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Architecture innovante pour l'hôpital psychiatrique de Beaumont-sur-Oise (95)

© Cyberarchi 2019

Premier bâtiment hospitalier certifié HQE, les deux unités psychiatriques de l'hôpital de Beaumont, inaugurées en janvier 2010, est pour Victor Castro, son architecte, une première en Partenariat Public Privé (PPP). Portée par 16 ans d'expérience, l'agence livre une architecture attentionnée répondant au défi d'un renouveau de la psychiatrie. Visite.

 
 
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Au-delà des limites. Le boulevard périphérique franchi, la banlieue défile plusieurs dizaines de minutes durant. A droite, une flèche indique Beaumont-sur-Oise. A la radio, l'harmonica et le rythme lancinant de 'House of the Rising Sun'. "Derrière les sapins, il y a l'hôpital" indique Emmanuelle Vieugué, chef de projet.

Après quelques mètres dans le complexe hospitalier, les courbes de l'unité psychiatrique se démarquent des blocs vieillissants de l'ensemble. "La psychiatrie a été pendant longtemps la mal aimée de la médecine", déclare Victor Castro qui signe à Beaumont-sur-Oise la revanche architecturale d'une discipline.

"La commande passe par la programmation. Elle peut dans certains cas bloquer la création et en allant au-delà ou à l'encontre, un projet risque d'être catalogué 'hors programme'. Si un programme récapitule les besoins des utilisateurs, il ne peut exiger un concept. C'est à l'architecte, lui-même, de l'imaginer", explique Victor Castro. Sous-jacente, la liberté n'est en aucune façon gratuite. Elle s'acquiert, notamment par la recherche. "Dans le processus créatif, je me dois, parfois, de jouer à la roulette russe", affirme-t-il avec humour alors qu'il dénonce, en ce domaine exigeant qu'est la psychiatrie, des réponses encore trop souvent inadaptées ou, pire encore, "protocolaires". A l'encontre de son projet, l'architecture sans âme est condamnée.

Dans ce cas, "la première chose à faire était d'aller sur le site où la nécessité de s'adapter et de se fondre est apparue comme une évidence. Le bâtiment doit se dissoudre dans la nature", débute l'architecte. "C'était un crime de sacrifier l'espace vert sur un site pareil". Victor Castro désigne d'un mouvement de la main la silhouette vallonnée de la forêt de Carnelle. "Nous défendions la superposition des niveaux et l'intégration dans le paysage", raconte-t-il encore.

Le projet s'est également enrichi, lors de dialogues compétitifs, de propositions palliant aux inquiétudes des utilisateurs. Satisfaire la communauté médicale était un impératif d'autant plus important qu'un défi avait été lancé en amont. Robert Taylor, directeur de l'établissement, cherchait un projet dès lors qu'il s'harmonisait avec son intention de changer la psychiatrie publique. "Ce projet marque pour nous un tournant ; nous avons alors poussé la réflexion le plus loin possible", confie Victor Castro.

"Mon réflexe est de partir d'une utopie pour aller vers quelque chose de constructible. Il me faut sans cesse imaginer ce que je peux apporter de nouveau", dit-il. A force de pédagogie, ses intentions sont retenues et réalisées. Le processus est toutefois long, avoue l'architecte et la complexité difficilement justifiable.

Le parti architectural ambitionné interroge ainsi la manière de créer un édifice humaniste capable d'apporter une sensation d'apaisement. Arrondis et fluidité des lignes servent une architecture douce et maternelle. "L'idée de rondeur est une idée critiquée, auto-critiquée même. Nous essayons d'avancer et d'aller plus loin. Tout est pensé pour des patients en psychiatrie", précise Victor Castro. La peur du recoin est ainsi à l'origine d'un désir de continuité. Victor Castro se joue des échelles et retranscrit au niveau du bâti et de ses atours les préceptes qu'il dicte pour les espaces intérieurs.

"Nous cherchons des réponses satisfaisantes pour l'ensemble du corps médical. A l'inverse nous ne pouvons pas travailler directement avec le patient. Il demeure intouchable, car il est considéré comme aliéné. Se rapprocher de lui serait entrer dans sa thérapie. Nous nous mettons uniquement à sa place", explique Victor Castro.

