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Babin+Renaud : une île de domesticité plantée dans le paysage

Cécile Septet : Copyright 2019

D’ici 2018, la ZAC de la Bottière-Chênaie, située à 15 minutes en tramway du centre-ville de Nantes, accueillera 35 000 habitants sur 35 hectares. Dans sa partie la moins densément construite, les architectes Jean-François Renaud et Eric Babin y ont livré, du T2 au T5, un ensemble de 51 logements sociaux qui, surélevé d’un demi-niveau de parking, se présente comme une île de domesticité entrouverte sur son environnement paysager.

 
 
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Force est de constater que les choix typologiques de Jean-François Renaud et Eric Babin sont clairs. Leurs édifices ne se réduisent pas à des partis pris formels ou à des réactions face aux contingences de projets. Il en résulte des morphologies d’une grande lisibilité et une architecture plutôt lisse. Au Mans, par exemple, les architectes avaient éclaté les différentes parties du programme pour structurer le Centre culturel des Quinconces autour de l’espace public. Un projet d’une grande sobriété où le rapport d’échelle entre le multiplexe et le théâtre était habilement dosé.

Situé dans la ZAC de la Bottière-Chênaie, leur opération de 51 logements sociaux à Nantes relève, elle aussi, d’une approche typologique bien arrêtée. L’ensemble résidentiel est en effet articulé autour d’un espace collectif semi-ouvert, mais fortement domestique comme une courée. La raison ? Une ZAC dessinée par Jean-Pierre Pranlas-Descours comme un continuum paysager : « L’architecte coordinateur de la ZAC souhaitait que les ensembles construits ressemblent à des îles dans un paysage arboré », indique Jean-François Renaud.

Semi-ouverte

Du point de vue morphologique, cet espace collectif se présente comme une cour rectangulaire entrouverte sur le territoire au niveau de l’une de ses diagonales. Cette cour, accessible aux piétons par de larges emmarchements, est surélevée d’une hauteur d’un demi-niveau par rapport à l’espace public, comme pour le mettre à distance.

Quatre bâtiments forment l’enclos de la cour. Côté sud-est et nord-ouest, deux barrettes abritent l’essentiel des habitats, respectivement sur deux et quatre niveaux. Les séquences d’accès (escaliers à l’air libre, paliers,…) sont également des séquences d’observation du paysage. Tout comme les séquences d’usage dans les appartements qui sont presque tous traversants. « Souvent, les traversantes dans les logements mettent en relation les chambres et les séjours, explique Jean-François Renaud. Or ces liaisons ne fonctionnent pas pour des raisons d’intimité. A Nantes, nous avons mis en place des traversantes sur l’espace jour. Ce sont les cuisines qui sont en relation avec les séjours. »

Bien campé dans son site avec ses grandes lignes droites et ses héberges taillées à la serpe, l’ensemble immobilier de Jean-François Renaud et Eric Babin s’affirme comme une entité immuable du territoire. Mais c’est dans l’espace partagé de la cour que l’on trouve l’une des principales originalités et l’acte fondateur du projet. Prenant au pied de la lettre l’obligation qui leur était faite de réaliser des parkings à moitié enterrés, les architectes ont réalisé un espace collectif où l’univers domestique de la cour englobe l’espace de stationnement des voitures. Au sens propre comme au figuré, le parking, traité en béton sablé, constitue le socle du projet. Délimitant strictement la zone d’intervention des architectes, il est largement visible au travers des vides ménagés entre les passerelles de distribution du rez-de-chaussée et participe au continuum spatial mis en place entre les espaces collectifs et la sphère intime des logements.

Semi-enterré

« L’hypothèse de départ de l’urbaniste coordinateur de la ZAC était de faire des parcs de stationnements moins chers en économisant notamment sur les déblais. En réalité, l’expérience nous montre qu’un parking semi-enterré n’est sans doute pas moins onéreux qu’un parking enterré classique car, pour obtenir une sous-face de plancher esthétique, il implique une gestion attentive des réseaux », observe Eric Babin en précisant que le coût global des travaux est rentré dans l’enveloppe budgétaire allouée. Une gageure si l’on en croit Jean-François Renaud qui souligne que « la morphologie du bâti, fragmenté et peu épais, n’a pourtant rien d’économique. »

C’est en effet un édifice très « ancienne école » qu’ont érigé Jean-François Renaud et Eric Babin. La générosité et la qualité des espaces partagés se déploient au détriment de la densité en appartements. Les escaliers, la plupart du temps, ne distribuent que deux appartements. L’angle droit règne en maître et l’isolation est réalisée par l’intérieur. Mais c’est avant tout un ensemble savamment orchestré et bien fini que donnent à vivre les architectes parisiens. La peinture minérale, directement appliquée sur les murs extérieurs, suppose un béton bien exécuté. Les claustras de certains logements en rez-de-chaussée, les cadres en aluminium des baies et les garde-corps en verre structurel opalescents sont mis en œuvre avec justesse et parcimonie, comme pour souligner l’impeccable blancheur de l’ensemble. Quant à l’économie du projet, elle semble parfaitement maîtrisée malgré un budget serré de 1300 euros / m2.

Tristan Cuisinier

Fiche technique :

Maître d’ouvrage : Nantes Habitat

Maître d’œuvre : Babin+Renaud

BET structure : EVP Ingénierie

BET fluides : CFERM

Economiste : MDETC

Urbaniste coordinateur : Jean-Pierre Pranlas-Descours

Paysagiste : Bruel-Delmar

Surface SHON : 4 185 m2

Coût : 5 500 000 euros H

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