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Architecture bioclimatique : entretien avec une architecte engagée

En 20 ans, l'architecte DPLG Mimi Tjoyas a conçu une quinzaine de maisons bioclimatiques. Adepte des techniques d'architecture solaire, elle estime que la maîtrise des apports solaires et l'éclairage naturel sont des qualités primordiales pour le confort des usagers. Entretien.

 
 
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Qu'est-ce que la bioclimatique appliquée à l'architecture ?

Mimi Tjoyas : La conception bioclimatique d'un bâtiment est une architecture qui tient compte du climat dans lequel l'édifice est construit pour subvenir aux besoins de confort des occupants.

Quels en sont les avantages et les contraintes ?
Il y a plusieurs avantages reconnus. Une maison bioclimatique est un habitat très agréable, lumineux et confortable qui économise l'énergie. De ce fait, il permet d'éviter l'émission de poussières et de gaz polluants dans l'atmosphère. Par exemple, l'utilisation d'un chauffe-eau solaire pendant une année peut éviter l'émission de la quantité de dioxyde de carbone produite par une voiture roulant 8.000 km. Chez moi, je n'utilise le chauffage d'appoint qu'entre deux et quatre semaines par an. Je réalise donc de grosses économies sur ma facture d'électricité. Ne pas avoir à payer EDF, c'est magnifique.

La principale contrainte est l'orientation des pièces principales à plus ou moins 25° sud avec aucun obstacle aux rayons du soleil.

Quelles sont les différences entre l'énergie solaire active et passive?

L'utilisation de l'énergie solaire dans l'habitat peut recourir à des techniques différentes, thermiques ou photovoltaïques. Pour le seul solaire thermique, on distingue le solaire passif et le solaire actif.

Selon la définition de Jean Pierre Traisnel (CNRS), la captation de la chaleur solaire peut être "passive", en ce sens qu'aucun autre fluide que l'air n'est utilisé pour tirer partie, dans l'ensemble de l'habitation, de la chaleur récupérée grâce à des vitrages adaptés dans certains points de celle-ci. Des baies vitrées orientées au sud stockent le chaleur dans la masse thermique de la maison.

Au contraire, le solaire est dit "actif" lorsque des capteurs spécifiques sont utilisés pour chauffer l'eau sanitaire ou l'habitation elle-même.

Les principales réticences du public sont liées à la méconnaissance de la bioclimatique et à son coût. Mais elles sont liées également à la méfiance vis à vis des architectes et au coût des honoraires. En effet pour faire un projet et suivre le chantier d'une maison, les honoraires d'un architecte représentent environ 10 à 12% du coût global. Sur une maison de 150 000€ cela représente 15 000€. Les gens sont alors réticents à investir une telle somme, à leur yeux trop importante puisqu'ils ne saisissent pas toujours les avantages à plus long terme d'une maison d'architecte.

Quelles sont les résistances des professionnels (constructeurs, architectes, thermiciens, etc...) ? Les formations existent-elles ? Sont-elles adéquates ?

Pour les constructeurs et les architectes il n'y a pas de véritable marché, toujours en se référant à celui de la maison individuelle ou les architectes n'accèdent pas vraiment. Les thermiciens ont aussi du mal car des logiciels sur le solaire passif n'existent pas vraiment. En effet il est très difficile de quantifier le comportement des gens.

Des formations existent dans les écoles d'architecture destinées aux étudiants. Ceux-ci sont en général intéressés par le sujet et les possibilités offertes par la bioclimatique, mais comme il n'y a pas de demandes la concernant mais plutôt une demande d'architecture voyante, c'est ce qu'ils font. Je ne sais pas ce que donnent les formations HQE.

Les architectes s'engagent-ils de plus en plus dans cette voie ou n'est-elle encore que le fait de quelques pionniers ?

Nous sommes encore des pionniers dans ce domaine mais nous sommes un peu plus nombreux aujourd'hui qu'hier. C'est à dire que de 10/15 on a dû passer à 20/40 en France.

Quels sont les développements technologiques espérés ?

Nos attentes concernent surtout la production de matériaux sains et recyclables qui utilisent le moins d'énergie possible pour leur fabrication et qui ont des performances d'isolation, de stockage et de captage de l'énergie solaire. Par exemple, la brique monomur de chez Porotherm avec laquelle on n'a plus besoin d'isolant intérieur ou extérieur et qui par sa masse peut aussi stocker la chaleur. Autre exemple, le vitrage à faible émissivité est un nouveau produit qui laisse rentrer un maximum d'énergie, et surtout ne la laisse pas ressortir, ce qui permet là encore d'importants gains d'énergie. Hélas, ce vitrage est de 5 à 10% plus onéreux qu'un vitrage habituel.

Peut-on imaginer une standardisation qui permettrait par exemple de faire baisser les coûts et de généraliser la construction bioclimatique ?

En ce qui concerne le chauffage de l'eau chaude sanitaire avec des capteurs solaires, ceci devrait être obligatoire dans toute construction neuve ou à réhabiliter si cela est possible. C'est le cas à Barcelone (Espagne) depuis un arrêté du 30 Juillet 1999.

En France, dans le règlement d'un lotissement en construction à Perpignan par exemple, la pose de capteurs solaires pour l'eau chaude sanitaire est obligatoire et tout se passe très bien.

Quelle est l'attitude des pouvoirs publics (Etat, collectivités locales, DDE, etc...) ?

La encore, à cause de la méconnaissance du sujet, l'attitude des pouvoirs publics est le plus souvent négative quand on propose quelque chose. Nous espérons que la notion de développement durable, de mieux en mieux comprise, fasse évoluer cette situation.

Propos recueillis par Christophe Leray

Contact :
Mimi Tjoyas

16 rue Pierre Vidal, 66000 Perpignan.
Tel : 04 68 52 92 55
email : mimi.tjoyas@club-internet.fr

Photos courtoisie de Mimi Tjoyas et du site
www.outilssolaires.com

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