• Accueil
  •  > 
  • Avec conscience et probité : le désarroi des jeunes architectes
Rejoignez Cyberarchi : 

Avec conscience et probité : le désarroi des jeunes architectes

© Cyberarchi 2019

Une quarantaine de jeunes architectes on prêté serment début juillet au Conseil de l'Ordre Régional d'Ile de France. L'occasion de s'apercevoir que l'inquiétude, suscitée par l'actualité et la perspective de s'engager enfin dans ce métier, est profonde.

 
 
A+
 
a-
 

"Dans le respect de l'intérêt public qui s'attache à la qualité architecturale, je m'engage à exercer ma profession avec conscience et probité et à observer les règles contenues dans la loi sur l'architecture et dans le code des devoirs professionnels."

Ils étaient une quarantaine de jeunes, et moins jeunes, architectes nouveaux inscrits à l'Ordre Régional d'Ile de France à prêter serment le 08 juillet dernier, l'occasion de faire le point sur l'image que ces nouveaux architectes se font de leur métier, une image dominée par l'inquiétude.

En effet, à l'issue de la présentation des élus et du rôle du bureau, Michel Seban, Président du CROA d'Ile de France, a ouvert le débat en rappelant que Bernard Huet était le parrain de cette promo et que c'est à ce titre que chacun avait reçu un ouvrage qui lui était consacré. Puis devant le mutisme - la timidité ? - de la salle, il expliqua que l'un des objectifs du CROA était d'instaurer des relations avec les institutions du même ordre en Europe, "souhaitant pointer notre ouverture internationale".

"L'entreprise n'est pas un diable mais un partenaire, sauf que ses intérêts sont différents ; il faut donc préserver l'indépendance de l'architecte", dit-il à un auditoire finalement peu rassuré. Où l'on mesure d'ailleurs la pagaille créée par le gouvernement et le manque de connaissances - d'intérêt ? - juridiques de ces nouveaux architectes qui seront pourtant très prochainement confronter aux subtilités de la loi. M. Seban concluait ce chapitre en rappelant que le CROA d'Ile-de-France "avait recommandé" aux architectes de ne pas participer aux opérations de type conception-réalisation, une option qui n'est pas partagée unanimement par les instances représentatives des architectes.

Le second sujet abordé concernait la position du CROA par rapport au cursus scolaire. "A quel moment devient-on architecte ?", s'inquiète ainsi un jeune homme. Il faut croire que la grève des étudiants a marqué les esprits. Une fois de plus, M. Seban a dû faire preuve de pédagogie, expliquer que la réforme envisagée a des "avantages", notamment en ce qu'elle favorise les échanges, qu'elle permet de créer des passerelles puisque tous les étudiants en architecture ne sont pas destinés à la maîtrise d'oeuvre et que le système en 3-5-8, au-delà de l'harmonisation européenne, offrirait un outil de réorientation à l'issue des trois ans moins "brutal" qu'une sélection préalable. "La formation doit apporter une diffusion plus élargie des différents métiers de l'architecture, sortir l'architecture de son isolement et c'est l'occasion de demander à l'Etat le même investissement que par rapport aux autres études supérieures", a indiqué en substance Michel Seban.

Là encore, les jeunes architectes qui craignent de se retrouver avec un diplôme "dévalorisé", furent à peine rassurés et tous n'avaient pas encore la réponse à la question "à quel moment devient-on architecte ?", surtout quand M. Seban expliqua que dans les autres pays "c'est plutôt à 45 qu'à 25 ans" et qu'à son avis, "ce n'est pas plus difficile aujourd'hui pour les jeunes qu'il y a 20 ans". Sans compter que quelques-uns ont gardé des souvenirs mitigés de leur études, qu'il s'agisse de projets de stages refusés sans explication, du sentiment de servir de main d'oeuvre aux professeurs, voire de mésententes entre profs et étudiants qui tournent à la sanction pour ces derniers.

Après un détour plus trivial par une question concernant le droit ou non de faire de la publicité ("le principe est de montrer son travail et faire sa communication en valorisant son expérience mais jamais par comparaison avec les confrères", dixit M. Seban), une autre inquiétude pointait, non liée à l'actualité celle-là : les permis de complaisance. Vu l'attention de la salle, ce sujet est au moins aussi important que les autres. Après le rappel que pour un architecte, "il n'existe pas de plan type", M. Seban a convenu que la réalité économique des architectes pèse peu et enjoint son assistance à être "collectivement responsable" avant, une dernière fois, de rassurer son auditoire. "Nous avons des juristes, sollicitez-nous ; c'est plus aisé pour nous que pour un architecte isolé de rappeler au maître d'ouvrage quelles sont les missions de l'architecture", dit-il.

Après des études vécues comme insuffisamment formatrices, l'isolement face à la loi, aux règles du marché et aux maîtres d'ouvrage semble bien être l'angoisse de ces nouveaux membres du CROA d'île-de-France. "Qu'est-ce qu'on a fait en France dans les années 50 ou 70 pour que l'architecte soit si mal aimé ?", s'est étonné un nouvel architecte suisse.

Pour les aider lors de leurs premiers pas, chacun est reparti avec un Guide des contrats d'assurances complémentaires, des fiches pratiques concernant les différents statuts de l'architecte, des contrats types et enfin des cahiers explicitant le cadre de l'exercice du métier. De quoi aborder aussi sereinement que possible leurs premiers contrats.

Avec conscience et probité : le désarroi des jeunes architectes
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER