• Accueil
  •  > 
  • AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
Rejoignez Cyberarchi : 

AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage

© Cyberarchi 2019

Christophe et Olivier Defaye et Bruno Pellier ont fait leurs classes à l'école d'architecture de Bordeaux. Ces pionniers de l'animation 3D produisent en France et au Japon des films de concours mais aussi, entre autres, des pubs, des clips et des séries animées. Si le potentiel de leur société, AOKI, semble incommensurable, leur 'formation architecturale' n'y est pas pour rien. Portrait.

 
 
A+
 
a-
 

Entre deux projets, deux tournages, deux prises de vue, le Studio AOKI rue de Flandres à Paris semble désert. Ce n'est qu'un trompe l'oeil, le nombre de machines attestant de l'activité qui doit en d'autres occasions y régner. Dans un coin une table basse pour recevoir, un canapé, un fauteuil et un tatami. "Il y a une logique et une envie générale de travailler sur des projets de taille et d'essence plus complexes, ce qui signifie, à un moment donné, le besoin de grandir", explique Bruno Pellier, l'un des trois fondateurs, avec Olivier et Christophe Defaye, d'AOKI. "La structure possède un gros potentiel de développement : soit on dope le travail commercial ou soit on reste un studio", opine Olivier Defaye. Des architectes qui s'interrogent sur leur devenir de leur agence ? Oui et non.

Non, sans doute parce que l'ambition de départ, en six ans, s'est révélée insuffisante quant à la hauteur de leur talent, de leur inventivité et de leur esprit d'entreprise et voilà ces architectes fondateurs devenus aujourd'hui réalisateur, directeur artistique et producteur. De fait, AOKI est, administrativement parlant, une société de production audiovisuelle. Les architectes furent ses premiers clients, ils ne sont plus les seuls, l'expertise architecturale du trio s'étant révélée être une valeur ajoutée inestimable auprès des uns et des autres.

"L'architecte est la clef de voûte d'un projet : il sait tout faire un petit peu et se retrouve de plus en plus dans la position d'un producteur", expliquait début 2003 Olivier Defaye à CyberArchi lors d'une première rencontre. Il ne croyait pas si bien dire (non, sans doute le croyait-il) puisque le collectif à l'initiative d'une société de communication spécialisée pour les projets d'aménagement (architecture, paysage, immobilier, urbanisme...), devenue AOKIsimulation, est aussi désormais un collectif dirigeant un véritable studio d'animation 3D, AOKIstudio, concevant et produisant des créations pour la télévision ou l'industrie du divertissement. Ce qui se traduit par la capacité à réaliser, au sens cinématographique du terme, aussi bien d'étonnantes vidéo d'un projet architectural (et quand ce dernier est lui-même ambitieux, le résultat final est impressionnant) que de géniaux petits films d'animation pour TF1 ou de remarquables clips pour des chanteurs de rap français ou de variétés japonaise. Dit autrement, les patrons d'AOKI ont gardé l'âme de chefs d'orchestre mais ont changé de partition. Ce que Bruno appelle évoluer dans des "univers hétéroclites, sympas et déments".

Dans ces univers, ce qui frappe (de façon subliminale sans doute pour le non sachant), est justement l'impact de "l'expertise bâtiment". La raison même pour laquelle Sega, la célèbre firme japonaise de jeux vidéo, a fait appel à eux pour la création de contextes de décor. "S'il y a un besoin de rue hausmannienne par exemple, un infographiste ne connaît pas la dimension d'une pierre de taille ou d'une porte. Autant de domaines où nous avons des automatismes, ce qui nous rend d'une part très performants au niveau de la rapidité d'exécution et de l'intérêt du résultat final en terme de concept de bâtiment mais surtout, d'autre part, nous permet de faire apparaître une conception fantasmagorique ou surréaliste dans un univers cohérent", explique Olivier.

En effet, si un graphiste peut inventer des détails à loisirs, un bâtiment et/ou un univers seront d'autant plus phénoménaux et crédibles que la porte d'entrée ou le réverbère sont conçus par des architectes. En clair, une ville même fantasmée ne peut être complètement inventée - du moins dans le cadre d'un cahier des charges où le temps est un facteur fondamental -, tout comme les châteaux de Walt Disney s'inspiraient de bâtiments existants. Le concours d'idée, dont celui gagné récemment en maîtrise d'oeuvre pour un projet monumental de Marina au Japon, a servi de première base à leur réflexion (APHELIES est la société qui, au Japon avec Christophe Defaye, mène à bien les projets de maîtrise d'oeuvre, tel encore celui de création d'un paysage à Taïwan).

"Je voulais faire archi", explique Olivier. A Bordeaux, école pionnière en informatique, il fait partie, avec Bruno et Christophe, des premières promotions d'étudiants qui ont intensément utilisé la 3D. S'ils s'achètent une table d'archi, ils la remplacent très vite par un ordinateur et s'ils travaillent en agence, c'est pour trouver à ce qu'on leur demande un caractère "ennuyeux". "La maîtrise d'oeuvre était loin de ce qu'on voulait faire ; on aimait travailler sur les concours", se souvient Olivier. "Rebuté par le chantier, nous avons décidé assez vite de trouver une autre manière de travailler cet intérêt pour l'architecture qui nous avait guidé jusque là", précise Bruno. Ils sont alors cinq associés à former un "groupe de travail utilisant des compétences dans différents domaines : maîtrise d'oeuvre dans le paysage, graphisme / illustration, 3D, visualisation, etc". Bientôt, ils ne sont plus que trois qui rationalisent leur projet et créent une boîte de production. Leurs premiers clients sont des architectes, des promoteurs privés et des maîtres d'ouvrage publics.

