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2010 : La Direction de l'Architecture disparaît

© Cyberarchi 2020

Suite à un décret de l'Etat publié en novembre 2009, la DAPA a purement et simplement disparu de l'organigramme du ministère de la Culture. Une vision rétrospective de l'architecture qui n'est pas sans poser question. Tribune.

 
 
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La Direction de l'Architecture a disparu du ministère de la Culture et de la communication. La nouvelle organisation du ministère, recentrée sur le secrétariat général et trois directions - la Direction générale de la création artistique, la Direction générale des médias et des industries culturelles et la Direction générale des patrimoines - ne comprend plus de Direction de l'Architecture et du Patrimoine (DAPA).

L'architecture est intégrée dans la direction générale des patrimoines en tant que simple "service de l'architecture"*. Sans autre forme de procès, des composantes comme la recherche, l'enseignement, la création architecturale, les actions sur la qualité architecturale et le pilotage de la profession d'architecte sont enfouies dans un ensemble dominé par des dispositifs - archives, archéologie, monuments historiques, inventaire, musées - dont l'essence et les objets, les outils et les pratiques, sont tournés vers le passé.

Nous sommes quelques-uns, pour avoir beaucoup investi dans l'histoire scientifique de l'architecture et dans la promotion du patrimoine architectural, à connaître de première main les raisons fondamentales pour inscrire les édifices, comme d'autres objets, dans la construction d'une histoire culturelle, technologique et sociale. Et nous en savons les limites : le programme, les formes et les contenus d'une action de l'Etat dans la fabrique de l'architecture et du cadre de vie ne peuvent pas s'administrer comme une action patrimoniale parmi d'autres.

L'expérience depuis 1998 du binôme architecture et patrimoine, mesurée à l'aune de ses effets, est suffisante : l'Etat a besoin d'autres outils que les instruments de la confrontation entre entités divergentes.

Inexorablement, une politique prospective de l'architecture, tournée vers de nouveaux usages, vers de nouvelles contraintes, vers de nouveaux moyens - et le contexte ne permet pas d'autre choix - sera en porte-à-faux dans un dispositif patrimonial, qui produira ses représentations et ses critères et qui répartira ses moyens à l'architecture par défaut.

Cette péripétie calamiteuse ne convient pas. A moins d'admettre que l'Etat annonce par ce décret qu'il n'entend plus poursuivre une ambitieuse politique de l'architecture, avec ses outils appropriés - recherche, expérimentation, formation des professionnels -. A moins de comprendre que le nouvel organigramme cautionne et anticipe les dérives à venir, le renoncement à l'investissement de l'Etat dans l'architecture ou l'action de l'Etat assimilée à une pratique réduite, qui aurait pour objectif ubuesque - et pour limites - la production du patrimoine de demain, la production synthétique d'un ersatz.

L'issue est dans la réflexion sur le périmètre souhaitable du ministère de la Culture et de la Communication et sur la place de l'architecture et de son enseignement dans l'appareil de l'Etat. A tout le moins, si on veut maintenir le potentiel d'action dans le service public de l'architecture, s'imposera le rattachement de la recherche et de la formation - en clair les Ecoles d'architecture et du paysage - au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Richard Klein, architecte, Professeur HdR, Ecole Nationale Supérieure d'Architecture et de Paysage de Lille ; Gérard Monnier, historien, Professeur émérite de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Paul Quintrand, architecte, Professeur honoraire, membre de l'Académie d'Architecture

* Cf décret n°2009-1393 du 11 novembre 2009

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