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Beckmann et N’thépé : « Nous poursuivons une seule idée : garder notre envie personnelle »

© Cyberarchi 2019

Juste avant l’été, les architectes A. Beckmann et F. N’Thépé donnaient une conférence au CSTB, à Paris. Une rencontre placée sous le signe du contraire et du supplétif...

 
 
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Aldric Beckmann et Françoise N’Thépé sont différents et complémentaires. Elle, parée de noir, et lui, vêtu d’une chemise blanche immaculée, parlent tour à tour. A chacun sa part et sa contribution. Aldric Beckmann explique les projets. Françoise N’Thépé expose les thématiques. Et cela n’est sans doute pas par hasard si leur conférence est construite autour de l’idée de la dichotomie, autrement dit autour de la « division d’un concept en deux autres concepts généralement contraires qui recouvrent toute l’extension du premier. »

Dichotomie

Au thème du visible, Françoise N’thépé adjoint son complément : l’indicible. « Certains projets se font de manière assez intuitive. On ne contrôle pas tout. Il y a des choses induites qui ne se voient pas », indique-t-elle. La crèche parisienne des « Petits lardons », par exemple, n’est pas issue d’une volonté formelle posée a priori. « Elle n’est que la résultante du volume capable. » Sa forme en escalier, sorte de gros serpent bleu, est simplement déduite de la réglementation et de l’espace disponible en hauteur, en longueur et en largeur.

Autre exemple : les architectes associent l’Histoire naturelle à la notion de juste positionnement. Deux thèmes pas vraiment contraires, mais de plus en plus indissociables. Selon eux, ils s’agit de rechercher de nouveaux référents, en arts comme dans la nature. « L’Histoire naturelle, c’est l’étude de la diversité du monde vivant, du monde minéral et de leurs interactions avec l’homme, avancent-ils. C’est comprendre comment cette diversité s’est construite et quelle est sa dynamique. » Illustrant leurs inspirations, la nouvelle bibliothèque universitaire de Marne-la-Vallée, calée sur les traces d’une ancienne ferme du 17e siècle, ressemble à un gros monolithe de terre suspendu qui se couvrira de mousses et prendra la couleur des saisons. 

Francs-tireurs

« Nous souhaitons garder une indépendance d’esprit », dit Françoise N’Thépé. Bien qu’ils estiment n’avoir pas beaucoup de vérités à donner, les architectes se présentent comme des francs-tireurs : « Nous avons la chance de ne pas avoir été étiquetés. Nous avons des programmes très différents, de la décoration à l’urbanisme. Nous poursuivons une seule idée : garder notre envie personnelle. »Françoise N’Thépé n’est-elle pas  plus tranchée que son associé ? « Je suis seulement moins loquace », répond-elle. Ce qui cimente leur couple exclusivement professionnel ? « Juste une envie de partager plein de moments d’architecture ensemble. »

Françoise N’Thépé déclare ne pas avoir peur. Ne pas avoir peur de l’innovation technique et de porter ses idées  auprès des maîtrises d’ouvrage. « Nous avons nos avantages et nos défauts, prévient-elle. C’est comme ça qu’il faut nous prendre. Nous devons arriver à garder une idée principale. Nous défendons cette vision tous les jours auprès des personnes qui aiment et veulent travailler avec nous. »

Sans échelle

De cette indépendance d’esprit découle une architecture à forte identité, presque tribale. Dans la ZAC Massena, à Paris, les architectes ont choisi de rendre difficilement lisible l’échelle de leur bâtiment d’habitation. Pour se mettre à la mesure des imposantes constructions universitaires environnantes, le projet « ne devait pas ressembler à un immeuble de logements », explique Aldric Beckmann. La volumétrie a été fractionnée pour donner de multiples orientation à chaque appartement ; les fenêtres ont des positions inattendues et les façades sont entièrement constituées de béton brut teinté dans la masse, coulé en place, deux niveaux par deux niveaux.

Mais de cette liberté de penser se dégage également une volonté d’agir au-delà de leurs obligations professionnelles. Aldric Beckmann constate que la crise n’a pas épargné l’architecture : « Aujourd’hui, les budgets se resserrent. On va nous demander d’être encore plus compacts. Les possibilités se réduisent. Il faut nous mobiliser. » Et c’est dans un esprit happening que ces architectes de la French Touch mènent certaines de leurs actions de sensibilisation. Un exemple ? Souhaitant dénoncer la perte identitaire de Paris et les projets immobiliers de l’AP-HP sur l’Île de la Cité, ils ont convoqué la presse et ont mis en scène la présentation d’un projet factice avec le collectif d’artistes H5. Dans ce vrai-faux projet, l’Île de la Cité devenait un paradis du luxe et la préfecture de Police se transformait en hôtel cinq fois étoilé ! Un canular bien orchestré qui a fait la Une du Figaro…

Tristan Cuisinier

Beckmann et N’thépé
ZAC Massena, Paris
Zoo de Helsinki
Zoo de Vincennes
Zoo de Helsinki
ZAC Massena, Paris
Crèche "Les Petits Lardons"
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Logements à Evry
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Bibliothèque universitaire de Marne-la-Vallée
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