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Beaux livres : trois visions de l'architecture, trois promenades

© Cyberarchi 2020

Trois livres - Sur les traces des enceintes de Paris, Frédéric Borel et La tente et le chapiteau - offrent chacun des aventures d'architecture, de la plus ancienne, éphémère (la tente) ou étonnamment durable (l'enceinte), à la plus contemporaine. A découvrir.

 
 
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Sur les traces des enceintes de Paris (1) nous entraîne sur un fabuleux jeu de piste puisque les auteurs nous proposent rien moins que de découvrir les vestiges des enceintes successives de la capitale. De la muraille du Bas-Empire à l'enceinte de 1840, Paris s'est en effet protégée derrière de solides ouvrages, d'un rayon toujours plus vaste alors que la ville ne cessait de repousser ses limites. Il demeure des vestiges importants de certains de ces murs quand d'autres ont pratiquement disparu. L'empreinte en est cependant encore fréquemment gravée dans le tissu urbain : c'est durablement que les enceintes - ou leur fantôme - ont en effet marqué la limite entre des propriétés, que l'orientation du mur a guidé la découpe des parcelles. Ainsi, c'est en portant attention à des éléments d'apparence bien anodine, comme l'orientation des souches de cheminées, la continuité des mitoyens ou les moindres dénivelés de la chaussée, que le promeneur se fera archéologue pour retrouver le chemin des remparts de Paris.

Abondamment illustré, aussi bien de croquis d'époque que de photos parfaitement actuelles, l'ouvrage offre ainsi, quasiment à chaque page, un raccourci saisissant entre ce qui fut et ce qui est, à l'image d'une 'muséographie' active où le promeneur, invité à scruter les détails de son environnement, découvre que le plaisir naît autant de la recherche elle-même que de la découverte d'un bout de mur (très) ancien au coin de chez lui. Le sous-titre en est d'ailleurs 'promenades au long des murs disparus'. Bref, une vraie proposition de bol d'air pour une archéologie offerte au profane, la poussière en moins.

Autre ouvrage, autre temps. Pourtant, l'architecte Frédéric Borel, qui aime à déclarer que «la qualité d'une ville vient de la multiplication d'activités contrastées, de la juxtaposition d'échelles différentes, du brassage de populations cosmopolites» se réjouit sans doute des contrastes relevés par les auteurs précédents. Simplement intitulé 'Frédéric Borel' (2), le livre de Richard Scoffier (Editions Norma), architecte depuis 1980 et diplômé de philosophie, rend hommage à cette volonté de l'architecte, qui a ouvert son agence à l'âge de 25 ans, de se démarquer de «l'architecture d'ingénieur» et du minimalisme ambiant. Frédéric Borel pense en effet que l'architecture doit affronter le réel avec toute son inertie et son imperfection, que les bâtiments qui se comprennent d'un seul regard appauvrissent la ville et que l'espace public doit être un lieu de relation, de halte et de rêverie.

'Construire le sensible', le titre de l'introduction, pourrait être le sous-titre de l'ouvrage, divisé en chapitres allant de 'Rythme' à 'Monolithe', de 'profondeur' à 'lumière'. Les projets de Frédéric Borel, de son premier immeuble de logements sociaux pour la ville de Paris, boulevard de Belleville dès 1989, jusqu'à la future d'architecture de Paris Val-de-Seine, proposent de véritables récits de forme toujours soucieux de révéler le caractère onirique de tout paysage, du plus banal au plus bouleversé, estime Richard Scoffier. Qui se propose donc, au travers de ce bel et volumineux ouvrage, de reconstituer le cheminement d'une pensée cohérente traduite sous la forme d'une succession de manifestes, lesquels deviennent parfaitement lisibles avec les photos, la plupart remarquables, de Nicolas Borel. Volumes totémiques chahutant l'alignement du boulevard de Belleville, masque en apesanteur ouvrant la rue Oberkampf, jaillissement de plans colorés rue Pelleport, découvrant les hauteurs de Ménilmontant, ou parallélépipède rendant visible le dessin fragile des collines d'Agen, les édifices de Frédéric Borel, présentés ainsi, s'apparentent à des sculptures habitables.

De la sculpture à la structure habitable, c'est une plongée au coeur de l'histoire des hommes que propose, également aux Editions Norma, l'ouvrage de Christian Pavillon intitulé 'La tente et le chapiteau' (3). Tentes et chapiteaux, dans notre imaginaire sont l'ailleurs que l'on atteint au risque de grands voyages. Il n'est, pour s'en convaincre, que de voir quelle fascination inspire encore aujourd'hui la yourte des Mongols.

Au travers d'un ouvrage didactique et très bien documenté - ce qui n'empêche pas la rêverie, loin de là - Christian Dupavillon, qui s'est acquis la collaboration de l'architecte Patrick Bouchain (maître d'oeuvre du théâtre équestre Zingaro notamment), retrace à travers le temps et les époques l'incroyable diversité d'expériences et de réalités qui régissent ces architectures éphémères, objets à l'occasion de véritables plans d'urbanisme, voire de rivalités insensées entre puissants du monde. Christian Dupavillon, déjà auteur de 'Architecture du cirque', a donc ici considérablement élargit, avec bonheur, son sujet ; sans pour autant l'oublier, que les amateurs de cirques se rassurent.

(1) 'Sur les traces des enceintes de Paris', Renaud Gagneux, Denis Prouvost ; photographies de Emmanuel Gaffard, Editions Parigramme, 241 pages, 29 euros. Pour commander l'ouvrage, cliquez ici.

(2) 'Frédéric Borel', Richard Scoffier, photographies Nicolas Borel, Editions Norma, 224 pages, 58 euros. Pour commander l'ouvrage, cliquez ici.

(3) 'La tente et le chapiteau', Christian Dupavillon, Editions Norma, 120 pages, 35 euros. Pour commander l'ouvrage, cliquez ici.

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