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Batimat, Jour J

© Cyberarchi 2019

Dès 9h, les hôtesses d'accueil de Loxam - loueur de matériel de chantier -, en blouson marron, étaient briefées une dernière fois avant l'arrivée des premiers clients. Pas de doute, le "plus grand salon de la construction" est lancé. Paradoxe, voilà un salon éphémère consacré au développement durable.

 
 
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Batimat, 25ème édition, est parti et son influence dépasse largement le périmètre de la Porte de Versailles puisque, dès 9h du matin, toutes les rames de tous les métros de la ligne 12 qui y mènent étaient, depuis la gare Montparnasse, archi pleins, au grand étonnement des voyageurs habituels ! Un bon exercice en vue de la ruée sur les stands...

Une bonne occasion pour Bertrand Delanoé, le maire de Paris, de mettre en valeur le tramway des Maréchaux, toujours en construction. Il l'aura fait peut-être des salons de l'Hôtel de ville, où sont - bizarrement - annoncés les lauréats des Trophées de l'innovation et du design. Il y a deux ans, il avait effectué une visite du salon en ouverture, bientôt imité les jours suivants par un grand nombre de ministres. Cette année, aucune visite de personnalité à signaler en ce jour premier. Sans doute chacun est-il occupé à chercher une solution pour les banlieues qui flambent. A ce sujet, "ça brasse" s'amuse un journaliste québécois. Il n'a pas, à l'instar de ses collègues russes ou américains, reçu ordre d'éviter les banlieues parisiennes.

Des troubles - les américains inquiets utilisent le mot 'riot', émeutes, le même mot utilisé lors des émeutes de Los Angeles qui ont coûté en partie sa réélection à Georges Bush père - qui tombent au plus mal. Ainsi, Dominique Tarrin, directeur de Batimat, évoquait à midi l'essor international du salon, les étrangers représentant désormais 33% des exposants. Il évoque également la venue prochaine d'un contingent de 2.000 visiteurs russes, lesquels furent instamment priés par leur gouvernement d'éviter la banlieue, qui commence à 300 mètres de la Porte de Versailles. L'image du plus "grand salon de la construction dans le monde" est aussi l'image de la France. Aie ! A l'inverse, un journaliste Brésilien ne pouvait lui que déplorer le manque d'exposants venus d'Amérique du Sud. En ce sens, le salon Batimat est aussi une image du dynamisme de la construction à l'étranger - Asie et Russie en hausse, Amérique du sud stable.

Les premiers exposants indiens (d'Inde, pas les Cheyennes), qui découvrent Batimat pour la première fois n'ont pas ces états d'âme. Les Chinois non plus qui vinrent d'abord comme clients, puis comme partenaires d'exposants et qui sont aujourd'hui exposants eux-mêmes. Difficile à ce sujet de faire la distinction entre les Chinois de Taiwan - un contingent de 25 sociétés - de ceux de la République Populaire de Chine (à peu près autant) ; or, pour qui veut signer des contrats, éviter l'impair diplomatique est un préalable. Ce n'est pas simple car tant les uns que les autres sont dans les domaines de l'automatisation et de la décoration. "C'est incroyable, je marche toute la journée", déplore Vinny Chen, une journaliste de Taïwan qui décrit par ailleurs, parlant de ses compatriotes, une stratégie parfaitement organisée d'assaut sur l'Europe et les Etats-Unis au travers des salons.

Ne parlant pas français, elle n'aura pas suivi le premier cycle de conférences consacrées au développement durable. Preuve de l'intérêt porté à ce domaine par les visiteurs, les quatre conférences du jour ont fait le plein, tout le monde ne trouvant pas à s'asseoir. Il est d'ailleurs intéressant de constater que un mois d'octobre exceptionnel de douceur (et le mois de novembre est bien parti également) loin de réjouir le public ne lasse pas de l'inquiéter. Le thème est donc d'actualité mais n'est-il pas, au fond, déjà trop tard ?

Pour finir, une image. L'Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics (OPPBTP) est partenaire cette année de Batimat où il entend démontrer que la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles s'inscrit dans le cadre du développement durable et vient promouvoir sa campagne de prévention "100 minutes pour la vie". Donc, un immense panneau sur la principale avenue du salon représente une enfant, une jeune femme et un jeune homme, en larmes. Chacun explique que le père, le mari, le collègue est mort "parce qu'on ne savait pas quoi faire". Efficacité garantie.

A demain.

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