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A Lyon, la tour Incity est une réponse culturelle à une question sociale

© Cyberarchi 2018

Confiée par le promoteur Dixence, associé à Sogelym Steiner, aux architectes parisiens Valode&Pistre et lyonnais Albert Constantin (AIA Atelier de la Rize), la tour Incity, de 200m de haut et 36 étages pour 40.000m² de bureaux, sera construite à Lyon. Albert Constantin revient pour Cyber Archi sur les multiples enjeux de cette tour et décrit le contexte dans lequel elle a été conçue.

 
 
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Le 25 janvier dernier, Gérard Collomb, maire de Lyon, a annoncé la construction d'une tour de 200m de haut - la tour Incity - puis la construction, dans un futur proche, de deux ou trois autres dans le quartier de la Part-Dieu afin de faire du second quartier d'affaires de France après la Défense "un centre d'affaires à l'échelle européenne".

Pour Albert Constantin, fondateur AIA Atelier de la Rize, l'architecture se doit d'être "une réponse culturelle à une question sociale".

"Le fait générateur d'un acte de construire dépend toujours d'un besoin social. Qu'il s'agisse d'une usine, d'une école, d'un aménagement urbain, etc. Aussi la réponse doit dépasser les seuls problèmes fonctionnels, techniques ou économiques pour donner du sens au projet. Si l'on n'aborde pas l'architecture sous son aspect culturel, on ne propose qu'un projet de construction. Par ailleurs, la fonctionnalité devient très vite obsolète, il faut donc donner du sens au projet afin qu'il survive à sa fonctionnalité. Chaque édifice doit être porteur d'une histoire qui dépasse son contexte économique.

Construire une tour pour un architecte peut être un grand pêché d'orgueil. La tour est un moyen de côtoyer le ciel, de s'approcher de Dieu. C'est aussi un symbole fort de puissance. Quand de grands groupes - Total, ATT, Chrysler - construisent et donnent leur nom à des tours, cela montre leur importance et leur puissance. Mais d'autres exigences, en Asie notamment, conduisent également à imaginer des tours. Incity n'est rien de tout cela, elle répond à un problème de densification à un endroit donné de la ville et s'inscrit dans un contexte de développement durable. La densité permet au citoyen de vivre au coeur de la ville, de profiter des lieux de culture, de détente et de travail. Certes, cette tour est aussi le moyen de montrer que Lyon compte sur la carte européenne comme Francfort ou Barcelone.

'Le Crayon', la première tour de Lyon - la Tour du Crédit Lyonnais, 165m, livrée en 1977 - a été une catastrophe économique qui a plombé le développement de la Part-Dieu pendant 10 ans, compte tenu de la crise économique de l'époque. La Défense a aussi connu des difficultés similaires. Aujourd'hui, la conjoncture et les besoins redonnent du dynamisme à la réalisation de tours.

Il est impensable aujourd'hui de concevoir une tour sans avoir comme objectif de construire quelque chose qui ne sera pas obsolète avant d'être édifié. C'était autant une exigence du maître d'ouvrage qu'une nécessité culturelle. Nous nous penchons donc autant sur les rejets de CO2 dans l'atmosphère que sur le cycle de vie de chacun des composants et il est malaisé de calculer la quantité d'énergie nécessaire pour mettre en oeuvre et recycler un matériau. Dans ce cadre, la déconstruction de la tour a été intégrée, dès la conception, un point sur lequel nous avons déjà bâti des scénarios. A ma grande surprise, il est aussi passionnant de déconstruire que de construire.

Dans la conception du bâtiment, deux choses nous sont semblées importantes : le pied et la tête.

Le pied d'une tour, dans un contexte urbain, doit fonctionner comme celui d'un immeuble normal. Nous avons la chance d'être en coeur de ville, la tour doit donc participer à son animation.

Pour la tête, il a été envisagé à un moment la création d'un restaurant panoramique, comme cela est souvent la tradition dans les tours. Cette idée a été très vite abandonnée compte tenu de la configuration géographique de Lyon et de la colline de Fourvière qui offre une vision aérienne totale sur la ville. La tête de cette nouvelle tour sera vouée aux énergies renouvelables avec la mise en place d'éoliennes dont l'efficacité sera augmentée par la mise en place de gigantesques 'entonnoirs' orientés au nord et au sud pour capter les vents dominants et créer sur les éoliennes des effets venturi*. A nous de mettre en évidence ce symbole, d'en faire un sujet d'architecture.

Pour les façades, parce que nous sommes dans la ville de la soie, nous sommes partis de l'idée du tissage, de l'effet d'enroulement qu'évoque une toge romaine par exemple. C'est cette enveloppe, qui participe à l'élancement de la tour tout en assurant la maitrise de l'ensoleillement, qui va traiter les problèmes d'ensoleillement, capter l'énergie au moyen de cellules photovoltaïques.

Nous parlions de culture. Au final, qu'essayons-nous d'exprimer ? Nous parlons de Lyon, de son histoire, de son économie, de ses symboles, tout en travaillant sur un objet qui nous permet d'avancer dans les recherches de développement durable".

Propos recueillis par Christophe Leray

* Orientée dans l'axe des vents dominants, Nord-Sud ou Sud-Nord, la Tour Incity aura pour objectif de gérer des systèmes astucieux lui permettant d'utiliser la force du vent pour produire en partie son énergie, à l'aide d'un système éolien intégré en son sommet. Un traitement différencié des quatre façades associé à une façade intelligente pourraient être recouvertes de panneaux photovoltaïques afin de produire également de l'énergie. Enfin, les architectes souhaitent tendre vers un immeuble bioclimatique pouvant utiliser différents systèmes de 'free-cooling' et l'inertie de la masse thermique planchers-noyaux-façades pour assurer un rafraîchissement plus naturel du bâtiment.

Fiche technique

Architectes : Valode & Pistre : Denis Valode, Jean Pistre - AIA Atelier de la Rize : Albert Constantin
Maître d'ouvrage : Dixence, associé à Sogelym Steiner

Le sommet de la Tour se trouve à : 143m pour les parties habitables, 154m pour les locaux techniques, 180m pour la coiffe et 200m au sommet du mât - 26 étages - 40.000m² SHON

Programme : bureaux + restaurant + cafétéria + 2 niveaux de jardins d'hiver.
37 niveaux de superstructure + 6 niveaux de sous-sol.
Accès principal Rue Garibaldi.
3 groupes de 4 ascenseurs pour des temps d'attente réduits.
Réalisation projetée pour 2012

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