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Café de l'Architecture : Les architectes et leur ministre sur la même longueur d'onde

© Cyberarchi 2020

Le lundi 2 juin dernier, à la veille de la première manifestation des architectes depuis 1995, Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture, est venu rencontrer les architectes dans le cadre des Cafés de l'Architecture organisés par le Mouvement des Architectes. Compte-rendu.

 
 
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C'est au Couvent des récollets, site de la future Maison de l'Architecture en Ile de France, que ce 35ème débat des Cafés de l'Architecture, organisé cette fois conjointement par le Mouvement des Architectes et le Conseil de l'Ordre d'Ile de France, s'est tenu devant un auditoire largement plus nombreux que d'habitude.

Le ministre, en retard, fut immédiatement prévenu par Jean Lebrun (animateur du débat et journaliste à France Culture et qui fut incisif presque toute la soirée) "qu'on n'était pas là pour s'amuser". De fait, Jean-Jacques Aillagon dû rester concentré pendant les deux heures de débat, ne touchant ni à son verre d'eau, ni à son verre de punch ni aux amuse-gueules. Lui-même prévenait rapidement les architectes : "je ne suis pas venu bardé de bijoux".

Le ministre a indiqué d'entrée sa volonté de concertation, notamment à propos des conditions d'exercice des architectes. "L'ouverture d'une vaste concertation est un sujet prioritaire", dit-il, ajoutant que c'est seulement à l'issue de cette concertation que sera entrepris, "si c'est nécessaire", un travail de modification de la loi de 77 sur l'architecture. Il n'aurait de cesse ensuite de rassurer son auditoire, indiquant clairement dans quel camp il se situait.

Jean Lebrun faisait alors remarquer au ministre que l'usage constant du conditionnel ("si c'est possible", "si c'est nécessaire", etc.) semblait indiquer une trop grande prudence. "Il faut se garder de légiférer à tour de bras", a répliqué le ministre qui donnait alors le fond de sa pensée. "Il ne saurait être question d'étendre au nom de l'urgence la conception réalisation à l'ensemble de la commande publique, j'en ai fait part encore ce matin même au premier ministre", dit-il. "Il serait funeste que la qualité architecturale devienne un supplément dont on pourrait faire l'économie. Je ne suis pas favorable à la prolifération des partenariats public-privé (PPP) ou de la conception réalisation. Il y a un débat interministériel, j'ai fait valoir mon point de vue, le faire aboutir est le premier chantier de Anne-José Arlot" (nommée le 14 mai dernier directrice, adjointe au directeur de l'architecture et du patrimoine, chargée de l'architecture au Ministère de la Culture et de la Communication. NdR).

Après que le ministre eu fait montre, encore et encore, de sa bonne foi, Olivier Arenne du Syndicat de l'architecture, chaudement applaudi, posait la question qui tue : " Que pesez-vous M. le Ministre, face à M. Sarkosy et M. Raffarin et leurs prétextes fallacieux ?" Mais Jean-Jacques Aillagon attendait sans doute la question et ce fut l'occasion d'un long plaidoyer : "Le ministère de la Culture vaut seulement par la force de son combat et de ceux qui le soutiennent. On gagne d'autant mieux certains combats qu'on est soutenu. Le Ministère de la Culture seul ne peut strictement rien. Les architectes ne se font pas toujours bien entendre et il leur revient un travail d'influence et de sensibilisation. L'architecture ne peut pas être que publique, elle doit aussi être privée et pas seulement dans un réflexe très rare et très élitiste au mauvais sens du terme. On constate également l'échec, au sens statistique, de l'architecture dans le domaine du logement social et son peu de souci de l'usage, même si la responsabilité des architectes n'est pas seule en cause et s'il existe de remarquables exceptions. C'est un devoir que de veiller à la dignité du logement social". A cet instant la salle maugréait.

Mais les architectes auront entendu la demande de soutien du ministre qui, le lendemain - vêtu d'ailleurs du T-shirt du Conseil National de l'Ordre des Architectes et généreusement applaudi (voir article Les architectes manifestent contre la réforme des marchés publics) -, en présence cette fois de Gilles de Robien, confirmera ses propos devant un plus grand auditoire lors de l'ouverture des Rencontres de la Maîtrise d'oeuvre en reprenant le même argumentaire presque mot à mot. Le ministre de l'Equipement confirmera à son tour, et sans équivoque, son soutien aux architectes, leur précisant même que les lignes de métro, qui permettent de se rendre devant l'Assemblée nationale pour manifester, fonctionnent. Gilles de Robien concluait son discours avec optimisme en direction des architectes: "Ne partez pas battus !".

Comme l'ont montré clairement les débats de ces deux jours, les deux ministres peuvent compter sur le soutien des architectes et vice versa. Reste la question, lancinante, posée au café des architectes : "Même les deux ministres et les architectes ensemble, que pèsent-ils ?"

Christophe Leray

[Pour en revenir au Café de l'Architecture, la dernière partie de la soirée fut consacrée à la réforme de l'enseignement qui fera l'objet d'un prochain article]

Photos courtoisie du Conseil Régional des Architectes d'Ile de France.

Café de l'Architecture : Les architectes et leur ministre sur la même longueur d'onde
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