Papier et crayon à la main, il dessine. Un rectangle, une porte, une diagonale. "La chambre est en forme d'entonnoir, elle doit avoir un sens centrifuge et diriger son occupant vers l'extérieur", poursuit-il en esquissant quelques lignes radio-concentriques. S'arrêtant, il lance : "L'architecture doit promouvoir la rencontre avec l'extérieur et la vie". Sur la demie feuille, une explosion de lignes.

Du pas de la porte, l'oeil embrasse effectivement l'espace dans son entier, le patient doit être immédiatement visible. En face, la fenêtre à une position centrale. "Nous étions restreints en terme d'ouverture. Nous avons pensé une triple lecture de l'espace en étant couché : lecture du sol, du ciel et de la ligne d'horizon. De là, nous avons opté pour la verticalité dans l'unité de vie individuelle", souligne Victor Castro.

Cette projection vers le monde extérieur a pour dessein d'amener le patient à ne pas se replier sur lui-même. L'institution n'est pas un recoin mais une porte. Point de spirale, la ligne est directive. Victor Castro souhaite par ailleurs exprimer l'ambition du lieu à travers une commande passée à l'artiste peintre Carlos Narino, invité à réaliser dans l'entrée les "traces d'un élément artistique, une oeuvre indécrochable". Il s'agit de sortir de la matière pour pérenniser l'édifice. "Pour ce faire, il faut être ouvert aux autres, avoir un certain état d'esprit. Je voulais avant tout un lien entre le tableau et les patients, je désirais qu'ils soient à l'origine même de son élaboration", confie Victor Castro.

Quatre jours, quatre nuits se sont écoulées. La peinture est encore fraîche. L'artiste, après un bref séjour dans l'institution, a finalisé l'oeuvre. En rapportant l'expérience des journées passées et celle du travail mené en amont, il retient de ses rencontres les figures de la spirale et de la ligne courbe comme étant omniprésentes dans l'imaginaire des patients. "Ce qu'ils ne peuvent exprimer avec des mots, ils l'expriment généralement avec un geste", dit-il.

La circularité transparaît alors comme le leitmotiv de l'architecture de l'hôpital de Beaumont. Elle inspire notamment les circulations sous les traits d'une ellipse. Les couloirs forment ainsi une boucle où le patient ne peut vraisemblablement jamais se perdre. L'identification de l'espace et le repérage sont d'autant plus travaillés qu'une palette de couleurs sert la volonté de caractériser les lieux.

"Nous souhaitions une revalorisation du concept des circulations en les élargissant pour qu'ils deviennent des salons, des véritables lieux de vie", prône Victor Castro. La déambulation est alors ponctuée de zones de rencontre matérialisée par un ensemble de chaises donnant à ces places, effectivement, des atours de salons.

En plus de ces vastes espaces, l'architecte a pris le parti de dédoubler les circulations en créant une seconde circulation annexe, totalement indépendante de la première. La logistique emprunte ainsi un autre circuit que celui utilisé par les patients. Le subtil dédoublement permet d'éviter toute confusion d'usages, le mélange étant considéré par Victor Castro comme un risque. Cette nouveauté fut de prime abord dénoncée, le projet étant déjà jugé "dépensier en espace de circulations". Il fallut argumenter, les pourparlers ont été longs mais, in fine, la logique fut adoptée. Au regard de la réalité bâtie, cette séparation apparaît désormais comme une évidence.

Il demeure désormais, ici, une réalisation attentionnée et profondément humaine. Chaque combat est au final à l'origine d'une avancée, intellectuelle et/ou technique, ce qui est aussi, selon l'architecte, à mettre au crédit de la bienveillance et de l'esprit avant-gardiste de la maîtrise d'ouvrage, la société SODEARIF. Tournant conceptuel dans l'architecture hospitalière psychiatrique, l'unité de Beaumont-sur-Oise signe la revanche d'une mal aimée de la médecine.

Sur le chemin du retour, la voix de Nina Simone résonne encore en souvenir de cette visite.
"Yes I'm goin' back to spend my life
Beneath, beneath, the rising sun"

Jean-Philippe Hugron

Consulter également notre album-photos 'La leçon des hôpitaux, l'unité psychiatrique de Beaumont-sur-Oise (95)'.

Architecture innovante pour l'hôpital psychiatrique de Beaumont-sur-Oise (95)
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