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Atelier Frédéric Lebard: architectures et autres créations

© Cyberarchi 2019

Scénographe, concepteur de bâtiments industriels puis de logements, Frédéric Lebard étend ses activités dans le design et autres créations.
Rencontre avec un architecte au sens large du terme.

 
 
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L'agence de Frédéric Lebard se situe au dernier étage d'un immeuble de bureaux et salles de tennis. L'agence s'étend sur deux niveaux, on entre dans un espace peu conventionnel marqué par des prototypes de chaises, un espace cuisine et un portrait géant de l'architecte. Un escalier à colimaçon mène à l'étage où se trouvent les postes de travail. L'ambiance est sérieuse, baignée dans une musique zen, une grande fontaine où trempent des plantes marque l'entrée du plateau. Plusieurs maquettes en bois sont clouées en hauteur, des plus petites sont posées sur des étagères qui longent les murs de l'agence en continu et font face aux nombreux bureaux de l'agence. Murs et mobiliers sont blancs, ordre et clarté caractérisent l'ambiance des lieux. Une importante bibliothèque embrasse l'espace réservé aux réunions.

Sensible à l'art et à la création en général, Frédéric Lebard est un artiste doué pour le dessin et la peinture, qui adolescent pratiquait la gravure aux arts décoratifs de Paris. Son goût pour l'architecture débute avec Piranèse, graveur et architecte italien du XVIIIe siècle, dont il ne se lassait pas de regarder les dessins aux multiples détails, inspirés de l'architecture antique.
Rangés par rubrique, des livres sur l'architecture, l'urbanisme, la peinture, la sculpture, le textile, l'histoire, la géographie, des romans aussi, s'enchaînent dans la bibliothèque. Son architecte de référence par excellence? «Louis Khan pour son travail sur le site, particulièrement le Salt Lake Institute (en Californie), pour l'utilisation du dénivelé qui permet de magnifier le point de vue sur l'océan pacifique, son travail sur les matériaux, souvent associé par pair, qui crée une richesse dans le contraste béton-bois, béton-brique, inox-bois, pour son travail sur les détails qui amplifie le propos de l'architecte, et enfin pour la variété de son oeuvre».

Mais plutôt que de référence, Frédéric Lebard parle d'inspiration par la nature et les plantes. Il explique: « L'architecture d'un arbre est au moins aussi intéressante que les architectures humaines, tous les arbres ont créé leur propre stratégie de développement, et en tant qu'architecte, j'adore voir la différence entre un hêtre et un chêne par exemple, à chaque fois je m'enrichis de ces différences». A Paris, comment fait-il alors ? : «Je vais souvent me promener en forêt, mais même à Paris où les arbres sont souvent taillés, j'aime bien imaginé comment redimmensionner un arbre et améliorer l'espace urbain par des tailles plus ou moins diverses».

Sa deuxième source d'inspiration lui a été révélé à 24 ans, lors de son expérience dans l'agence Morphosis à Los Angeles, dans laquelle il exerce durant plus d'un an. Il s'initie à une méthode de travail peu ordinaire où la création vient du fond de l'individu : «Avant même de dessiner un bâtiment, ils fermaient les yeux et prenaient une boule de terre et de façon inconsciente, il façonnaient la boule de terre, puis par rapport à cette base, ils retravaillaient le bâtiment pour faire un bâtiment qui tienne la route... C'était une approche de création très impulsive et intériorisée qui n'existe pas dans nos écoles d'architectures françaises!»

C'est en Espagne que l'architecte parfait sa formation, en travaillant pendant deux ans pour l'architecte Carma Pinos, devenue depuis une amie proche. Il décrit l'intérêt de sa rencontre avec cette architecte : «J'ai adoré son approche. Pour elle, l'architecture doit être d'abord dans sa tête plutôt que dans ses tripes, la forme doit être connue avant de la conceptualiser. La deuxième idée importante pour Carma est qu'une forme a beau être bien, il faut qu'elle soit justifiée par l'environnement. Il y a là une approche intellectuelle, à la fois d'architecte et de paysagiste, qui m'a beaucoup influencé et qui m'influence encore maintenant».

Après ces quatre années à l'étranger, l'architecte revient en France et travaille dans l'agence Architecture Studio, pour qui il sera chargé de concours, de traitements de détails pour des collèges et de suivis de chantier. Il raconte: «Mon expérience au sein de cette grosse agence s'est effectuée au moment de la construction du Parlement Européen. J'ai pu apprécier la pratique d'une grosse agence française... Il fallait être très vigilant en terme de méthode, et là ils étaient parfaits».

La création de sa propre agence revient à Morphosis et Carma Pinos, puisque c'est par leur biais qu'il est invité au dîner d'inauguration de l'exposition sur l'architecte autrichien déconstructiviste Coop-Himmelbau, à Beaubourg (1993). Il y rencontrera Jacques Derrida (philosophe et théoricien du déconstructiviste) pour qui il concevra son premier projet d'architecte indépendant, un ensemble de piscine avec sauna et vestiaires.

Aujourd'hui l'agence possède à son actif de nombreux projets de scénographie, avec pour point de départ un projet pour le musée Carré SEITA (musée privé à Paris 7ème qui n'existe plus) : "J'avais les mains libres pour créer des projets de scénographie avec beaucoup de moyens et cela m'a permis d'innover aussi bien au niveau des matériaux que pour les dispositifs de mise en oeuvre comme l'éclairage. Ainsi, j'ai pu imaginer un projet assez spectaculaire pour l'exposition «L'Amérique de la dépression», où les oeuvres (gravures relatives au travaux industriels) étaient présentées à l'aide de plaques de métal d'une dizaine de tonnes. Ce projet a eu de très bonnes retombées médiatiques».

