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C42 - L'origine et les intentions du projet, racontées par Manuelle Gautrand

© Cyberarchi 2014

Le 27 septembre dernier, la nouvelle 'vitrine' de Citroën, baptisée C42, s'est illuminée sur les Champs-Elysées à Paris. La parcelle, propriété de la marque depuis 1928, retrouve aujourd'hui sa vocation première de vitrine internationale de Citroën mais aussi, grâce au pari audacieux de l'architecte, transforme l'image même des Champs-Elysées.

 
 
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"Construire sur les Champs-Élysées représente un rêve d'architecte ! Et travailler pour Citroën, une marque emblématique, partie intégrante du patrimoine national, un très grand honneur", déclarait en préambule Manuelle Gautrand, l'auteur de la nouvelle vitrine de la marque Citroën au 42 avenue des Champs-Elysées à Paris, lors de son inauguration le 27 septembre dernier. Lauréate en 2002 d'un concours international relevé, l'architecte savait le pari risqué, ne serait-ce que par qu'il s'agit là de la première construction neuve sur les Champs-Elysées depuis 1975 et que les contraintes, pour construire ici, sont rien moins que 'drastiques'. Mais aussi parce que l'ambition, dès l'origine, fut pour elle de concevoir un bâtiment qui "parvient à raconter ce que sera Citroën dans l'avenir". Elle y est parvenue avec une enveloppe - origami de verre - qui "raconte non pas la voiture mais la marque". Du coup c'est l'image des Champs-Elysées qui en est transformée.

"Citroën fait partie de ces industriels qui ont compris que l'architecture apporte davantage qu'une simple réponse fonctionnelle : elle est porteuse d'une image et d'une symbolique. Je voudrais ici rendre hommage à l'architecture 'Citroën', un véritable style architectural qui a su s'imposer au fil du temps. Soit des bâtiments imposants de modernité et de clarté, pour une meilleure visibilité des voitures. Des bâtiments dotés de grandes surfaces vitrées, mélangeant le verre et l'acier et accessoirisés avec raffinement. Et aujourd'hui, certains édifices construits au début du XXe siècle sont classés monuments historiques. C'est dans cette histoire architecturale que je me suis inscrite, tout à la fois en continuité mais aussi en renouvellement".

Dans cette ville chargée d'histoire, l'occasion était belle de montrer que le respect du patrimoine n'interdit en rien la créativité. A fortiori sur cette magnifique avenue des Champs-Élysées, sommet de classicisme. Elle offre une perspective parfaite qui monte de la Place de la Concorde à l'Arc de Triomphe. Certes, son ordonnancement rigoureux est garanti par des règles de gabarit et d'alignement des bâtiments. Mais, à l'intérieur de ce cadre, la liberté d'écriture est immense : chaque époque a pu s'y représenter, les immeubles haussmanniens côtoyer des édifices des années 1960, 1970 ou 1990.

Or, l'ancien immeuble Citroën, plus bas que les bâtiments voisins, faisait figure de 'dent creuse' sur l'avenue. Nous avons décidé de rattraper cette hauteur et de répartir la surface dans la verticalité.

Deux idées fortes ont ensuite guidé le projet :

Sur le contenu programmatique, l'idée a été de créer une sculpture de voitures, mettant en valeur la verticalité du lieu. Cette sculpture de tournettes a été l'élément déclencheur du projet, le coeur du bâtiment.

Le projet s'est organisé tout entier autour de cet objet central, de cette 'étagère géante' mêlant nos garages d'enfance, tout comme les univers parfois féeriques des manèges. Le public s'enroule ainsi autour de ces tournettes suspendues, dans une succession d'escaliers et de passerelles qui l'emmène jusqu'en haut du bâtiment.

Dès l'entrée se découvre l'atrium, où tout ici parle de modularité, de mobilité et de luminosité, un vocabulaire commun à l'architecture et à l'automobile. En pénétrant dans l'atrium, le regard plonge, s'arrime irrésistiblement et remonte au long de la spirale centrale, cette 'sculpture de voitures' qui s'étage d'escaliers en paliers, jusqu'à la coupole de verre.

Exposés sur leur tournette, les véhicules se reflètent sur un plafond kaléidoscopique revêtu de lames d'acier inoxydable. Cette sculpture de tournettes, toute en verticalité, confère au lieu toute sa magie, sa féerie et sa poésie. Sur cette scène évolutive, tendus du blanc et du rouge de la marque, rien ne détourne l'attention de l'objet du spectacle : l'automobile selon Citroën.

La symbolique de l'ensemble est tout à la fois une ode aux manèges de notre enfance et au rêve éveillé d'un petit garçon jouant avec son garage... grandeur nature ! Traversé par un éclairage naturel, le jour, et par des jeux d'éclairages la nuit, le décor tourne.

La seconde idée a donc été d'envelopper ce bâtiment d'une vêture unique, entièrement vitrée et continue depuis les Champs Elysées jusqu'au fond de la parcelle.

