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La tour vivante de SoA, ou l'ambition de construire la campagne en centre-ville

Dans concours d'idées, il y a idée. Et, outre la plastique formelle du projet de Pierre Sartoux et Augustin Rosenstiehl (atelier SoA architectes), c'est bien l'intuition de créer une "machine écologique autonome", au doux nom de 'Tour vivante', qui leur a permis d'emporter, pour le site de Rennes, la quatorzième édition du concours Cimbéton. Découverte.

publié le 02/11/2005

Tour vivante ? L'ambition est à chaque fois tentante de considérer un bâtiment - une tour en l'occurrence puisque le thème du concours était densité urbaine et construction en hauteur - comme un organisme vivant quand en réalité, un bâtiment se révèle vivant, au fil du temps, le plus souvent en dépit de ses concepteurs. Pourtant cette fois il faut bien accorder à ce projet une vie propre puisqu'en son sein est prévue une véritable production maraîchère. Alphonse Allais en serait heureux sans doute puisque les deux architectes proposent rien moins que de construire la campagne en ville.

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"Nous avions choisi le site de Rennes parce qu'il s'agit d'une ville ouverte, d'une ville en devenir d'un point de vue urbain. De plus, il y a déjà des tours et il nous a plu d'imaginer, pour s'y rendre, aller d'une tour (la tour Montparnasse. NdR) à l'autre", expliquent-ils de leur agence dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Les experts du jury – dont une majorité de professionnels -, y ont vu surtout "l'un des seuls projets à répondre vraiment aux objectifs".
Parmi les questions posées : l'utilisation du béton, le traitement du seuil (entre périphérie et centre ville, proximité des voies de chemin de fer et prison, etc.), l'utilisation des énergies renouvelables, la question formelle du symbole et les questions techniques et structurelles.

"Nous avons apporté une réponse spécifique sur chacun de ces points ; nous racontons une histoire mais de façon méthodique", assurent les deux hommes. Le concours imposait – un signe ? – un usage mixte Bureaux-Logements ce qui, en France, n'est pas loin de relever de l'hérésie dans une tour. Les architectes se sont donc intéressés à cette mixité (doit-elle s'afficher par elle-même ?) avant d'y ajouter un élément supplémentaire lié à l'écologie en partant du principe que, pour éliminer le coûteux transport, l'idéal est de vivre, produire et consommer sur une même zone. C'est ainsi qu'est née l'idée d'une production maraîchère hors-sol en centre ville. D'autant, font-ils remarquer, qu'il n'y a aucune logique à produire du hors-sol à la campagne. Effectivement ! Encore qu'avant qu'une telle assertion ne soit formulée, c'était loin d'être une évidence.

Une fois ce concept acquis, le reste fut, de leur propre aveu, "facile", un noyau central en hérisson surdimensionné leur offrant d'emblée toute liberté en façade et une rationalisation construite aussi aléatoire que maîtrisée. Ainsi la tour se présente différemment selon la façade observée, seules ses parties pleines correspondant au gabarit de la ville. Ainsi l'invention pour ce qui concerne les appartements et les bureaux n'est pas liée à une nouvelle typologie mais tient plutôt dans le fait que les orientations et les vues, qui donnent pour certaines sur l'intérieur de la tour, sont toujours différentes et sans cesse renouvelées. Mais surtout, ce qui fascine, sont ces 680 mètres de linéaire de serres agricoles hors-sol qui courent le long des trente étages de la tour.

Qu'on ne s'y trompe pas. Ces serres ne sont pas décoratives – même s'il est possible de s'y promener de la base au sommet. Il ne s'agit pas d'un parc mais bien d'un lieu de production alimenté par l'écoulement des eaux de pluie et d'un ingénieux système de récupération des déchets organiques, des systèmes rendus possibles par les deux éoliennes du toit. "Les deux éoliennes permettent l’alimentation partielle en électricité de l’immeuble tout en assurant la circulation et le recyclage des eaux de pluie, eaux usées et eaux potables stockées dans des citernes. L’apport énergétique de ces éoliennes est estimé à 2x300kw. Il est complété par des panneaux photovoltaïques intégrés à la façade sud qui alimentent les besoins en courrant faible de la tour", expliquent-ils. Pour information, des quantités impressionnantes de végétaux sont aujourd'hui produites hors-sol et absolument rien n'interdit donc la culture des radis, salades, tomates et autre mâche dans les serres de la tour vivante puisque c'est justement l'objectif de leur conception. Ce système permet la production maraîchère intensive en centre ville sans aucun pesticide. La ferme verticale vient d’être théorisée par un ingénieur agronome américain, Pierre Sartoux et Augustin Rosenstiehl lui ont donné une expression concrète. "Nous ne sommes pas des ingénieurs ou des fonctionnalistes", disent-ils.

Traduit, cela donne que c'est justement parce qu'ils sont architectes qu'ils ont pu donner une réalité à des recherches théoriques. "Les surfaces vitrées de l’espace de production agricole sont des éléments essentiels du concept énergétique du projet, elles favorisent le contrôle des apports solaires et la régulation thermique de la tour entre face nord et sud. En hiver, la chaleur est stockée dans le noyau central en béton, en été, les espaces intérieurs sont rafraîchis par l’évaporation de l’eau contenue dans les végétaux. La continuité de cet espace déployé sur les 30 étages de la tour entraîne un "effet cheminée" qui génère de façon naturelle le système de ventilation des bureaux et des logements. L’enveloppe est constituée de panneaux non porteurs préfabriqués bénéficiant d’une isolation thermique et acoustique importante", expliquent-ils. En clair, les serres ne sont pas là pour 'faire joli'.

"Il n'y a pas de rythme calé, de trame ; on sent que cette tour a été faite par quelqu'un (quelques-uns serait plus juste), ce grand projet est humain", se félicitent-ils. S'ils ne se sont pas penchés avec autant d'application (ce n’était pas l’objectif du concours) sur l'aspect économique du projet, rien ne permet aujourd'hui de penser qu'il ne serait pas durable et viable dans le temps. Les maîtres d'ouvrage qui n'ont de cesse de communiquer autour des termes 'développement durable' et 'éthique' ont désormais un challenge à la hauteur – trente étages – de leur engagement. Pour sa part, la ville de Rennes, plus petite ville au monde à disposer d'un métro, ne saurait que se réjouir d'un tel symbole.

Christophe Leray

Consulter également notre album photos 'L'agence SoA met en pratique la théorie de la ferme verticale'

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