Les projets de scénographie vont se succéder pour le Musée du Luxembourg, le Musée d'Orsay et la Fondation Electra. L'architecte nous livre son regard sur le travail de scénographe : «Le projet de scénographie ne s'adresse pas aux mêmes personnes. Pour moi, il y a deux manières d'apprécier le projet de scénographie: la première est d'un point de vue purement muséographique, c'est-à-dire que l'on présente les oeuvres et l'on s'efface devant elles; la seconde est de dire qu'il y a un public et que l'on doit l'accompagner et mettre en scène les oeuvres. Le projet de scénographie est intéressant parce que l'on joue avec le public, on peut tomber dans une mise en scène théâtrale au pire ou au mieux, il n'y a pas de jugement à apporter, et tout dépend de l'objectif attendu et visé. On imagine des scénarios de visite, de telle sorte à accompagner certains visiteurs qui à priori ne connaissent pas ce que l'on va leur présenter».

Parallèlement à la scénographie, durant quatre ans, l'agence effectue plusieurs projets de bâtiments industriels. L'architecte explique «J'adore travailler sur des projets à différente échelle, l'un et l'autre sont très enrichissants et très amusants! On travaille avec des matériaux et des problématiques économiques différents. La scénographie correspond à des projets très petits et très raffinés, le projet d'un bâtiment industriel est lui aussi raffiné mais à une échelle beaucoup plus grande... on ne parle pas le même langage aux uns et aux autres».

Au fur et à mesure des rencontres et opportunités, l'agence a développé des projets de rénovations d'appartements, d'immeubles puis des logements neufs. L'architecte se réjouit de cette diversité : «Je n'ai jamais voulu me spécialiser! Je trouve intéressant de s'enrichir d'expériences différentes et je crois fortement que lorsqu'on sait très bien traiter la lumière par le biais des expositions, ce traitement de lumière pourra servir pour celui d'un hall d'entrée ou pour un poste de travail d'un artisan dans une usine. Pour l'agence, c'est moins rentable d'avoir plusieurs projets, dans la mesure où l'on se pose des questions différentes à chaque fois. Mais pour le client, cela constitue un plus en terme de satisfaction, car on apporte des solutions pertinentes plutôt que des réponses identiques».

Frédéric Lebard est un architecte, un concepteur de bâtiments, d'espaces, qui développe son sens créatif jusqu'à la conception de mobiliers, d'objets design comme une serrure, une assiette et un jeu de cartes lié à l'architecture... Pour lui, tous ces domaines sont complémentaires: « Dans l'architecture, on parle de volumes et de lumière où tout le monde doit s'y trouver bien. Dans la décoration, même si on à la possibilité de faire une décoration intemporelle, on est plus dans le temporel et l'on peut s'attacher à des détails plus futiles. Dans le mobilier, on est encore plus dans l'intime, c'est plus subjectif, plus personnel...».

Un jeu de cartes sur le thème de l'architecture a été conçu au sein de l'agence, mobilisant plusieurs personnes: artistes, un graphiste et un ingénieur. Le jeu s'adresse aux enfants et adultes, il les initie à quatre type de matériaux et d'architectures dans le monde. L'architecte a dessiné les bâtiments, l'ingénieur a formalisé mathématiquement le jeu. (disponible à la Cité de l'Architecture, bibliothèque de l'Arsenal , librairie La Hune, librairie du Moniteur)

Il a également créé une bande dessinée intitulée «Périple écologique en Seine-Saint-Denis», en collaboration avec l'illustrateur Arnaud Tribout, dans le cadre de la Biennale internationale de l'environnement au Parc de la Bergère à Bobigny en 2008 (200 000 visiteurs). L' histoire est celle d'un architecte, qui en plein chantier, se transforme en papillon, et qui part à travers le département de Seine -Saint-Denis, à la recherche de sa forme humaine(disponible sur demande directement à l'agence AFL).

A la question, qu'est-ce qui fait un bon architecte? Frédéric Lebard répond «Un projet d'architecture au stade du dessin n'est qu'un dessin. La réalité fait qu'on travaille avec des artisans et des ouvriers, et qu'un trait de plinthe n'est pas seulement un trait rapporté de façon mille fois différentes, mais c'est aussi cet ouvrier à quatre pattes qui va mettre le clou, la colle, pour faire tenir la plinthe. C'est cette réalité qui fait qu'un bon architecte doit être capable de prendre cela en compte, au moment de la conception et au résultat final, c'est l'appréciation de cette réalité humaine et physique, qui fait que le projet est bien ou pas, et qu'on est obligé de nous fatiguer nous-même architecte, physiquement, parce que le bâtiment c'est quelque chose de concret et ce n'est pas juste un joli dessin de papier. Et c'est encore pire maintenant avec l'informatique, avant les dessins étaient faits à l'encre de chine et il y avait des tâches, aujourd'hui on obtient des dessins virtuels sublimes, mais tout le monde a oublié qu'une plinthe c'est une personne qui est baissée et qui a dû contourner une gaine électrique...».

L'interview s'arrête: Frédéric Lebard doit répondre au téléphone... pour cet homme, amoureux de la nature, pour qui l'architecture est un subtil exercice de réflexion intellectuelle et d'intuition artistique... la journée sera certainement encore trop courte.


Claire Zobouyan

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