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A Paris, le Cinéma Le Louxor achève sa mue

© Cyberarchi 2019

Les contraintes du programme concernaient en particulier la position stratégique du bâtiment au coeur du quartier Barbès, la haute qualité environnementale recherchée, avec trois cibles principales identifiées - économie de l'énergie consommée conformément au plan Climat de la Ville de Paris, maîtrise de la maintenance et des performances futures de l'équipement, confort acoustique - et enfin la forte valeur symbolique et patrimoniale de l'édifice.

 
 
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Les façades du Cinéma Le Louxor à Paris ont été inscrites à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques (ISMH) par arrêté du 5 octobre 1981 et l'étude patrimoniale préalable montrait qu'il subsistait également quelques décors intérieurs datant de la construction du cinéma en 1921. Sur la base du dossier de consultation, nous avons développé un projet reposant sur plusieurs points forts afin de répondre au mieux aux attentes du maître d'ouvrage et à l'ensemble des contraintes identifiées, explique l'architecte Philippe Pumain.

Le Louxor est idéalement situé à l'angle de deux axes importants : d'une part, l'axe nord-sud des boulevards Magenta/Barbès et d'autre part, l'axe est-ouest des boulevards Rochechouart/la Chapelle. Visible aussi bien depuis les voies de circulation que depuis le métro aérien, le Louxor doit jouer un rôle de premier plan dans la requalification du site, engagée depuis plusieurs années. En croisant cette volonté d'une intégration réaffirmée dans son quartier avec l'intérêt patrimonial du bâtiment, le projet de réhabilitation reposait essentiellement, pour son aspect extérieur, sur un principe de restauration complète des façades au plus près de leur état initial de 1921, en retrouvant l'intégralité du décor égyptisant, y compris les grands mâts inspirés de ceux des pylônes des temples égyptiens, disparus depuis les années 40. Ces mâts participeront à la signalisation du bâtiment, en particulier la nuit, grâce à leurs disques lumineux.

La proposition de réouverture totale du porche, comme dans la disposition d'origine, est en cohérence avec ce principe. Cet espace redonné à la ville incitera les passants à investir le bâtiment pour les séances de cinéma et les différentes activités d'accompagnement proposées : expositions, animations, bar... Le porche permet également de contenir tout ou partie des files d'attente sans trop investir les trottoirs ; il sera clos par des grilles articulées en dehors des heures d'ouverture de l'équipement.

Une restitution à l'origine

S'agissant d'un édifice créé à l'origine pour accueillir une salle de projection cinématographique, le programme du maître d'ouvrage, consistant d'abord à lui rendre cette fonction originelle, nous est apparu totalement légitime et cohérent d'un point de vue patrimonial. Au-delà des impératifs de restauration liés à l'inscription à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques qui concernaient uniquement l'enveloppe extérieure, nous avons proposé de retrouver, comme dans le projet d'origine d'Henri Zipcy, une relation forte entre le décor égyptisant des façades et le décor intérieur, en particulier celui de la grande salle. Cette relation s'était totalement perdue depuis les années 30 et le changement de thématique décorative de la salle pour un décor dit « néo-grec », et plus encore avec les décors successifs des années 50 à 80, de plus en plus banalisés.

Le bâtiment devait retrouver sa monumentalité et sa force d'expression dans l'espace public, essentiellement par la remise en place des mosaïques manquantes et par la régénération des épidermes en granito. Globalement, les travaux réalisés sur l'enveloppe ont été de trois ordres : la restitution des dispositions architecturales anciennes, telles que le décaissé de façade boulevard de Magenta, la remise en place des mâts ou la réouverture du porche sur l'extérieur ; la restauration des bétons ; la régénération des épidermes en mosaïques, en granito - enduit poli à base de granulats de marbre - et en enduit de ciment.

Une « boîte dans la boîte »

Deux principes ont guidé notre façon d'aborder l'aménagement intérieur : la volonté de respecter au plus près la composition architecturale originelle du bâtiment, en particulier la volumétrie exceptionnelle de la grande salle, et le souhait de retrouver la cohérence de langage architectural et décoratif entre l'extérieur et l'intérieur du Louxor. Ces deux principes nous ont conduits, d'une part, à implanter les deux salles complémentaires au sous-sol plutôt qu'à diviser le volume de la grande salle et, d'autre part, à restituer fidèlement le décor de la grande salle dont l'inspiration égyptisante était en totale adéquation avec le décor extérieur et le nom même du Louxor, plutôt qu'envisager un nouveau décor ex nihilo.

Il est apparu très rapidement que l'isolement vis à vis des riverains représentait une contrainte majeure du fait de la conception même de la structure du bâtiment, en béton armé, totalement solidaire des immeubles d'habitation mitoyens, dont certaines chambres sont directement accolées à la grande salle. La réouverture du Louxor comme salle de cinéma imposait donc la mise en place d'une « boîte dans la boîte », indépendante des structures existantes de l'édifice et des immeubles voisins. De ce fait, les éléments du décor de 1921, réalisés à base de peintures au pochoir et subsistant en partie sur les parois et le plafond de la grande salle, sous les décors ultérieurs, devaient être masqués après avoir servi de modèle de référence et être reproduits sur les nouvelles parois de la salle.

Des portiques supportant les balcons

Le principe adopté a consisté à concevoir les trois salles de cinéma comme des boîtes isolées à la fois entre elles et aussi par rapport aux bâtiments mitoyens. Pour répondre à cette contrainte, les planchers bas des deux salles du sous-sol sont constitués de dalles flottantes sur ressorts qui reposent sur un radier et supportent les superstructures. Pour sa part, la « boîte dans la boîte » de la grande salle comporte un plancher bas en béton portée par des poutres métalliques reposant sur des boîtes à ressorts. Une série de portiques métalliques avec un remplissage en maçonnerie constitue les parois de la boîte, avec un plafond en plaques de plâtre surmontées d'un matelas d'isolant qui forme le sixième côté de la boîte acoustique. Les portiques supportent également les deux balcons, reconstruits en structure métallique, qui sont de ce fait eux aussi totalement désolidarisés des structures existantes.

Plusieurs niveaux de contraintes structurelles se croisaient et ont induit des solutions techniques spécifiques, à commencer par le sous-sol constitué d'anciennes carrières remblayées. La piètre qualité du sol et la poussée des terres s'exerçant pendant la création des deux salles enterrées ont conduit à prévoir la mise en place d'un voile et de longrines de reprise en sous-oeuvre des murs mitoyens, posés sur une série de puits en béton armé fondés sur des micropieux forés à une vingtaine de mètres de profondeur.

L'inertie des parois latérales du bâtiment situées le long du boulevard de la Chapelle et le long de la courette intérieure a été renforcée par la mise en place de grands portiques métalliques qui collaborent avec les poteaux en béton armé existant et contreventent l'ensemble de l'enveloppe du bâtiment. Pour respecter l'isolement acoustique, ces portiques devaient évidemment être totalement dissociés de la structure sur ressorts de la boîte acoustique intérieure.

LP

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