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À cheval entre France et Pays-Bas, l'architecte Walter Dresscher

© Cyberarchi 2014

L'architecture est un lieu d'échanges et de cultures. Rencontre cette semaine avec Walter Dresscher, 32 ans, architecte travaillant entre la France et la Hollande. Il nous livre son impression sur les différences franco-hollandaises.

Publié le 14/02/2012

 
 
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Walter, peux-tu nous décrire brièvement ton parcours ?

Après le BAC, j'ai entrepris des études d'architecture à l'université technique de Delft. Ici l'analyse et la conception ont une place majeure dans le cursus. Après mes études j'ai quitté les Pays-Bas pour m'installer à Paris. J'ai découvert plusieurs agences parisiennes avant d'avoir une opportunité de travailler chez OIII Architecten à Amsterdam. En 2010 j'ai choisi d'utiliser mes expériences à Paris et à Amsterdam pour créer mon atelier qui se situe entre les deux pays.


Quelle est ta conception de l'architecture ?

Il faudra faire la différence entre la construction et l'Architecture. Seules les constructions qui inscrivent d'une façon ou une autre un chapitre à l'histoire ou à la théorie de l'Architecture peuvent être considérer comme en faisant partie.

L'architecture, c'est l'art d'agencer l'espace. Le bâtiment conçu enveloppe l'espace intérieur et influence l'espace extérieur. L'histoire du lieu joue un rôle primordial dans la conception des bâtiments qui vont s'y inscrire. Chaque homme, chaque femme a sa façon de vivre et chaque groupe d'individus a sa façon de vivre ensemble. L'architecture doit prendre en compte les particularités de ses acteurs. Si l'homme fait partie de la nature, il y a pris une place particulière. Il cherche de plus en plus à la contrôler. Un projet d'Architecture doit chercher à intégrer la nature au bâtiment tout en laissant les deux entités se développer.
Avant tout projet, une question est posée et l'Architecture doit répondre à cette question. Les conséquences de chaque intervention sont maîtrisées, et pour cela l'Architecture doit réunir l'histoire, la sociologie, la psychologie et la physique.


Sur quel genre de projets travailles-tu en ce moment ?

En 2010, nous avons gagné avec OIII architecten le concours pour la construction d'un bâtiment à Anzin(59) qui regroupe l'école supérieure de design, SUPINFOCOM et SUPINFOGAME. Le chantier doit commencer cet été et nous sommes très impatients de voir ce bâtiment innovant et spectaculaire se faire construire. On y retrouve la rationalité de l'esprit néerlandais tout en répondant à des nécessités spécifiques de chaque école. Dans ce projet nous avons pu mettre en oeuvre nos capacités de dialogue pour réunir tous les acteurs de ce projet ambitieux autour d'un même projet.

Avec l'agence d'architecture Rijnboutt nous travaillons sur un concours d'urbanisme à Clichy la Garenne. Le projet est à rendre en avril.

En fin 2011, DNADN a été sollicité par Neutelings Riedijk architecten pour travailler sur un grand concours d'une tour de 180 mètres dans le 13ème arrondissement de Paris. Ce projet va être présenté au mettre d'ouvrage, la SEMAPA, et le maire de Paris en février.


Toi qui connais à la fois bien les cultures hollandaise et française, peux-tu nous dire en quoi l'architecture hollandaise se différencie de l'architecture française ?

Si les Arts en général sont centrés sur l'artiste, l'architecture nécessite l'intervention de divers métiers. Et la collaboration ne s'organise pas de la même façon dans les sociétés néerlandaise et française.
Aux Pays-Bas, la culture protestante vise à rester austère et modeste en coût et est donc à l'origine d'une architecture pérenne. La société néerlandaise garde toujours à l'esprit une vision à long terme.

Il y a une tradition bien connue de négociation dans les pays nordiques. Au sein même des agences, différentes personnalités mettent en commun leurs compétences pour faire émerger des solutions innovantes. En France, on a une hiérarchie plus installée entre le directeur et les dessinateurs. La société néerlandaise est basée sur le dialogue et le compromis, ce qui contraste avec la rivalité manichéenne que j'ai souvent observée en France. Cela se traduit dans l'architecture : on trouve beaucoup de combinaisons de programmes aux Pays-Bas (complexes logements et magasins, bâtiment municipal et appartements, etc.), quand en France on a tendance à créer des blocs (cités, zones commerciales, etc.). Les rapports entre le maître d'oeuvre et le maître d'ouvrage sont très directs en Hollande, ce qui ne peut que renforcer la cohérence du projet.

Les Pays-Bas sont en grande partie artificiels. Les « polders » font partie de la culture Néerlandaise. Les Hollandais ont toujours su façonner l'environnement pour y construire leurs vies. Cela se voit dans beaucoup de projets développés aux Pays-Bas. On y voit la rationalité d'un peuple sûr de lui et d'une arrogance naïve.

Restent évidemment les contraintes naturelles face auxquelles les Pays-Bas ont toujours dû s'adapter : les grandes fenêtres ouvertes sur l'intérieur des maisons sont dues au manque de lumière par exemple. La menace de l'eau reste un sujet présent dans l'architecture aux Pays-Bas. Les maisons flottantes à IJburg en sont un joli exemple.

Qui sont pour toi des architectes modèles ?

NL Architects, Herzog & de Meuron, Steven Holl, BIG...

Quelles sont pour toi les réalisations exemplaires ?

Linked Hybrid de Steven Holl, Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe de Peter Eisenmann, MAS de Neutelings Riedijk architecten, Loop house de NL Architects.

Que peut-on te souhaiter ?

Avec mes partenaires, je cherche à développer des projets qui réunissent tous les aspects de la vie humaine avec la vie naturelle. Réussir à mettre en oeuvre mes idées sur l'Architecture Durable et Naturelle même à petite échelle est la raison pour laquelle je me lève le matin !

Pour en savoir plus sur les travaux de Walter Dresscher, allez sur www.dnadn.fr

François Lepeytre
Gaël Brulé
(Atelier CMJN)

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