• Accueil
  •  > 
  • Au Maroc, visite au coeur d’un lieu jadis propice à l'étude
Rejoignez Cyberarchi : 

Au Maroc, visite au coeur d’un lieu jadis propice à l'étude

Laurent Perrin : Copyright 2017

 

La plus petite et la plus belle médersa (ou madrassa, école coranique) du Maroc se trouve à Salé, la voisine de la capitale Rabat. Jusqu’en 1927 quelque 50 étudiants avaient le grand privilège d’y étudier et d’y loger, pour n’en sortir que deux fois par an. Aujourd’hui restauré, le monument historique se visite comme un musée.

 
 
A+
 
a-
 

Mon guide s’appelle Majid El Idrissi. Il connait sa médina sur le bout des doigts. Et m’explique que la médersa de Salé répond aux mêmes codes que toutes celles que compte le Maroc. A savoir : trois niveaux de construction, soit de bas en haut des combinaisons de zellige (mosaïques), puis des murs en stuc et d’autres en cèdre sculptés. « L’école coranique est construite comme les palais et maisons de riche », m’explique mon guide.

La fontaine au milieu, pour les ablutions (rituelle de purification) est un autre élément récurent. « Autrefois elle atteignait presque six mètres de haut avant de retomber, ce qui permettait de se laver les jours de fortes chaleurs », précise Majid. Aujourd’hui le jet ne dépasse pas deux mètres et lors de ma visite, il est éteint.

 

Deux sorties par an

 

Cinquante étudiants vivaient ici, dans une promiscuité qui rappelle l’enfermement pour mauvaise conduite. Et pour cause, on ne parle pas de chambres, mais bien de cellules. Les érudits se partageaient les 24 loges qu’on imagine propices à… la méditation. « C’était un grand privilège d’être sélectionné pour étudier ici. Il fallait une capacité intellectuelle élevée et de l’ambition ». Payés, logés, nourris et habillés, les étudiants ne sortaient du bâtiment que deux fois l’an, pour la petite et la grande aïd, les deux fêtes qui ponctuent le mois de jeûne du ramadan.

Construite entre 1333 et 1342 par une centaine d’artisans, travaillant jour et nuit, la madrassa de Salé est de style Mérinide, et vient s’accoler à une mosquée Almohade, construite trois siècles plus tôt. Les somptueux panneaux sculptés comportent des versets du Coran dans quatre types d’écritures différents : cursive, fleurie (style andalou), classique et coufique (de Koufa, ville irakienne des savants arabes à l’époque du prophète Mahomet).

 

L’élite du pays

 

Majid me fait remarquer la symétrie des colonnes, qui se font écho dans leurs décorations de zellige rondes, en étoiles à six branches et en losanges. « Les formes florales et les motifs géométriques et épigraphiques se déploient (sur les murs) d’une façon rythmée et délicatement répartie pour ne laisser aucune place vide », lit-on dans un dépliant trouvé au riad The Repose.

Les étudiants qui sortaient de la médersa - par la porte monumentale en arc brisé - formait l’élite du pays. Ils y avaient étudié tout au plus dix années, dont les quatre premières consacrées à l’apprentissage du Coran par coeur et son interprétation, puis six années d’une spécialité : médecine, astronomie, histoire, algèbre, etc.

Menaçant de s’effondrer, elle a cessé d’accueillir des étudiants en 1927. « C’est ainsi que plusieurs travaux de restauration ont été lancés pendant et après la période du protectorat visant à consolider la structure globale évitant tout effondrement », note le dépliant. Des travaux plus récents, entrepris de 2001 à 2005 par le Ministère de la culture, direction du patrimoine, pour 372.895€, avec l’intervention d’une quinzaine d’artisans spécialisés, ont permis de redonner son éclat à ce qui est considéré comme l’une des merveilles d’Abou Al Hassan, le grand sultan mérinide.

 

Laurent Perrin 

Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Medersa
Mot clefs
Catégories
CYBER