peuvent à volonté être mises en relation ou séparées. La plus grande partie de la surface des salles de bains est restituée au reste du logement lorsqu'elles ne sont pas utilisées. Ce dispositif tend à agrandir virtuellement la surface des logements. De même, leur profondeur importante les fait percevoir plus grands qu'ils ne sont.

Chaque habitant possède un jardin d'hiver de 2m² qui s'ajoutent aux 17m² du logement lui-même. Cet espace garantit une parfaite intimité et permet d'importantes économies d'énergie. L'orientation des jardins d'hiver vers le réservoir et le parc Montsouris limite la perception de l'agitation du boulevard Jourdan depuis l'intérieur des logements, favorisant la sérénité de la vie individuelle, et renforçant encore le contraste avec l'ambiance animée des espaces communs.

Matérialité et chantier

La structure du bâtiment est entièrement en acier. Un tel procédé sec permettra de réaliser la construction en dépit de la faible emprise prévue pour le chantier. La bonne accessibilité du site (boulevard Périphérique et des Maréchaux) permettra de travailler les approvisionnements en flux tendu pour limiter au maximum le stockage de matériaux.

Par ailleurs, la structure poteaux/dalle adoptée rend le bâtiment flexible : il pourra ultérieurement accueillir d'autres fonctions ou être remanié sans intervention lourde. Il possède donc une image extérieure stable qui assure sa pérennité dans le paysage de la ville et dans l'histoire, et un intérieur accueillant à l'instabilité des programmes au cours du temps, dans la tradition des immeubles parisiens.

Les façades sont réalisées avec des ouvrants coulissants en aluminium naturel. La façade extérieure est en simple vitrage, et l'intérieure en double. Compte tenu de l'exposition des façades, ce dispositif, associé à une ventilation en double flux, permettra de substantielles économies d'énergie : la température d'été dans les logements serait de 4 degrés inférieure à celle obtenue avec une simple façade ; celle d'hiver serait de 1 degré de plus. Les dalles de plancher préfabriquées sont mixtes métal/béton. Le béton reste apparent dans les parties communes, de manière à minimiser les coûts d'entretien. Les façades des coursives sont isolées par l'extérieur et revêtues de panneaux type Eternit.

Eric Lapierre, édité par Christophe Leray

Caractéristiques : 1.800m² de bâtiment administratif, ~8.000m² de remisage et parking + 150 logement sociaux, 350 chambres de logements étudiants et une crèche Ville de Paris.

Lire également :
>> 'Ticket chic direct pour Venise pour la RATP' ;
>> 'Pour la RATP, industrie et architecture sont un pari sur l'avenir' ;
>> 'Poste de commandes centralisées de la ligne 13 / Atelier d'architecture Phileas - Malakoff (92)' ;
>> 'PCC de la ligne 12 et logements / Atelier Emmanuel Saadi (Paris XVème)'.

Lire de plus 'Un monolithe polychrome pour le nouveau centre-bus de Thiais (94)', 'Une extension d'atelier "pêchue" pour la RATP à Paris' et consulter l'album photos afférent 'Un bâtiment haut, en couleur'.

Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Centre bus de Montrouge et construction de logements / Eric Lapierre (Paris XIVème)
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER