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A Venise, les arbres de Raphaël Gabrion sont artificiels et font le pont

© Cyberarchi 2019

Un pont "habité", devenu musée tout en offrant à Venise ce qu'elle na pas : un jardin arboré. C'est le projet de l'architecte Raphaël Gabrion, primé récemment au concours 'Venise' organisé par Arquitectum. Un travail qui fait montre d'une grande poésie a indiqué le jury. L'architecte déplore le malentendu.

 
 
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Son anniversaire, il vient d'avoir 30 ans, Raphaël Gabrion l'a fêté sur un chantier. Tout un symbole pour un jeune architecte qui constate "commencer à penser comme on pense quand on va construire". Cela l'énerve donc "un peu" quand on le perçoit plus artiste qu'artisan alors que, quand il se regarde, lui voit l'inverse. Du coup, le fait d'être parmi les lauréats - deuxième mention - du concours Arquitectum d'un pont-musée à Venise, seul français retenu parmi 516 projets d'un concours international, le rend mi-figue mi-raisin. Non qu'il soit malheureux que son travail soit, de nouveau, remarqué - il est dans le palmarès (lauréat ou mentionné) de sept concours d'idées en cinq ans - mais le fait de recevoir la mention du "projet poétique" douche son enthousiasme.

Il parle de nature mais sa préoccupation est bien celle d'un urbaniste. "C'est en visitant les Buttes-Chaumont à Paris que j'ai découvert qu'il n'y a de vraie nature que celle de l'artifice. Venise est la ville rêvée artificielle, avec un sol minéral réinventé, dans laquelle les arbres sont rares et précieux, confinés dans des jardins privés. J'avais envie de proposer un square végétal offert à tout le monde, de démocratiser ce luxe. En même temps il ne pouvait s'agir que d'un artifice, d'une tranche de territoire importé". Un premier dessin : des pots avec des arbres, des reflets de gondoles qui le conduisent à explorer les notions de surface et sous-face. "La sous-face d'un lieu végétal n'existe pas, j'étais curieux d'en inventer une tout en revenant dans le programme ", dit-il en riant.

C'est ainsi qu'il a conçu le musée avec un plancher en verre qui autorise, presque littéralement, "à marcher sur l'eau". "Ne plus voir Venise mais la fondation de Venise, l'envers du décor. Habituellement, une fondation évoque la solidité, la fondation de Venise est fragile", dit-il. Dans le cadre de la programmation du musée de la ville pour habiter le pont, le parc arboré, proposé au-dessus de ce qui la fonde, la creuse et la dessine - l'eau, celle des canaux et des lagunes - montre ce que Venise n'est pas et la révèle encore mieux. "Ce pont habité tend à dépasser la notion de lieu de passage pour devenir un lieu en soi, où Venise se retourne sur elle-même et se regarde comme un territoire rêvé et réinventé", dit-il. Le jury fut sensible à cette abstraction poétique ; on ne peut lui en vouloir.

Sauf qu'une fois acquis le concept, c'est "l'idée constructive" qui a particulièrement passionné Raphaël Gabrion. "Un escalier de cinq mètres de large (et dont le rythme est semblable à celui du pont Académie) distribue le niveau du musée et celui du jardin suspendu. De part et d'autre de l'escalier deux poutres sont dédoublées pour former des caissons afin d'y planter les arbres qui par leur poids et leur inertie vont permettre de porter en porte-à-faux les deux côtés du musée. L'ensemble des poutres est ponctuellement percé pour y ménager des passages".

Du coup, l'architecte assure avoir quelques regrets. "J'aurais peut-être dû être plus urbain. Un arbre c'est poétique mais j'aurais pu imaginé à la place d'un square arboré un parc de skate, puisque c'est une pratique impossible à Venise, ou une grande pelouse, ou un terrain de foot", muse-t-il a posteriori. Effectivement, une fois le principe constructif acquis, n'importe quel territoire pouvait être importé en cet endroit s'il souhaitait que ce pont ne soit pas qu'un simple lieu de franchissement. Mais sans doute la perspective sur Venise du toit-jardin du musée - qui sera exposée à Venise début octobre - en séduira plus d'un, et pas seulement des âmes sensibles.

Christophe Leray

Voir aussi : www.raphaelgabrion.com



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