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L'ambition de Termes (Aude) ne se mesure pas au nombre des ses habitantsQuand une commune ne compte que 56 habitants, s'engager dans un programme d'aménagement contemporain de ses espaces publics, même financé à 90 % par la région et l'Europe, est un pari risqué. L'Agence Urbane et Mathieu Courtiade, architecte, sont parvenus à le relever sans travailler à l'économie.publié le 22/02/2006
publicité La commune de Termes (56 habitants) se situe dans les Hautes Corbières et s'inscrit dans la partie géographique du département de l'Aude qui s'identifie en terme touristique autour de la présence des châteaux dits "cathares". Dans ce secteur qui a été considéré comme un des plus désertiques de France, l'intercommunalité est active depuis longtemps et a rendu son attractivité à ce territoire en générant des liens entre les hommes, le maintien et la création d'un réseau d'équipements et de services. Le village groupé et étagé sur une des rives du Sou est dominé par le château de Termes. Celui-ci est classé au titre des Monuments Historiques, l'église du village est inscrite, les abords du château et les gorges creusées dans le massif calcaire sont protégées au titre des sites. Consciente de cette sensibilité et de ses atouts, en 2002, la collectivité a conduit une étude de type "plan guide" pour réfléchir de manière globale et spatialisée à la valorisation et la réfection des espaces publics. Cette étude a été réalisée par l'agence Urbane, suivie par l'Architecte des Bâtiments de France, les services du département et de l'Équipement. Les élus s'y sont fortement impliqués et des rencontres publiques ont eu lieu aux moments clés de l'étude. A l'échelle de ce bourg d'une cinquantaine d'habitants, recevoir environ 20.000 visiteurs (6.000 visiteurs pour le château, 14.000 visiteurs sur le village) dans l'année (surtout en période estivale) et préserver une qualité de vie dans un site contraint relève du défi. L'étude a permis de réfléchir en termes fonctionnel, urbain, paysager et humain pour définir une logique globale d'interventions et de valorisation. La réalisation "Les habitants, réfractaires au début, se sont pris au jeu". Inaki Dachary, de l'agence Urbane, comprend leur émoi. Certes le projet d'aménagement des espaces publics du village, d'un coût de 426.000 € HT était financé à 90% par la région et l'Europe, mais les 10% restant, à se partager entre 50 habitants (et non foyers) avaient de quoi en effrayer, à juste titre, plus d'un. La concertation, dans ce cadre, doit non seulement être exemplaire, mais convaincante. Du coup, Inaki Dachary et Mathieu Courtiade, l'architecte associé dans l'équipe de maîtrise d'œuvre, ont fait du porte-à-porte, littéralement, et rencontré tout le monde. Ainsi ont-ils pu expliquer posément leurs intentions mais également comprendre les aspects négatifs du village, du point de vue de ses habitants, et tenter d'y remédier. "Ce contact a permis de décliner un projet paysager proche des désirs de chacun", expliquent-ils aujourd'hui. Ces jours et nuits passés au village ont également permis aux hommes de l'art de réinterpréter ces désirs dans leur projet. Ainsi, le trop plein de la réserve d'eau, située en hauteur, se déversait dans les ruelles et humidifiait les façades. La demande des habitants était donc d'ensevelir cette eau. "Pour notre part, nous entendions le chuchotement de l'eau qui s'évacuait tant bien que mal", explique Inaki Dachary. La solution, astucieuse, a consisté à mettre en scène cette eau via un réseau de caniveaux en pierre calcaire, des "rebondissements" et au final une fontaine d'une telle simplicité qu'elle donne le sentiment d'avoir toujours été là. C'est ainsi qu'une contrainte est devenue un espace ludique dont se sont immédiatement emparé les enfants. Les touristes sont d'ailleurs bluffés par ce "vieux" village qui n'était encore, il y a quelques mois à peine, qu'un "dégueulis de goudron", se marre Inaki Dachary. Sans doute parce que si le dessin et les lignes sont de facture contemporaine, l'utilisation de la pierre et sa mise en œuvre sont elles traditionnelles. "Nous ne voulions pas concurrencer les façades ; nous tenions à ce que ce soit le village, l'ambiance des rues qui soient révélés au travers de l'aménagement des espaces publics", dit-il. C'est ainsi que l'enrobé a été conservé (mais contenu, encadré) là où doivent passer des voitures – les parkings ayant été repoussés à l'extérieur du village – quand les cheminements piétonniers ont été réalisés en calade de pierre, en grande partie d'ailleurs grâce à la volonté de l'entreprise (Les Compagnons Paveurs) d'aller au bout de la logique du projet quand, par souci d'économie, un béton désactivé était au départ prévu. La même mesure se retrouve dans l'éclairage. Il s'agit ici d'une modestie non feinte tant Inaki Dachary avait au départ, de son propre aveu, conçu un "truc très moche". "J'avais imaginé de la lumière partout", dit-il. Or le village connaissait des "points noirs", dont les passages couverts et l'église, au cœur du village. "Dans un village cathare, il fallait entretenir ce mystère", reconnu-t-il. Du coup, deux spots suffisent à percer la pénombre des passages quand l'église sera bientôt illuminée de l'intérieur, ce qui vaudra éclairage public. Un détail sans doute mais, selon le côté où on arrive au village, soit la façade de l'église sera éclairée, soit n'apparaîtra que la cloche du clocher. A noter également que des petits parvis ont été conçus devant les habitations pour permettre le fleurissement du village. "La réalisation permet de concrétiser une action de valorisation, dont les habitants semblent fiers aujourd'hui, car d'une certaine manière, ils redécouvrent le village", conclut Inaki Dachary. Consulter l'album-photo des Trophées de l'aménagement urbain 2006 en cliquant ici. Fiche technique Maire : Hervé Baro |
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