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Après bien des répétitions, Bruno Rollet a trouvé sa place dans le décor

© Cyberarchi 2019

Bruno Rollet aime que son architecture donne à voir la ville tout en devenant elle-même constitutive du paysage puisque, souvent, "les voisins vont plonger leur regard sur cet endroit" qui n'est pourtant qu'une "intervention" dans le paysage urbain. Passé directement de l'école à la pratique de sa propre agence, il a développé une méthode de pensée personnelle. Portrait.

 
 
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"On peut comparer le métier d'architecte à celui de comédien : d'abord il y a des lectures, puis des répétitions de plus en plus précises puis la générale et enfin, face au public, la première", explique l'architecte Bruno Rollet. Il sait de quoi il parle puisque sa compagne est... comédienne et actrice de théâtre et que sa vie et son métier, qui se confondent, se déroulent en séquences successives, comme une mise en scène. Sauf que pour ni l'une ni l'autre le scénario n'était écrit.

"Ce qui m'intéresse est la succession d'idées qui aboutit au projet : la validation des étapes est un fil conducteur", dit-il. "Mes projets ne sont pas des coups mais un processus de réflexion qui se nourrit de techniques, de programmes, de contraintes". Son travail de fin d'études, le programme de 'l'American Center à Bercy' de Franck Gehry (Ecole d'Architecture de Paris Belleville), était déjà une analyse de l'acte projectuel conduisant au projet d'architecture.

Pas d'unité de lieu dans ce scénario en tout cas. "Je ne suis de nulle part, j'ai beaucoup voyagé quand j'étais minot", explique Bruno Rollet. Père pilote, mère au foyer, sept enfants, il n'était pas question d'architecture à la maison. "Au tout début, je voulais être paysan écologique ; un paysan dans le paysage, pas un céréalier", explique-t-il. Pas simple sans terres. Alors, Bruno Rollet "rêve" de serres horticoles. Il sera en attendant manoeuvre sur les chantiers à Grenoble pendant un an, puis passe un an au bureau des paysages d'Alexandre Chemetoff. Lequel le convainc de reprendre ses études. Ce sera paysagiste. Mais il faut deux années de prépa et Bruno Rollet s'inscrit pour deux ans à l'école d'architecture de Belleville. "Je suis devenu architecte au fil des ans à l'école", dit-il aujourd'hui.

La séquence paysage est restée au montage. "Le thème du paysage est toujours présent. Un lieu, quel qu'il soit, dans un champ, dans un bled, dans une ville, dans une rue, a une géographie, une géologie, un sol, un sous-sol, le soleil, des voisins, des expositions, etc. Ces thèmes forment le fond de mon projet sur lequel, à un moment, en tant qu'homme qui a un métier, j'interviens", dit-il. Son premier concours gagné - la construction d'une école maternelle à Vitry-sur-Seine (94) - qui était le premier concours auquel il participait est significatif de cette maîtrise du décor, s'il est permis de l'écrire ainsi. "Je n'avais pas d'expérience en agence. J'ai donc réalisé une petite perspective mais fait le plan masse sur une grande carte IGN ; on voyait le parc, les terrains de sport, l'école dans un grand périmètre", dit-il. L'extension de l'école maternelle Pierre Curie, Gentilly (94) n'est qu'un "balcon sur le paysage" et le concours pour la construction d'un centre équestre à Tremblay en France (93) "rien d'autre, au fond, qu'un travail sur le paysage". La première fois que CyberArchi a publié Bruno Rollet (en septembre 2005), sans le connaître, c'était justement pour présenter ses "serres agricoles" destinées à valoriser le Parc des Lilas à Vitry-sur-Seine*.

Action. "Le lendemain de mon diplôme, j'étais à l'URSSAF pour m'inscrire en tant que travailleur indépendant. Je n'ai jamais travaillé en agence. Mon apprentissage, je ne le fais pas chez les autres mais chez moi". L'URSSAF n'a pas eu à attendre longtemps ses premières cotisations. Dans la foulée de son diplôme, il se voit confier un premier projet, l'agrandissement et une transformation de la Maison pour Tous d'un quartier d'Athis-Mons (91), qu'il gagne "avec un vrai discours sur le quartier et la cité". "A l'oral, je dis au maître d'ouvrage stupéfait : 'Mais votre quartier, il est beau'". En effet, soutient-il, les espaces publics sont entretenus, il y a des rues, des bus, etc., la cité est reliée à la ville. "On me file un projet à trois millions de francs ; à 30 ans, tu y vas". C'est autant son parcours d'homme que d'architecte qu'il entame alors. "A l'époque, j'étais un boxeur. Je me suis 'frotté' avant de comprendre que le conflit est source d'échec. Aujourd'hui, j'ai compris qu'il est plus opportun d'être à l'écoute du maître d'ouvrage et des utilisateurs et que faire des projets qui ne fonctionnent pas, ne m'intéresse pas", dit-il. "J'ai eu des choses à prouver, ce n'est plus le cas". Ce qu'il a perdu en solitude, tâtonnements et incertitudes il l'a gagné en indépendance et liberté de pensée.