Dès octobre 2001, ils réalisent pour le Conseil général du Val-de-Marne une animation de 3' et d'images fixes grand format du Musée d'art contemporain (MACVAL - Architectes : Ripault-Duhart) et un CD-ROM ludo-interactif et d'images fixes grand format du Collège de Créteil (Architectes : Valero-Gadan). A peine deux ans plus tard, c'est à eux que AREP + SYSTRA confie la validation en phase APD du métro de Dubaï. Ils travaillent également, entre autres, pour les firmes japonaises Takenaka Corp.+RTKL (Korakuen Theme Park - 2001) et Shin Takamatsu & Ass. (Taipei Dome - 2006), en passant par ADPingéniérie / Paul Andreux (Aéroport de Wuhan), Arte Charpentier (Centre commercial à Shanghai) ou L&B+EDIFICE (Fashion City à Dubaï).

Surtout, si leur expertise d'architecte a permis de valoriser le travail de réalisateur - ils font appel à des chefs opérateur, des cameramen et des monteurs -, ce savoir faire acquis valorise désormais leurs films d'architecture. Ainsi, lorsqu'ils travaillent avec un architecte, au-delà de la communication rationnelle dans le cadre d'un concours, ils savent désormais "raconter une histoire" qu'ils déclinent à des échelles différentes, du territoire à la ville à l'édifice, jusqu'au mobilier. "La rigidité du travail traditionnel pour un architecte n'a certes rien à voir avec la créativité d'une pub, d'un clip ou d'un film d'animation mais on doit souvent expliquer à l'architecte qu'il faut mettre plus de vie et de créativité dans l'animation qu'il souhaite proposer à un concours", explique Olivier.

Même approche avec la maîtrise d'ouvrage publique. Ils comprennent parfaitement le besoin d'une ville, d'une SEM ou d'un Conseil général de communiquer sur un projet ou de mieux le comprendre, mais au-delà de la technique, les réalisations d'AOKI sont désormais mises en scène, avec un scénario, une dramaturgie. Les clients sont "bluffés" tandis qu'eux-mêmes se félicitent qu'il soit de plus en plus fait appel à eux justement pour leur créativité, d'autant plus qu'ils sont désormais libérés de la technique. L'évolution de leur société, et donc la création de AOKIstudio, est directement issue de cette logique. "Nous pouvons aujourd'hui imaginer un cabinet d'architectes virtuels", s'amusent-ils. Mais c'est surtout leurs premières séries en tant que producteur qu'ils ont aujourd'hui à l'esprit - AOKI a recruté en interne de talentueux graphistes - tandis que la variété de leur production semble infinie.

Enfin, au-delà de leur créativité d'artiste, il ne faut surtout pas sous-estimer ce qui a fait une partie de leur succès : leur organisation sur deux continents, en France et au Japon. Christophe Defaye, qui vit depuis 10 ans au Japon, a créé avec son épouse Makiko Aoki (un nom courant qui signifie l'Arbre Bleu) un bureau d'image et de maîtrise d'oeuvre à Tokyo dès mars 2001 puis travaillé avec de grands architectes japonais, dont Tadao Ando avant de remporter plusieurs projets de maîtrise d'oeuvre. Du coup, les deux structures - une quinzaine de personnes en France, une dizaine au Japon - s'enrichissent au contact l'une de l'autre, puisque l'une et l'autre travailleront sur les mêmes projets, qu'il s'agisse d'un clip pour Black Mamba (du rap français) ou Hayabusa (pop japonaise) ou de la conception d'un paysage. Idem pour les pubs ou les animations.

Surtout, AOKI est capable de rendre ses projets en un temps extrêmement court, rarement plus de trois mois, puisque en fonction du décalage horaire, une agence peut prendre le relais de l'autre. Cela sans même parler de l'enrichissement né du contact de deux cultures d'images, de deux cultures tout court. Pas étonnant donc que AOKI se lance dans la production de ses propres animés, bref dans la fiction.

D'où cette question que les architectes connaissent bien : grandir ou pas ? AOKI travaille déjà sur "des projets de taille et d'essence complexes" qui effectivement peuvent être compris comme l'ébauche de projets encore plus grands et plus complexes. Et si Olivier explique que ce potentiel se profile en "dopant le travail commercial", c'est que justement, à ce jour, ils ont bâti leur succès avec des clients qui ne s'adressent à eux rien que par le bouche à oreille (ce ne sont pas eux par exemple qui ont contacté CyberArchi mais l'inverse). "C'est gratifiant mais ça provoque des irrégularités de gestion", sourit Olivier. "Nous ne sommes pas motivés par l'argent mais on s'interroge sur la pérennité de la structure, qui doit vivre correctement : soit nous conservons cette notion de collectif qui est l'un des ressorts de notre créativité, soit on passe à quelque chose de plus sérieux qui nécessite de gros investissements", dit-il. La question les taraude mais la réponse est dans les gènes de la société. Un arbre, fut-il bleu, ne cesse de pousser et on utilise le terme aphélie en parlant de l'orbite effectuée autour du Soleil : les univers cohérents d'AOKI sont en expansion.

Christophe Leray

Lire également notre article 'Taipei Dome : Trois minutes de bonheur à Taiwan comme si vous y étiez' et consulter notre album photos animé 'La réussite d'AOKI n'est pas de la simulation'.

AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
AOKI : Le temps long de l'architecture en court-métrage
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER