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Bellecour&Barberot : la fraîcheur d'une jeune agence avec l'expérience d'architectes rompus

© Cyberarchi 2019

Wilfrid Bellecour et François Barberot, après de longues années dans un atelier prestigieux, vivent une véritable renaissance, personnelle et professionnelle, avec la découverte des vicissitudes d'une jeune agence. Ou comment l'addition hasardeuse de leurs faiblesses est à la source de leur nouvelle ambition. Portrait.

 
 
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"On n'est pas NAJA, on n'a jamais été remarqué nulle part, on démarrait à zéro". L'aveu est désarmant de sincérité quand, pourtant, tout autour des deux hommes concourre à le démentir. Rien que la plaque près de la porte d'entrée d'un boulevard parisien bien situé dans le 10ème arrondissement de Paris en impose. Et ce nom "Bellecour&Barberot" qui semble sorti tout droit d'un who's who de bonne famille. Puis l'agence elle-même, vaste, inondée de lumière, avec une vue superbe sur les toits, parfaitement équipée, inspire plutôt le confort bourgeois que la bohème des premières esquisses. Et le book encore, pas très loin de la monographie à compte d'auteur, sans coquille aucune. L'âge des deux architectes concernés ensuite : si Wilfrid Bellecour, tout juste quadra, avec une gueule à la Bernard Tapie, peut encore faire illusion, François Barberot, de douze ans ou presque son aîné, à 51 ans devrait avoir passé l'âge des coquetteries.

François a travaillé 15 ans et Wilfrid 9 ans à l'Atelier Christian de Portzamparc, des années qui occupent l'essentiel de leurs C.V. Une expérience riche et précieuse qui leur laisse à tous deux néanmoins un goût mitigé tant il leur parut, au final, impérieux de prendre du recul. "Quand on travaille chez Portzamparc, on est en vase clos, coupé de l'architecture", explique François. Wilfrid confirme : "C'est assez autarcique et nous vivions une sorte de schizophrénie puisqu'on y subit une forme d'infantilisation tout en se retrouvant réellement responsable d'un projet". François vit encore avec le sentiment d'avoir été recruté pour son diplôme d'ingénieur polytechnicien plutôt que son D.P.L.G. "L'Atelier venait de gagner la seconde phase du concours de la Cité de la musique et la maîtrise d'ouvrage, avec nombre de X et XPonts en son sein, était inquiète. Je pense que Christian de Portzamparc m'a appelé - c'était légitime -afin d'avoir dans son équipe quelqu'un qui puisse faciliter les échanges avec la maîtrise d'ouvrage", explique François. Il mit le doigt dans la Cité de la musique, avec les responsabilités afférentes donc ; cette "opportunité d'apprentissage unique et exceptionnelle" fut une histoire longue et difficile.

Lorsqu'il en sort, en 1994, il se demande s'il est encore capable de "dessiner un projet après plusieurs années à l'échelle 1". Lors du concours du Palais des Congrès gagné par l'Atelier, François veut s'en tenir à l'APS, "pour souffler". Mais, selon lui, l'équipe en place rencontre des difficultés et Christian de Portzamparc lui demande de reprendre l'affaire. "Je n'ai pas su dire non". Plus tard encore, il accepte de s'occuper de l'Ambassade de France à Berlin par amour pour la ville. Sauf qu'il en souffre et se convainc que la seule façon de sortir de l'impasse est de s'en aller. "Chez Portzamparc, je n'étais plus architecte, je me réfugiais derrière le management de projet", dit-il aujourd'hui.

En tout état de cause, son rapport à l'architecture n'a jamais été simple. "J'avais dix ans et mon instituteur m'a demandé ce que je voulais faire ; j'ai répondu ingénieur architecte. Ingénieur, mon père l'était mais l'archi n'existait pas, c'était une pure invention, un fantasme personnel. Il n'y avait pas d'architecte autour de moi mais le métier semblait lié aux notions de construction, de fondation et, gamin, j'ai senti cette dimension métaphorique qui me permettrait de gérer les difficultés de ma vie. Je suis de tempérament et de nature abstrait, l'architecture était une façon pour moi de me coltiner au réel. J'avais un combat à mener, que je mène toujours, face-à-face avec moi-même. Avec une grande inertie, il m'a fallu des années pour comprendre que je ne pouvais pas continuer avec Portzamparc, malgré tout ce qu'il m'avait apporté et mon admiration pour son travail. Je suis parti, non pas pour autre chose car je ne savais pas comment rebondir, mais parce que c'était vital". Wilfrid, assis en face autour du grand bureau de direction, opine : "son penchant naturel n'est pas bâtir", dit-il en parlant de François.

Wilfrid, pour sa part, se décrit comme 'matériel' : "je suis autant attaché au concret du chantier qu'au travail d'agence", dit-il. Il s'apprêtait à rentrer en droit à Assas quand un étudiant en architecture, dans le cadre de l'orientation, l'a fait "rêver". "Les études ne m'ont servi qu'à me convaincre que j'étais fait pour l'architecture ; ça me plaisait mais je ne savais pas pourquoi et je n'en comprenais pas le sens". En 5ème année, il finit ses études à Houston, Texas, et découvre que "la vision parisiano-parisienne est tronquée, qu'il y a d'autres champs d'architecture, d'autres façons d'enseigner, de travailler, un autre souffle". Il saisit plus tard l'opportunité de passer un mois à l'Atelier de Portzamparc. "J'étais très inquiet, j'avais le sentiment de n'être pas à la hauteur. Ce fut ma vraie école finalement. Je suis arrivé grouillot et je compensais mon manque de savoir par beaucoup de présence et d'implication ; il m'a fallu cinq ans pour devenir chef de projet". Parfaitement bilingue, il travaille à l'étranger, en Hollande, au Japon, à New York. "C'était génial".

