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Avenue Foch : un projet pour imaginer la ville du futur ?

© Cyberarchi 2019

En pleine campagne électorale pour les municipales de 2014, le projet présenté par les agences Hamonic+Masson et Luxigon concernant le réaménagement et la piétonisation de l'avenue Foch à Paris n'a pas manqué de susciter la controverse, dans la classe politique comme pour les riverains. A l'origine prospectif, ce projet est pourtant emblématique des grands enjeux de la « ville de demain ».

 
 
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140 mètres de large, 1,3 km de long, l'avenue Foch, axe prestigieux qui relie la Place Charles-de-Gaulle et l'Arc de Triomphe à la Porte Dauphine et au Bois de Boulogne, est aussi la voie la plus large de la capitale et sa seule avenue protégée en tant qu'Espaces Boisés Classés (EBC) au Plan Local d'Urbanisme (PLU).

L'exercice, à l'origine prospectif, présenté par Hamonic+Masson et Luxigon, soutenu par Jean-Marie Le Guen, député (PS) de la 9ème circonscription de Paris, envisage la relégation de la circulation automobile aux seules contre-allées de l'avenue Foch, libérant au centre un espace de presque 16 ha presque entièrement dédié aux piétons. A l'Ouest de l'avenue de Malakoff, un espace boisé vise à « faire rentrer le Bois de Boulogne dans Paris », alors qu'à l'Est une esplanade arborée accueille une opération immobilière d'envergure comprenant logements, bureaux et commerces. D'autres constructions sont également proposées entre le boulevard périphérique et le boulevard des Maréchaux, longeant le Bois de Boulogne de la Porte Dauphine à la Porte d'Auteuil. De quoi aiguiser l'appétit de bon nombre d'acteurs du BTP, et matière à débattre aux élus de tous bords.

Pourtant, au-delà de la polémique suscitée par cette proposition et par son éventuelle réalisation, ce projet est peut-être avant tout une réponse possible aux enjeux auxquels architectes, urbanistes, décideurs politiques et finalement l'ensemble de la société sont confrontés lorsqu'il s'agit d'imaginer et de construire la « ville de demain ». Il s'agit certes d'un projet immobilier, mais la ville tout entière l'a toujours été, Paris plus qu'aucune autre. Les vrais enjeux sont d'un autre ordre, et tiennent plus à la définition même de la société dans laquelle nous vivront demain.

De ce point de vue, le projet questionne la place de la voiture en ville, la densité bâtie et fonctionnelle, et, dans une moindre mesure la mixité sociale. Le projet préfigure une ville où l'automobile nécessite moins de place car elle sera « consommée » différemment, l'usage prenant le pas sur la propriété ; une ville dense capable de répondre aux besoins de ces habitants dans un périmètre restreint et « piétonnable » ; une ville socialement plus mixte, voeux pieux dont les modalités économiques de mise en oeuvre ne sont toujours pas évidentes à trouver.

Inversement, l'opposition à ce projet se focalise sur les qualités de l'espace existant et sur son classement comme « Monument Historique », et renvoie finalement à la patrimonialisation et à la muséification de l'espace urbain. Si les professionnels connaissent, et parfois prônent, la nécessité de construire la ville sur elle-même, il semblerait qu'aujourd'hui l'opinion publique ne leur donne plus sa confiance pour concevoir et réaliser des espaces à même de répondre aux problématiques contemporaines de manières aussi qualitatives et intemporelle que leurs prédécesseurs, ou en tout cas sans que la perte de l'existant soit moins importante que le gain engendré par le changement.

Au-delà du devenir de l'avenue Foch, dont on parie qu'il ne sera pas aussi iconoclaste que celui envisagé par le projet qui agite les esprits ces derniers jours, les enjeux de la ville de demain sont tellement nombreux et dépendent de tellement de facteurs qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de prévoir sous quels formes ils se matérialiseront. Mais, à l'image des fortifications du Moyen-âge, aujourd'hui complètement inutiles et remplacées par nos boulevards périphériques, peut-être que les générations futures auront à gérer, et à réinventer, l'espace laissé vacant par ce qui nous semble aujourd'hui indispensable.

Par Patrick Guyennon

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