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Les abris en sacs de sable de Nader KhaliliDéjà primés par le Prix Aga Khan, ce n'est que justice que l'exposition Alter Architecture réserve une place de choix aux abris de l'architecte Nader Khalili, qui était jusqu'en 1975, on l'oublie souvent, un éminent spécialiste des gratte-ciel. Adepte de la "course pour soi-même" plutôt que "contre les autres", son sincère humanisme (teinté de mysticisme) ne sera jamais assez loué.publié le 29/06/2006Nader Khalili, architecte américain d’origine iranienne, professe comme nombre de ses confrères un souci pour les millions d’humains sans abri, que les causes en soient naturelles ou humaines (conflits, guerres, etc.). Sauf que le fondateur du Cal-Earth Institute (1991) dans le désert de Mojave en Californie s'appuie depuis 1982 sur un concept offrant des solutions concrètes qui ne lasse pas d'étonner. Depuis plus de 20 ans donc, Khalili a développé une technique appelée Super Adobe pour réaliser un "Sandbag shelter" (abri de sacs de sable), appelé aussi "Emergency shelter" (abri d’urgence) dont la construction ne demande ni qualification particulière, ni transport coûteux, ne requiert qu’un minimum de matières premières et se construit rapidement par une équipe de 3 à 5 personnes. L'un des matériaux utilisés est disponible partout quasi gratuitement puisqu'il s'agit de la terre ou du sable. Les autres se trouvent en abondance, quasiment au même prix, dans toutes les zones de conflit du monde puisqu'il s'agit de matériaux de guerre recyclés à des fins pacifiques : des sacs ou des longs tubes remplis de sable et du fil de fer barbelé. La technique de base de ces "Eco dômes", qui associe l’architecture en terre traditionnelle et les exigences contemporaines en matière de sécurité et qui, en d'autres lieux pourraient être appelés igloo, consiste dans le remplissage des sacs de sable avec de la terre et leur disposition en assise sur un plan circulaire. Les assises circulaires se superposent en diminuant de rayon jusqu’à former une coupole. Pour empêcher le mouvement des sacs de sables et résister aux séismes, des fils de fer barbelés sont disposés entre les assises. Ces abris résistent donc aux tremblements de terre mais aussi aux ouragans, aux inondations et isolent du froid, de la chaleur et du bruit. Du coup l'aspect provisoire intentionnel de départ s'efface devant la pérennité de l'ouvrage ; c'est d'ailleurs bien la première fois que la résistance mécanique du fil de fer barbelé est utilisée à des fins autres que la blessure. Ainsi, une maison de cinq pièces (34m2) peut offrir à une famille un logement durable. La technique de Super Adobe peut servir pour construire des silos, des écoles, des hôpitaux, ou d’autres infrastructures tels que des digues, des routes, des ponts ou pour stabiliser des cours d’eau. Par ailleurs, ces structures sont biodégradables. Aussi important sans doute quand il s'agit de convaincre des gens d'habiter ces 'maisons', le système s’appuie sur des formes millénaires tels les arcs, les coupoles et les voûtes, pour créer des structures à simple courbure ou à double courbure qui sont à la fois solides et esthétiques, autant de références à une architecture vernaculaire à laquelle les habitants s'identifient rapidement. De fait, les familles peuvent agrandir ou adapter le système selon leurs besoins à des coûts dérisoires. Le système a fait ses preuves à grande échelle en Iran en 1994, lorsque le pays dut accueillir des milliers de réfugiés Irakiens. Il est depuis utilisé un peu partout dans le monde. Fin 2004, la structure de Nader Khalili obtint le prix triennal Aga Khan. Tout récemment, le Cal-Earth Institute a acquis un terrain en Espagne en vue d’y construire le premier centre Cal-Earth Europe. Nader Khalili aime à citer cette phrase du poète persan Rumi : "Soit doux, humble comme la terre que des fleurs multicolores puissent naître de toi". "Tout a à voir avec le corps et l'esprit humain. Quand nous disons aux enfants qu'une maison doit avoir un toit à deux pentes et une cheminée, que ce qu'ils ont sous les pieds est de la boue ('Dirt' en version originale), nous ne faisons que les handicaper. Nous les privons d'un processus créateur qui pourrait leur expliquer qu'ils peuvent avoir des maisons en arc en ciel. L'arc en ciel n'est qu'une arche et on peut construire tout ce que l'on souhaite en ce monde avec une arche sans couper un arbre. Si les enfants comprennent que la terre n'est pas de la boue mais un matériau sacré, ils n'auront nul envie de la polluer", dit-il. Pour en savoir plus sur l'exposition, cliquez ici. Consulter également l'album photo consacré à l'exposition 'Ici, ailleurs et autrement : présentation en images de l'exposition Alter Architecture' |
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