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A Rivesaltes, un Mémorial du souvenir et de l'oubli

Kevin Dolmaire : Copyright 2019

 

Le Mémorial du Camp de Rivesaltes invite le visiteur à faire sa propre démarche de « devoir de mémoire ». À faire ses propres recherches pour comprendre ce qui a mené à de telles horreurs en ce lieu. Plus qu'un musée, cette réalisation de Rudy Ricciotti fait réfléchir en profondeur à la question du drame humain, nous questionnant « sur le souvenir ou l'oubli ».

 
 
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Le camp de Rivesaltes a été l'instrument de nombreuses atrocités. L'internement des républicains espagnols fuyant leur pays lors de la Retirada, cet exode conséquence du Franquisme. Puis celui des juifs et des tsiganes raflés par l'administration française et parqués là avant d'être redirigés vers d'autres camps comme celui d'Auschwitz. Des harkis ensuite ballotés entre leur propre pays, l'Algérie, et une France qui ne veut pas d'arabes. Des sans-papiers enfin, qui errent ici, dans l'attente d'une décision administrative, comme dans tant d'autres centres de rétention à travers l'Europe.

« Les documents officiels proposent à cette occasion le concept "d'histoire de l'internement" », écrit Jean-Paul Curnier, philosophe, dans un ouvrage paru chez Archibooks + Sautereau Éditeur. Mais « on ne saurait parler ici de "sort commun" sans faire injure à ceux pour qui ce fut ici l'antichambre de la mort. » Pas question donc, de mettre toutes ces victimes derrière une même bannière. Leurs histoires individuelles sont autant de destins différents, « ici, chaque singularité dans la souffrance (…) disparait derrière l'affichage (…) d'une sorte de palmarès des figures de l'internement ».

 

Alignement aliénant

 

C'est ainsi que Rudy Ricciotti a conçu ce mémorial, « silencieux et pesant, il est là pour prendre les coups à la place des autres. Pour les absents. Il faut bien que quelque chose incarne la responsabilité de la mémoire ». Pour traduire sa pensée en architecture, le sudiste a demi-enterré son bâtiment au milieu d'une vaste plaine où subsistent péniblement des restes de baraquements décatis par le temps. Il « affleure le sol naturel peu après l'entrée du camp, pour s'étendre (…) jusqu'à une hauteur égale à celle du faîtage des baraquements ».

Sur les photos de Kévin Dolmaire et Frédéric Hedelin, une impression de sécheresse nous prend la gorge, comme dans les westerns aux tristes collines, s'ajoutant à la détresse ressentie à la vue de ces baraques à l'alignement aliénant et tristement répétitif. Ainsi « la végétation est supprimée [à l'ouest du Mémorial] pour laisser place à un univers aride et plat, sans ombre, au vent ».

 

Paix inquiétante

 

L'impression de désolation, de paix inquiétante et de vide à combler de réflexion et de recueillement se poursuit à  l'intérieur du bâtiment. « L'atmosphère incite au silence. Les surfaces d'exposition (…) sont regroupées en une grande salle hypostyle éclairée artificiellement depuis le sol ». Quant à la scénographie, elle est « modeste, sans grandiloquence, à distance des murs, et permet une lecture complète du volume de la salle ». Une architecture qui fait sens donc, sans faire ombre à son sujet.

Pour Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS et Président du conseil scientifique du Mémorial du Camp de Rivesaltes, Rudy Ricciotti « a su qu'il ne fallait pas s'imposer au lieu tant le lieu, à l'évidence, s'imposait à lui comme aux autres concepteurs. »

 

Laurent Perrin

 

Mémorial du Camp de Rivesaltes
Rudy Ricciotti, architecte
Passelac & Roques, architectes associés
Archibooks + Sautereau Éditeur, 2016
Prix de vente : 13,90 euros

 

Mémorial de Rivesaltes
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