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Appel aux architectes du Syndicat de l'Architecture

© Cyberarchi 2020

A l'aube d'une nouvelle législature, le Syndicat de l'Architecture, conformément à sa Charte, exerçant son devoir d'ingérence, rappelle quelques-unes des valeurs d'humanisme, de tolérance et de justice sociale qu'il défend et appelle tous les architectes à prendre leurs responsabilités. Tribune.

 
 
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LE LOGEMENT SOCIAL : L'URGENCE

La France recense aujourd'hui plus de 3 millions de mal-logés. Il faut donc refonder la politique du logement social visant non seulement à construire rapidement et massivement mais aussi à construire qualitativement des logements diversifiés permettant une offre correspondant aux besoins.

Dans ce contexte de pénurie, et alors que 1,3 millions de demandes de logements sociaux ne sont pas satisfaites, il nous semble particulièrement indécent de proposer "qu'au niveau national, 1% chaque année du parc social soit vendu pour que le rêve de la propriété soit accessible à tous" et de tolérer que des communes refusant d'appliquer la loi SRU préfèrent payer des pénalités plutôt que de réaliser les 20% de logements sociaux par commune, notamment pour favoriser la mixité sociale.

LA CRISE DES QUARTIERS, LES BANLIEUES ET LA VILLE

Dans ce contexte de "souffrance sociale", les ambitions personnelles, les préoccupations électorales et la démagogie sont particulièrement mal venues : il est certes plus facile de déclarer publiquement l'ouverture de la chasse à "La racaille" que de réfléchir à la politique qui a abouti à cette situation désespérante et de s'atteler au moins à atténuer les effets de la discrimination sinon à en corriger les causes.

Nous, architectes, aurions aimé entendre des propositions de nature, entre autre, à réconcilier l'architecture avec la ville.

Si l'architecture n'est pas en mesure à elle seule de résoudre la crise de la ville et des périphéries urbaines, si elle ne peut apporter à elle seule une solution à l'exclusion sociale, encore faut-il qu'elle ne l'aggrave pas.

L'URBANISME ET LE DEVELOPPEMENT DURABLE

Le devenir de nos villes et l'évolution de l'architecture sont des questions vitales pour l'avenir de notre société.

L'urbanisme de zonage en vigueur depuis cinquante ans privilégie les flux, la simple fonctionnalité et organise la ségrégation au détriment de l'espace public et de la mixité des usages, méconnaissant ainsi la complexité des phénomènes urbains? Il est temps de promouvoir une nouvelle pratique : le projet urbain dont les règles viseraient, outre la résolution des grandes fonctions urbaines, une maîtrise des espaces publics et une adéquation entre les équipements collectifs, l'habitat et les lieux de travail pour retrouver le sens de la ville dans la perspective d'un développement durable.

Dans cette optique, il nous semble urgent de freiner le développement des lotissements qui mitent les paysages, qui coûtent cher à la collectivité en infrastructures et aboutissent à accroître la pollution.

Il est temps de tenir un discours responsable et d'investir dans un urbanisme où les valeurs collectives et citoyennes seraient réhabilitées, plutôt que de favoriser par des aides diverses une catégorie de population. Il est urgent que la question urbaine dans toute sa complexité revienne au coeur du débat démocratique.

L'ARCHITECTURE PUBLIQUE ET LES PPP

L'adoption par ordonnance, c'est à dire sans débat parlementaire de la procédure des contrats de Partenariat Public Privé a ouvert la voie à un transfert au secteur privé du "marché" des bâtiments publics.

Les bâtiments publics : les écoles, les commissariats, les hôpitaux, les universités seront ainsi la propriété de groupes financiers auxquels l'Etat ou les collectivités locales paieront un loyer. En dépit des engagements pris par deux ministres de la République, en 2003 de limiter l'usage des PPP, la majorité actuelle entend les généraliser à tout type et toute taille de projet.

Au moment où la Grande-Bretagne porte un regard très critique sur cette procédure, dont les résultats en termes financiers et architecturaux sont loin d'être probants, le Syndicat de l'Architecture rappelle son hostilité aux PPP qui repose sur une triple défiance :
- le renoncement de la responsabilité de l'Etat et des collectivités locales à leur rôle de maître d'ouvrage représentant l'intérêt général, le bien commun et son transfert à des spécialistes privés dont l'intérêt naturel est de réaliser le maximum de profit.
- les conséquences prévisibles sur le sens et la qualité des bâtiments
- le coût final payé par les citoyens dans 20, 30 ou 50 ans qui sera forcément supérieur aux réalisations 100% publiques car il faut bien, notamment, rémunérer les actionnaires.

Nous demandons la suppression de cette procédure ou, à tout le moins, un débat au parlement permettant de limiter strictement l'usage d'une procédure qui autorise toutes les suspicions.

POUR UNE POLITIQUE ARCHITECTURALE

L'Architecture est l'objet d'une Loi qui lui reconnaît son caractère "d'intérêt public", elle est tout à la fois :
- une nécessité sociale : tout au long de leur vie, tous les citoyens ont besoin de bâtiments pour accueillir différentes fonctions : habiter, s'instruire, travailler, se cultiver, se soigner, se distraire ;
- un enjeu culturel : les bâtiments participent de notre culture par leur conception et leur expression, ils sont une part de notre patrimoine commun ;
- une activité économique : par l'investissement financier lié à la construction, la maintenance, l'entretien et les emplois attachés à ce secteur d' activité ;
- un enjeu environnemental : le bâtiment pour sa construction et son usage, consomme notamment 50 % des ressources naturelles et 40% de l'énergie.

Le Syndicat de l'Architecture, appelle de ses voeux la mise oeuvre d'une politique architecturale globale et continue envisageant tous ses aspects et mobilisant les moyens financiers à la hauteur des enjeux pour :
- réconcilier l'architecture et les citoyens par la sensibilisation dès l'école et le développement de la culture architecturale ;
- permettre aux élus d'exercer leur responsabilité en matière d'exemplarité et de qualité, réformer les outils d'urbanisme et les autorisations administratives dans le sens du développement durable, leur permettre d'assumer pleinement leur rôle de maître d'ouvrage public face aux intérêts privés ;
- favoriser l'excellence de la formation initiale et continue des architectes, garantir l'amélioration de la pratique architecturale notamment en permettant aux jeunes diplômés une réelle immersion professionnelle.

Le conseil d'administration du Syndicat de l'architecture

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