• Accueil
  •  > 
  • Après Cannes, voici venu le temps des intermittents de l'architecture
Rejoignez Cyberarchi : 

Après Cannes, voici venu le temps des intermittents de l'architecture

C'est en s'adressant aux directeurs d'écoles d'architecture que Renaud Donnedieu de Vabres a mis fin au suspense. La réforme de l'enseignement sera celle proposée, dans le fond et la forme, par la DAPA. Aux organisations professionnelles de discuter, si elles le souhaitent, des détails.

 
 
A+
 
a-
 

«Ce sont des innocents». Patrick Colombier, président du Syndicat de l'Architecture (SA) a l'ironie mordante après lecture du premier discours de Renaud Donnedieu de Vabres (RDV), ministre de la Culture, consacré à l'architecture. Un discours prononcé le 14 mai dernier dans le cadre d'une rencontre du ministre avec les directeurs des écoles d'architecture et les présidents des conseils d'administration.

Ce texte est en grande partie convenu et superficiel avec des phrase telles que «l'architecture fait partie de la culture», «cadre de vie que nous transmettrons aux générations futures» et autres envolées poétiques telles «le frimas qui s'annonçait au printemps» ou encore «arpenteurs de l'espace urbain». Cela dit, il est loin d'être innocent. (Pour lire l'intégralité du discours du ministre, cliquez ici)

«Mon ambition ne se limite pas à une meilleure allocation des ressources (Jean-Jacques Aillagon, son prédécesseur, appréciera), nécessaire pour consolider la capacité des écoles à tenir leur rang en Europe», dit-il. De fait, les écoles d'architecture vont changer de statut puisque, d'établissements publics administratifs, elles deviendront, par décret soumis au Conseil d'Etat «d'ici la rentrée d'octobre», des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel, «très proches des universités».

Concernant les détails de cette «meilleure allocation des ressources», on s'avoue un peu embêté au ministère. «Vous me posez une colle», explique un responsable de la communication avant d'estimer qu'il s'agit soit de «répartir plus efficacement les ressources ou d'un accroissement du budget disponible» ; «c'est comme cela que je le traduits», dit ce responsable.

Quant au rapprochement avec l'enseignement universitaire et la volonté du ministre de «mieux former et en plus grand nombre des architectes d'excellence dans la diversité de leurs pratiques», c'est la «meilleure façon de former des chômeurs et des intermittents de l'architecture», grince François Pélegrin, président de l'Union nationale des sociétés française d'architecture (UNSFA).

Plus fâcheux encore pour les organisations professionnelles est que la réforme de l'enseignement telle qu'elle a été prévue par la Direction de l'Architecture et du Patrimoine (DAPA), et qu'elles pensaient encore ouverte à concertation, semble d'ores et déjà actée par RDV. (voir à ce sujet la tribune de Ann-José Arlot, Directrice, chargée de l´architecture, adjointe au directeur de la DAPA, 'Remarques sur la réforme du 3-5-8').

En effet, les trois aspects importants, selon lui, de cette réforme - renforcer la qualité de l'enseignement et maintenir la diversité du métier d'architecte ; diversification du cursus généraliste ; augmentation 'raisonnée' du nombre des architectes - «justifient la reconnaissance d'un diplôme d'architecte à 5 ans, et la prolongation possible, pour les architectes qui le souhaitent, d'une année d'approfondissement reconnaissant la capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre. L'un et l'autre seront évidemment délivrés par les écoles d'architecture», a-t-il expliqué. «On a beau changer de ministre, on ne voit pas beaucoup d'évolution puisque c'est exactement le même programme», se désole F. Pélégrin. La mobilisation des professionnels semble en effet avoir été vaine de ce point de vue et leur proposition de licence d'exercice restée lettre morte.

Au moins ce paragraphe aura-t-il mis les étudiants et les représentants des organisations professionnelles d'accord car les uns comme les autres sont justement arc-boutés, pour des raisons différentes, contre cette réforme. Les premiers parce qu'ils ne veulent pas d'un diplôme d'architecte qui ne leur permet pas de construire, les seconds parce qu'ils estiment que l'article 14 du projet d'arrêté, qui stipule que «la période de mise en situation professionnelle dans les milieux en lien avec les maîtrises d'oeuvre (sic) est d'une durée globale minimale de 6 mois à temps plein», est un non-sens, eux-mêmes ayant proposé dans leur Livre Blanc publié en février dernier une période de... trois ans.

Peu d'architectes estiment en effet possible qu'une formation à la maîtrise d'oeuvre «fondée à la fois sur des périodes de mise en situation professionnelle et sur des enseignements théoriques et pratiques qui doivent venir nourrir la conception d'un projet qui matérialise les acquis de l'architecte dans une perspective de maîtrise d'oeuvre» (in la tribune de Ann-José Arlot déjà citée) soit réalisable en six mois.

Circonstance aggravante à leurs yeux, une réunion de concertation entre les enseignants, la DAPA et les syndicats et le Conseil national de l'Ordre des architectes (CNOA) est (était ?) prévue le 3 juin prochain pour justement discuter de cette réforme. «Cela démontre que Ann-José Arlot n'a strictement aucune intention de négocier ou de discuter avec la représentation professionnelle», fulmine Patrick Colombier. «Si c'est pour nous dire 'c'est ça et pas autre chose', ce n'est pas de la concertation, et à ce compte là, nous avons autre chose à faire», fulmine François Pélegrin. «C'est la politique du fait accompli et du rouleau-compresseur ; ils avancent sans s'apercevoir que personne ne suit», ironise Nabil Hamdouni, étudiant à l'EA Paris Belleville. Au ministère l'embarras est perceptible : «les détails seront discutés lors de cette réunion de concertation», dit-on.

Pour finir, le discours de RDV soulève quelques interrogations. En effet, cette réforme de l'enseignement pourra être mis en oeuvre dès la prochaine rentrée par «toutes les écoles qui le souhaiteront». En clair, à la rentrée prochaine tous les étudiants ne seront pas à la même enseigne. De plus, Ann-José Arlot avait bien précisé que «le détail du contenu pédagogique de cette réforme est bien évidemment essentiel et relève, dès lors que les grands principes et objectifs de l'enseignement sont fixés dans les textes réglementaires, de l'autonomie des établissements publics que sont les écoles d'architecture». Si les écoles sont libres de décider quel type de formation elles vont offrir, comment en ce cas l'Etat pourra-t-il garantir la qualité de l'enseignement au moment de délivrer un diplôme national d'exercice de la maîtrise d'oeuvre ?

«Avant d'harmoniser avec l'Europe, ce serait pas mal d'harmoniser en France», conclut Nabil Hamdouni.

Christophe Leray

Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER