• Accueil
  •  > 
  • Architecture bioclimatique en milieu tropical
Rejoignez Cyberarchi : 

Architecture bioclimatique en milieu tropical

©AREIS Adrien : Copyright 2019

Récompensé pour son école bioclimatique à La Réunion, l'architecte Antoine Perrau défend une approche pluri-disciplinaire. Chacun de ses projets (logements, équipements, etc.) impliquent tous les maillons de la chaîne construction. C'est le cas, notamment, à Coeur de ville, un écoquartier sorti de terre à La Possession.

 
 
A+
 
a-
 

Cyberarchi.com : Comment fait-on de l'architecture bioclimatique, en milieu tropical ?

 

Antoine Perrau : La spécificité de l'architecture tropicale, c'est que pour faire du bioclimatisme, c'est à dire travailler avec le climat et non contre lui, il faut ouvrir les fenêtres, au sens propre comme au sens figuré. Pour ne pas avoir à climatiser, on a besoin de la ventilation naturelle. Cela nécessite une interaction entre l'intérieur du bâtiment et l'extérieur, entre les aménagements périphériques du bâtiment, et le bâtiment lui-même, et entre le bâtiment et la ville. Tous ces problèmes doivent être traités dans leur entièreté, on parle de vision holistique : c'est multi-critères et multi-professions. L'architecte tout seul ne peut pas régler tous les problèmes.

 

Notre idée a été d'élargir notre regard, et nos compétences, pour mieux englober cette philosophie générale. On a donc créé notre bureau d'étude qui travaille sur des zones d'activités, fait du conseil environnemental, par exemple pour l'Aéroport de Roland Garros, sur les extensions. Les architectes-paysagistes travaillent sur tous les aménagements de nos projets, et sur d'autres projets, par exemple l'Etang du Gol, pour le Conservatoire du Littoral. On est passé en BIM il y a quatre ans pour avoir une meilleure maitrise de projet, de la conception à la déconstruction, et transmis éventuellement au maître d'ouvrage.

 

Partager des outils et une philosophie

 

On a aussi créé un bureau d'études structure il y a un an et demi, le Laboratoire d'études techniques, pour maîtriser les aspects structurels et techniques de nos projets. L'idée est de créer un environnement de sociétés autour de l'agence d'architecture, qui travaille avec les mêmes outils et la même philosophie. Cela fait un groupe d'une trentaine de personnes qui gravitent autour de ces métiers de la maitrise d'oeuvre et de l'ingénierie. Globalement, sur les appels d'offres auxquels on répond, on essaie de répondre tous ensemble. Il peut y avoir des cas particuliers, où l'on fait appel à des savoirs-faire extérieurs, comme l'acoustique.

 

3°C de gagnés grâce au végétal

 

On sait certaines choses de manière intuitive, mais on essaie de le démontrer avec des projets de recherche, sur lesquels on a été retenu. Par exemple avec l'Ademe, on travaille sur le projet Jaco (des Jardins pour le Confort). L'idée c'est de caractériser l'efficience du végétal en périphérie d'un bâtiment. Aujourd'hui on sait que le végétal à l'échelle d'une ville va refroidir, on appelle ça l'ilot de chaleur ou l'ilot de fraîcheur. Mais à l'échelle du bâtiment on a moins de données. Nous travaillons avec le laboratoire Piment, le laboratoire de physique du bâtiment de l'Université de La Réunion. On a fait des mesures sur ce bâtiment en 2011, entre l'intérieur des bureaux et l'autre côté de la rue il y avait 7°C de différence de température, au plus chaud de l'été. La végétation n'était alors pas encore mature. On a refait les mêmes mesures en 2018, dans les mêmes conditions, la différence était de 10°C. On a gagné 3°C avec le végétal.

 

Les cases créoles, déjà, étaient entourées de jardins arborés…

 

Elles le faisaient, de manière consciente ou non, parce que c'était, devant, un jardin d'apparat, et derrière, un jardin nourricier. On ne peut pas, aujourd'hui, tous avoir une maison. Il faut arrêter de grignoter sur les terres agricoles, les champs de canne, la foret. Donc il faut densifier, mais de manière acceptable. Il faut arriver à trouver le même confort qu'une maison traditionnelle, mais avec des formes contemporaines. Ce n'est pas une chimère, on peut y arriver, dans certaines conditions que l'on commence à maitriser. Au départ c'est une intuition, un savoir-faire, ce que l'on appelle « la règle du pouce », et sur lesquels maintenant on essaie d'éliminer le plus possible d'aléatoire, pour optimiser le résultat. L'idée c'est d'arriver à rassurer le maitre d'ouvrage, en expliquant qu'un projet sans climatisation ne veut pas dire un projet sans confort. Le confort va être atteint autrement qu'en dépensant de l'énergie qui coute cher. Nos locaux consomment à peu près 30 kWh/m²/an, là où des bureaux standards vont consommer entre 100 et 150. Sans faire de la haute technologie, ça ne tombera jamais en panne, puisqu'il n'y a pas de système. C'est un bâtiment résilient, en cas de gros évènement, un cyclone par exemple, avec une coupure de courant, on peut continuer à travailler, on ne va pas mourir de chaud.