Il a l'occasion de travailler avec François, mais ne veut pas vivre la même histoire que lui. En 2002, il s'en va brusquement. Il s'installe dès le lendemain, "la peur au ventre", dans ces bureaux du 10ème arrondissement, heureux souvenir d'une collaboration réussie avec la propriétaire de l'immeuble, dont il a (avec Gabor Mester de Paradj, AMH) rénové le théâtre du rez-de-chaussée. Deux jours après, il appelle François au secours. Ce dernier, "au plus bas" personnellement et professionnellement, prend l'appel comme on s'accroche à une bouée. Contre toute attente, l'agence de cet étrange attelage va rapidement trouver la bonne vitesse de croisière. Pour plusieurs raisons très différentes les unes des autres mais dans un cadre global cohérent.

D'une part, Bellecour&Barberot y a mis les moyens, même le graphiste travaille en interne; l'expérience chez Portzamparc se révélant à ce titre inestimable. C'est ce qui explique la plaque, les bureaux suréquipés, les books de présentation ou un site Internet nickel. Certes il y eut au travers de cette débauche de "luxe" une volonté de se rassurer autant que de rassurer les futurs clients éventuels en faisant assaut de "crédibilité". Mais aussi sûrement une envie et une capacité à se projeter dans le futur. Ainsi la troisième personne associée de l'agence, Laurence Caillau, n'est pas architecte mais une gestionnaire qui "nous a aidé à fonder et voir clair par rapport aux perspectives"; "quelqu'un d'extrêmement précieux", selon François qui précise qu'habituellement un tel profil est réservé aux "grandes agences alors que ce sont les petites qui en ont le plus besoin".

Par ailleurs, après l'architecture publique découverte chez Portzamparc, ils ont senti qu'il y avait une révolution culturelle en cours en France chez les promoteurs privés, "une mutation qui est devenue pour nous une occasion d'aborder le milieu différemment" (Wilfrid). "Nous disons que le promoteur doit gagner de l'argent", précise François, "on peut le dire aujourd'hui, on ne le pouvait pas il y a trente ans". Une relation décomplexée - "sans aucun sentiment de compromission", assurent-ils - qui leur a permis de se faire remarquer puis d'obtenir assez rapidement, toute proportion gardée, d'être invités à concourir. Ironie de l'histoire, alors même que cette nouvelle approche était une autre façon de couper les ponts avec leur vie antérieure, ils ont gagné leur premier concours de logements à Montpellier sur une ZAC... conçue par Christian de Portzamparc.

Qui plus est, l'équation 'jeune agence + architectes expérimentés' a produit des effets imprévus. En effet, ces deux-là soignent leurs projets de logement, privés ou sociaux, avec le souci du détail qu'ils ont développé pour de gros projets d'architecture publique. Certes ils comprennent qu'une agence installée n'a pas le temps d'y consacrer ces ressources ou ces moyens. N'empêche ! "Nous sommes très très présents et nous cherchons jusqu'au dernier boulon car, comme pour un équipement, nous savons que c'est un investissement pour l'avenir et que cela nous simplifiera la vie plus tard sur le chantier", explique François. "Le logement réduit le champ d'expression, c'est un champ très contraint mais nous n'éprouvons aucune frustration de ne pas faire d'équipements publics", dit Wilfrid. Et pour cause... relire les C.V..

Enfin, et peut-être surtout, leur association née de l'urgence s'est révélée parfaitement complémentaire. Wilfrid trouve en François les bases et références intellectuelles qu'il est persuadé de ne pas posséder, François trouvant en Wilfrid le goût du risque et de l'aventure entrepreneuriale qui lui fait défaut. François apporte sa rigueur d'ingénieur parfois trop réfléchi, Wilfrid lui propose d'aller prospecter dans des pays où il y a du potentiel, "Moscou par exemple". L'un fume sans compter, l'autre ne s'en formalise pas. Même leur différence d'âge s'est révélée un atout ; ils s'en foutent, ni l'un ni l'autre ne travaille sur ordinateur, l'un par choix, l'autre non. Ils partagent le même goût pour le travail sur maquette. Rigidité dans le trait, prise de risque prudente, attachement au fond au détriment de la forme... Si l'architecture de leur premières réalisations et concours gagnés traduit encore l'hésitation et le manque de confiance - "l'architecture de la modestie", dit François - le succès de leur "belle" histoire commune commence à leurs donner des idées. L'immeuble de bureaux à Blagnac traduit de fait une ambition nouvelle.

"Cette croissance très belle et régulière... Il nous faut faire très attention, on ne veut pas qu'elle nous échappe", tempère François. "Deux concours en même temps, en l'état actuel des choses, c'est lourd", confirme Wilfrid. Sans doute. Mais après le sérieux clinique et déterminé exprimé pour que leur agence apparaisse crédible au premier coup d'oeil, leur décontraction nouvelle témoigne qu'ils sont aujourd'hui devenus ce à quoi ils aspiraient, en réalité, depuis longtemps : "de jeunes architectes".

Christophe Leray

Lire également notre article '135 logements - Le Gouz 1 et 2 - pour désenclaver le Grand Pigeon, à Angers (49)' et consulter notre album-photo 'L'architecture "de modestie" de Bellecour&Barberot'

Bellecour&Barberot : la fraîcheur d'une jeune agence avec l'expérience d'architectes rompus
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