Le dessin de la façade reprend celui de la façade originelle des années 30 imaginée par André Citroën - un ensemble verrier constitué de vitrages de forme rectangulaires assemblés entre eux dans un beau jeu d'emboîtements successifs - puis intègre le chevron 'emblème de la marque', et le met à profit pour se démultiplier dans un jeu de facettes de verres qui se développe de manière de plus en plus libre et inventive, jusqu'au sommet, racontant le chevron à l'infini. Ainsi, la façade tout d'abord orthogonale et plane, devient progressivement faite de triangles et de losanges en volumes, dans un plissé formant de multiples prismes, se développant d'une extrémité à l'autre du site.

Elle se déploie comme un grand plissé de verre qui magnifie le logo, comme un origami qui raconte la marque à l'infini, et se teinte de films diaphanes blancs et rouges pour nimber l'intérieur d'une lumière blanche et douce. En partie basse, le logo apparaît clairement et de manière précise, puis, au fur et à mesure que le regard monte, il s'émancipe : la façade s'envole dans un plissé de verre où le logo est démultiplié, tout en apparaissant de manière moins littérale.

Cette enveloppe est le message adressé par le bâtiment aux passants : des surfaces planes aux facettes, des rectangles stricts aux triangles et aux deux chevrons qui se démultiplient à l'infini... Tout dans la façade dit les racines de Citroën, son ancrage dans le présent et sa projection dans le siècle à venir.

L'intérieur, tout blanc du rez-de-chaussée au sommet, devient tout rouge au sous-sol, espace dont la polychromie est inversée pour raconter la voiture différemment, non plus par l'exposition des modèles, mais par des projections et des films.

Le chantier

A lieu exceptionnel, chantier hors du commun. Trois années ont été nécessaires à la construction du C42 et de gros moyens techniques ont dû être déployés !

Pour commencer, la nouvelle vitrine Citroën, adossée à une cour intérieure - elle-même close par un mur mitoyen - ne pouvait être alimentée que par l'avant. Durant les travaux, nous avons donc installé une plate-forme d'approvisionnement sur l'avenue des Champs-Élysées. A cette contrainte topographique s'est ajoutée l'obligation réglementaire de ne manipuler toute charge lourde qu'aux heures de faible circulation. Pour des raisons de sécurité, la grue ne pouvait être utilisée qu'en nocturne, durant les heures de fermeture du métro parisien : cinq mois ont été nécessaires à l'assemblage de la résille de verre et de métal. La livraison par convois spéciaux et le montage des modules préfabriqués de l'enveloppe, dont les huit modules pyramidaux de la façade côté rue, ont donc été assurés en nocturne.

Au final, une résille de verre et d'acier de 86 tonnes, indépendante de la charpente, enveloppe littéralement le bâtiment sur une surface vitrée de 650m². Sa découpe originale épouse intégralement les tours et les contours de la construction, depuis sa partie visible en façade, côté avenue, jusque dans l'arrière-cour.

Le C42 est un édifice autoporté. Le bâtiment n'est absolument pas solidaire, pour sa stabilité, ni des immeubles voisins ni de sa propre structure. La charpente demeure en effet indépendante de l'enveloppe, sa structure secondaire. La résille de verre est donc entièrement glissante par rapport à la structure métallique du bâtiment.

A l'intérieur, un monte-décor, escamotable, dessert les plateaux tournants.

Le mot de la fin

"A l'heure de la livraison, l'architecte que je suis est partagée entre deux sentiments : le bonheur et la 'dépossession'. Ici, la satisfaction l'emporte ! Car je constate qu'entre ses esquisses et sa réalisation, l'édifice n'a quasiment pas bougé... Le C42 est le lieu d'exposition de la culture Citroën. Il renoue avec la grande tradition des Champs-Élysées : le spectacle !".

Manuelle Gautrand

Equipe de maîtrise d'oeuvre

Lire également notre article 'Au C42, le projet ne s'épuise jamais dans une esthétique convenue' et consulter notre album-photo 'A midi ou à minuit, il y a tout ce que Citroën voulait, aux Champs-Elysées'
Architecte : Manuelle Gautrand
Chef de projet : Anne Feldmann, agence Manuelle Gautrand Architecte

Ingénierie :
Serge Lacoste, société Khephren (structure),
Jean-Pierre Mouillot, société Alto (fluides),
Dominique Lucigny, société Lucigny-Talhouet & Ass. (économiste),
Jean-Paul Labeyrie, société Labeyrie & Ass. (équipements multimédia) ,
Jean-Paul Lamoureux, société Avelac (acoustique),
Louis Coatanoan, société Casso (sécurité),
Loïc Durand, société Spectat (équipements mobiles),
Eciac (OPC),

Design Signalétique : Nicolas Vrignaud
Maquettes : New Tone
Images infographiques : Plateform
Photos : Philippe Ruault

C42 - L'origine et les intentions du projet, racontées par Manuelle Gautrand
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