 

Coeur de ville est un écoquartier et nouvelle ZAC de La Possession en partenariat avec la SEMADER. Projet d'urbanisation et d'habitat dans le respect du patrimoine, il se veut moderne et innovant. Comment avez-vous abordé ce projet ?

 

Sur Coeur de ville, on ne fait pas l'architecture. On est urbaniste. On a défini des règles pour qu'on puisse générer le droit à la ventilation naturelle. On a réfléchi à l'organisation d'un quarter pour que tous les bâtiments dans ce quartier puissent avoir accès à la ventilation naturelle. Sans se gêner les uns les autres pour pouvoir atteindre le confort souhaitable avec la ventilation naturelle. Notre plan pour ce quartier définit la dimension, l'épannelage et la typologie des bâtiments. Et après ça les architectes doivent respecter ces règles pour construire. Cette mission a été réalisée avec des moyens de pointe puisqu'on a travaillé avec la soufflerie parisienne des laboratoires Eiffel, et avec un ingénieur spécialisé qui nous accompagne sur tous nos projets quand on a des problématiques un peu spécifiques ou plus compliquées qu'un bâtiment de base. On voit comment optimiser le projet en fonction de la chaîne de ventilation naturelle, qui part de la station météo, va sur la topographie environnante, la rugosité, l'environnement du bâtiment, sa forme, son enveloppe, et son organisation interne. Si un seul de ces éléments est mal conçu, cela ne marche pas.

 

Des jardins utiles

 

Nous sommes paysagistes sur ce projet. On a fait un gros travail sur le paysage, pour avoir ces ilots de fraicheur. Au delà de ça, le paysage nous sert aussi à gérer les eaux pluviales, on a supprimé les tuyaux pour évacuer les eaux pluviales. L'eau qui tombe du ciel, on la garde sur le terrain, on la temporise et on l'infiltre dans des ouvrages de temporisation et d'infiltration, qu'on végétalise. Ce sont des jardins utiles, qui ont pour but de garder l'eau le plus longtemps possible sur le terrain, lui donner le temps de s'infiltrer, de s'évaporer, d'être absorbée par les végétaux. En cas d'évènement exceptionnel, l'eau peut quand même partir. Mais sur des occurrences vingtennales, on garde toute l'eau. Ce qu'on ne maîtrise pas tout à fait, ce sont les occurrences cinquantennales. 

 

Garder l'eau

 

On a eu un gros cyclone sur une opération, le lycée de Sainte-Anne, il n'y a pas eu une goutte d'eau qui est sortie du terrain. C'est toute une réflexion sur un étagement de la gestion des eaux pluviales dans la pente, avec des bassins en sur-verses successives, dans la pente, avec un bassin final qui a une sur-verse finale au réseau, mais qui n'a jamais été utilisée. On ne fait pas de cours bétonnées, on n'imperméabilise pas les sols. Le végétal nous aide donc à traiter l'eau, et tout le côté esthétique et biodiversité.

 

Recueilli par Laurent Perrin

 
ZAC coeur de ville de la Possession
Ilet du centre à St Pierre
Ilet du centre à St Pierre
Ilet du centre à St Pierre
Ilet du centre à St Pierre
Ilet du centre à St Pierre
Ilet du centre à St Pierre
Ilet du centre à St Pierre
Ecole de bois d'olives à St Pierre
Ecole de bois d'olives à St Pierre
Ecole de bois d'olives à St Pierre
Ecole de bois d'olives à St Pierre
Ecole de bois d'olives à St Pierre
ZAC coeur de ville de la Possession
ZAC coeur de ville de la Possession
ZAC coeur de ville de la Possession
ZAC coeur de ville de la Possession
ZAC coeur de ville de la Possession
ZAC coeur de ville de la Possession
ZAC coeur de ville de la Possession
ZAC coeur de ville de la Possession
ZAC coeur de ville de la Possession
Mot clefs
Catégories
CYBER