Par exemple. Pour la crèche et jardin d'enfants des rues de Belleville et Romainville à Paris 19ème, qu'il a livrés en février dernier, le programme prévoyait l'entrée de la crèche et des services rue de Romainville et celle du jardin d'enfants rue de Belleville. Bruno Rollet estimait que l'entrée du public des deux équipements devait se faire dans la continuité du mail de la rue de Belleville au travers d'une cour, "lieu de partage entre les deux programmes" et l'entrée de service rue de Romainville. Une réinterprétation gagnante du programme qui laissa pantois ses confrères. "Tu n'as pas le droit de faire ça", lui dit un concurrent. "J'ai tous les droits", répond Bruno Rollet. Cela dit, il était heureux de le gagner ce concours.

Aujourd'hui, il parle du "plaisir de faire", de "plaisir base de la vie", "d'envie". "C'est un métier tellement beau, il ne faut pas s'en priver", dit-il. "Je me suis dessiné les conditions pour le faire avec beaucoup de quiétude, de douceur et d'amour". Il a fallu des séquences émotions pour dire, à 47 ans, "être arrivé à un moment de la vie où il n'y a plus de souffrance". "Ma famille, avec mes enfants (une fille de 18 ans, un garçon de 12 ans), est devant moi", dit-il. Il peut en dire autant de son métier et de son architecture qui gagne en légèreté.

Il mène son agence à sa main - trois personnes, lui y compris - afin de rester maître du temps et des projets. Travailler moins pour travailler mieux. "J'essaie d'éviter de dépenser de l'énergie là où ça ne va pas porter de fruits. Avant, je faisais 100 dossiers par an, aujourd'hui j'en fais cinq. Je cible de plus en plus en essayant de rencontrer des maîtres d'ouvrage que je ne connais pas mais dont le projet urbain m'intéresse, ce qui est le contraire d'aller à l'inconnu dans des endroits où l'on a de fortes chances de se ramasser. A 30 balais, je pensais pouvoir construire dans toute la France, pour m'apercevoir que tu vas en Essonne et que tu n'es déjà plus un local", dit-il. La sérénité ne l'empêche pas de n'en penser pas moins.

Studio indépendant, réfractaire au "formatage", il considère "qu'il y a des mecs qui sortent de l'école qui sont bons et qui ont besoin de boulot et que des échelles de projet permettent de démarrer des agences". Pour sa part, après 15 ans de pratique et une dizaine de réalisations, il forme le souhait de pouvoir réaliser des projets de plus en plus importants et de ne pas enlever le pain de la bouche de ses jeunes confrères. C'est sa façon de mesurer le chemin parcouru.

Synopsis d'un futur annoncé. Le concours, perdu, pour la construction d'une école maternelle à Choisy le Roi (94) témoigne de ses intentions. Il décrit : "Les enfants peuvent regarder le paysage fluvial puisque la Seine passe à proximité. Le toit est planté comme un jardin à thèmes et les enfants peuvent faire la classe à l'air libre, avec une pergola qui offre de l'ombre en été. Le logement de fonction est aussi sur le toit et une promenade en coursive permet de montrer la ville et le fleuve". Il se doutait qu'une telle proposition ne passerait pas mais il a fait comme il l'entendait. "A un moment donné, on a un peu de métier et c'est notre rôle de proposer des choses. On dessine des structures mais nous n'avons pas besoin de figer les projets", dit-il.

Dans son agence de l'avenue de la République à Paris, c'est le temps qui semble figé. Des plafonds hauts, un grand volume lumineux sur des planchers qui grincent, des peintures défraîchies et le sentiment d'entrer dans un atelier d'artisan un peu farouche, un peu secret, à l'écart de l'agitation du monde. Une distance volontaire - "J'ouvre rarement l'agence à d'autres" - mais impression trompeuse cependant puisque, au final, l'homme est papa poule au possible et sans doute très bon public au théâtre. Parlant de l'une de ses réalisations (lycée Jules Ferry, Conflans Sainte Honorine (78)), Bruno Rollet explique que "l'on n'est pas là pour qu'on nous voit du dehors, l'important est d'essayer de bien faire à l'intérieur". Il pourrait aussi bien parler de lui-même.

Christophe Leray

* Lire également notre article 'Bruno Rollet en-serre le Parc des Lilas de Vitry'.

Lire également notre article 'Crèche et jardin d'enfants de 60 berceaux et 60 places à Paris, signés B. Rollet' et consulter notre album photos 'De l'école d'architecture aux écoles de l'architecte Bruno Rollet'.

Après bien des répétitions, Bruno Rollet a trouvé sa place dans le décor
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