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A la recherche de l'Archi perdue à Moscou

© Cyberarchi 2019

La Russie connaît une vague de construction importante et aborde une ère nouvelle de son architecture. Les nouveautés ont-elles le goût du pétrole ? Il se dégage pourtant de Moscou un parfum des années de la guerre froide. A part que les chars encadrent des manifestants communistes. Chronique douce-amère de l'architecte Mathieu Feigelson.

 
 
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L'autoradio de la berline qui me ramène de l'aéroport diffuse du Joe Dassin, 'Aux Champs-Elysées'. Je suis pourtant bien à Moscou et non sur mon vélib' en train d'écouter le dernier Podcast de Radio Nostalgie. A coup sûr, la prochaine chanson sera du Claude François ou, pire encore, du Mireille Mathieu ! Et dire que la guerre froide est terminée depuis 15 ans. La Russie a toujours été portée vers la culture Française...

C'est vrai que Moscou est réputée pour son climat froid en hiver, mais de là à réchauffer à la radio des vieux tubes frenchy... Si je me suis exilé ici pour quelques jours, c'est aussi pour fuir la France micro-ondes qui réchauffe ses 'faux vieux' en architecture.

Si nous n'avions pas été en 2006, le paysage que je voyais à travers le pare brise, l'urbanisme local, la présence policière et l'ambiance générale auraient eu des parfums des années de la guerre froide. Seules les grandes pubs placardées et la mode féminine paraissent anachroniques.

Pour partir à la recherche de l'archi perdue j'ai deux contacts sur places : un agent double qu'on appellera Sacha et son contact sur place Anna. J'ai donc RV avec Anna et pas Natacha à la station Kievskaya et non pas sur la place rouge. Le café Pouchkine est fermé.

A -30m sous terre, je retrouve donc Anna. Pas le temps d'apprécier la beauté de la grande et belle... station. Lorsque j'arrive à ses côtés, un agent ennemi est déjà en train de la draguer. Il s'enfuit lorsqu'il m'aperçoit. Pour me reconnaître, j'ai un journal français 'l'Equipe' qu'on m'a donné dans l'avion... Lorsqu'elle m'aperçoit, elle est conquise ; nous pouvons aller boire une Vodka martini, le cocktail préféré de James bond, autre icône des 70's.

Avant même d'avaler notre cocktail, elle va droit au but : "Pourquoi es-tu là ? Pour l'architecture ? Tout ce qui se fait ici c'est n'importe quoi !" Disons que je suis là pour le patrimoine... et rencontrer l'agent Sacha, qui vend les services d'architectes locaux aux occidentaux qui veulent s'implanter ici.

Je suis déjà impatient d'aller assister au défilé de missiles sur la place rouge. Il faut prévenir feu Michel Poniatowski, ils sont toujours là les chars russes ! Mais pour encadrer des manifestants du parti communiste...

A la recherche de l'archi perdue dans cette mégalopole de 10.000.000 d'habitants, je me prends pour un transfuge de l'ouest à la recherche du graal qui a inspiré bon nombre de maison de la culture & maison du peuple dans les 60-70, ou ministère de bord de seine dans les 80's. Il y a sûrement de bons restes je les retrouverai ! La sainte Russie doit remuer encore un peu... non ?

Elle a du pétrole la Russie de 2006, a-t-elle des idées ?

Je vois plusieurs hommes tout de noir vêtus devant l'entrée d'un immeuble de bureau. Sans doute une agence d'architecture locale. Armée du guide du routard dans les mains je leur demande : "Architect ?". Avant même d'avoir pu prononcer un autre mot, Anna m'explique que je m'adresse aux gardes du corps d'une société pétrolière ; il s'en ait fallu de peu pour que j'analyse de près la structure d'un puit de pétrole en Sibérie. Avec un peu de vodka, ces gars là perdent vite le sens de l'humour.

On me (nous) demande souvent, pourquoi les architectes sont toujours habillés en noir ? Aujourd'hui, j'ai peut-être un élément de réponse : c'est peut être bien pour ressembler aux gorilles d'un prince du pétrole ?

Avant l'invasion attendue de l'architecture internationale

Je suis toujours à la recherche de l'archi perdue. En deux jours toujours aucune piste. En attendant, j'observe la concurrence que se livrent les entreprises de BTP en Russie : le Turc est bien implanté, le Chinois est déjà bien présent : au Batimat local, beaucoup de stands de fournisseurs sont chinois, est-ce un signe ?

Afin de prendre la température architecturale de Moscou, je décide d'aller visiter ce qui va devenir le futur quartier de la 'Défense' moscovite : 2.5 tours sont déjà construites autour d'un centre d'exposition. Les deux gardes policiers qui m'empêchent d'accéder au site, sauf contre quelques roubles, m'expliquent dans un langage des mains approximatif qu'il n'y a rien à regarder de plus près, à part les deux mâchoires de leurs gros chiens-chiens à babouchka... Les deux tours ? Pas de quoi casser trois pattes à un canard, je reviendrais dans quelques années quand ce quartier sera presque terminé ou si j'y ai un projet, qui sait ?

Les chantiers vont vite ici : il faut dire que le code du travail n'empêche pas l'ouvrier turc ou d'ailleurs de travailler l'hiver par -29°. Le régime 'intempéries' doit commencer quand l'essence du 4x4 ou des camions gèle à -30°...

Finalement, je retrouve avec Nostalgie la place rouge sans Anna, mais avec le mausolée de Lénine, Saint Bazille. Je me rappelle cette époque où Brejnev saluait l'armée et ses missiles depuis l'estrade du mausolée face à ce qui est devenu le temple du luxe et de la marque : le Goum.

Mathieu Feigelson

Consulter le reportage-photo de Mathieu Feigelson 'Froide architecture à Moscou. Une ville au 'présent absurde' ?' .

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